01/01/2005


BCM - Essai Cirrus F18, le fruit de la passion et du développement scientifique

Pour réaliser ce test du Cirrus F18 avec son nouveau mât aile et sa nouvelle GV, nous nous sommes rendus à Gravelines, proche de Dunkerque, siège de la société Boulogne Conception marine, créée en 1997 par Emmanuel Boulogne.

Emmanuel dit Manu, incarne à lui seul l'histoire de la passion du catamaran de sport, il a été coureur pour différents chantiers et a trusté les meilleures places pendant plusieurs années avant de se lancer dans une préparation olympique en Tornado, où ils se sont aperçu qu'avoir du talent ne suffisait pas, il faut aussi connaître parfaitement la technique et rechercher continuellement la perfection dans la recherche et  

dans la validation de choix, réglages, lieux de navigation, utilisation de matériaux, ... Son leitmotiv : être passionné, s'éclater dans son travail pour faire les meilleurs catamarans et avoir les meilleurs résultats possibles. 

Manu décide en 1997 de transmettre son expérience en créant son chantier de catamaran de sport. Pour cela, il va dessiner un F18 révolutionnaire, le Cirrus F18. Le n°1 sera exposé dans l'urgence au salon nautique de Paris en décembre 1997 ; des détails sont à revoir mais les pratiquants ne s'y trompent pas et 5 modèles sont vendus durant ce salon : la machine à gagner Boulogne est en marche !
 

On aime ou on n'aime pas ce Cirrus F18, mais force est de constater que depuis le lancement de ce cata, 200 exemplaires ont été construits et qu'actuellement le chantier produit un Cirrus F18 par semaine, et pour l'avoir vérifié, il n'y pas de stock. Le carnet de commande est plein et sitôt le cata construit, son acquéreur vient le chercher pour naviguer. Manu propose à chaque nouvel acquéreur de Cirrus F18 neuf de l´aider à faire la première monte et parfois la première navigation en leur compagnie : du jamais vu ! 

Force est également de constater que ce Cirrus F18 a des résultats et truste bon nombre des plus hautes marches des podiums en F18 : 5 fois consécutivement au Championnat de France F18, 2 fois au National F18, 1 fois au Mondial F18, ... que dire de plus ! 

Département développement intégré 

Peu de chantiers peuvent se targuer d'avoir un département développement intégré, c'est le cas de Boulogne Conception marine. Ce département est en l'occurrence dirigé par Jean Baptiste Mores,  

maîtrise en mécanique des fluides et en en mécanique des structures, puis Écoles d'ingénieur ENSTA option architecture navale, excusez du peu ! Ainsi, toutes les idées d'Emmanuel Boulogne, ou des réflexions de coureurs passent par Jean Baptiste pour être vérifiées, optimisées et validées. Tout y passe : coque, poutre, mât, dérive, safran, ... grâce à ses outils de conception : dessins de pièces en 3D, logiciels de soufflerie numérique pour l'aérodynamique, logiciels de calcul de structure, logiciel d'architecture navale, BCM est vraiment à la pointe technologique en matière de recherche dans le secteur de la voile légère, ainsi les Cirrus F18, Energy et Evolution ont bénéficié de ces techniques. On peut dire que chez BCM, au-delà de la vision du coureur, la technologie prend un réel pas et fait la différence. 

Une grande différence de ce chantier par rapport à ses concurrents réside dans l'importance du développement, tout est fait en interne grâce au savoir faire des ingénieurs : le développement, la conception des pièces mères, la réalisation des moules, la production des bateaux et l'optimisation par les coureurs. 

Quand on vous dit que chez BCM on apporte un soin particulier à la qualité du travail et à la performance !
 

Nouveau mât aile 

En 2006, la grande révolution dans le petit monde de la F18 sera l'arrivée des nouveaux mâts aile. En effet, sous l'impulsion du Capricorn, cata F18 australien et de son magnifique gréement, et des Tropic voici quelques années, les mâts vont prendre un rôle primordial dans la quête aux résultats ! 

Ainsi chez BCM, comme toujours, on prend une longueur technologique d'avance grâce à une démarche scientifique pour concevoir son mât aile. Pour cela, le chantier s'est mis en quête de différents profils de mâts existants ou ayant existés. Ils seront vectorisés en fonction de leurs caractéristiques : profil, renfort, épaisseur en différents points, qualité de l'aluminium utilisé, ... afin d'être comparés et étudiés. Puis, Jean Baptiste a créé virtuellement 14 nouveaux profils à fort allongement à partir de différentes hypothèses. Tous sont passés en soufflerie numérique, certains ont été retenus, d'autres éliminés rapidement en fonction de leur caractéristiques techniques, aérodynamique, ...  

Des travaux sur l'aérodynamisme ont été utilisés, notamment sur les voiles rigides des classes C et sur l'aérodynamique des voiles de Bertrand Cheret. Et tout cela donne un magnifique mât aile qu'il me tarde d'essayer. Son tube de - 2 kg/m a été testé sous toutes les contraintes, notamment sous spi. Mais pour l'heure, je dois reconnaître que je ne connais pas beaucoup de chantiers, dans le secteur de la voile légère, qui se donnent autant de moyens de recherche et de développement pour optimiser à ce point ses produits, bravo BCM ! 

Il est évident qu'avec un nouveau mât aile si performant, BCM propose un nouveau jeu de voiles optimisé. Pour cela et comme tous les ans, le chantier lance un concours au près de différents voiliers, en leur demandant de réaliser son dernier jeu de voiles. Celles-ci seront testées, mesurées, la qualité du travail et des collages seront appréciés, et les voiles les plus adaptées seront retenues pour une année complète. Deux spinnakers sont proposés, l'un en nylon siliconé en 30 panneaux et l'autre en polyester de 40 panneaux. 

Les coques, bien nées, n'ont subi que peu de modifications depuis leur création en 1997. Comme toujours, elles riment avec performance, simplification, coût et fiabilité. Seul le pont arrière a été remonté de 8 cm (en 2001) et le plan de pont à subi quelques modifications dans le positionnement de l'accastillage. La coque a une étrave droite des plus tranchantes, de façon à bien se placer dans la vague et que la barre reste réactive, les flancs sont droits pour bien caler le cata, et le dessous arrière est plutôt rond pour favoriser la glisse. Le rocker laisse apparaître des lignes arrondies avec un point maximum de 15 cm au niveau de la dérive entre la ligne de flottaison et la partie basse de la coque.  

Il n'est pas question pour Emmanuel de modifier l'étrave de son Cirrus pour suivre la mode des étraves perce vague, "la force du Cirrus, c'est d'être polyvalent à toutes les allures, dans toutes les conditions de vagues : golfe du Morbihan, mer du Nord, Méditerranée, ... et dans toutes les forces de vent, ce qui n'est pas forcément le cas de ses nouvelles étraves". A ce sujet, il nous semble que l'apparition de ces nouvelles étraves, que l'on a connu sur le Catfish voici quelques années, sont plus une tentative de déstabilisation par effet de mode, opérée par quelques chantiers cherchant à renouveler leur flotte et à rendre obsolète celle des concurrents, plutôt que liée à un réel gain de performance ! 

Ceci étant dit, nous allons visiter les ateliers, propres, nets et bien rangés, on sent que Manu domine parfaitement son sujet et peut s'appuyer sur une jeune équipe, passionnée par son travail et par les résultats du chantier. 

La coque du Cirrus F18 est construite en vinylester, quand d'autres ne proposent que du polyester, assurant une excellente résistance mécanique, avec une âme de sandwich en Herex. Pas moins de 9 cloisons verticales et 2 sous ponts viennent rigidifier le tout. Le travail est propre et soigné, pas de pâté de colle en excédent, les cloisons sont ajustées au millimètre, les tissus et mousses sont plaqués par une pompe sous vide pour retirer l'excédent de résine et assurer un parfait collage. Des renforts de tissus orientés sont disposés au niveau des cadènes et une large bande de renfort entoure toute la coque pour protéger la mousse de tout écrasement : du travail bien fait. Les coques sont garanties de 3 à 5 ans ! 

Autres particularités du Cirrus F18. En fonction du niveau de l'équipage, Emmanuel peut personnaliser le bateau. Les coques sont gelcoatées à l'intérieur ! Ainsi, si de l'eau de mer arrive à s'infiltrer dans la coque, ce qui arrive toujours et quelques soit le type de cata, le sel ne peut se déposer et les tissus ne sont pas détériorés. A notre connaissance, BCM est également le seul chantier permettant de personnaliser la décoration de ses coques : moyennant un supplément, vous pourrez avoir des dessins dessus, réalisés en gelcoat de couleur, directement dans la masse ! 

Avec cette technicité et ce savoir faire, Emmanuel Boulogne a placé la barre très haute ; le rêve secret d'Emmanuel serait de créer un pôle de développement pour faire un Tornado spi à la française dans le seul but de gagner une médaille d'or aux Jeux Olympiques ! 

Bon, et bien ce n'est pas le tout, mais il va falloir naviguer. Dehors il fait 11° et ici c'est la mer du Nord, ne riez pas trop fort car il y a le même temps en Atlantique à cette saison, quant à la Méditerranée je ne sais pas et ne préfère pas le savoir ! Combinaison étanche, fourrure polaire, pull, lycra, tout est prévu !
 

A l'eau 

Nous quittons la cale du club de voile de Gravelines et passons entre les deux jetées du port. Au portant, Emmanuel en profite pour sortir le spi pendant que je suis à la barre. Limiteur bien choqué, chariot de GV choqué à 1/3 pour servir de bastaque, ça pousse fort. La barre, agréable et précise me donne envie d'attaquer, ce qui permet à Emmanuel de monter au trapèze. Nous avons un bon 20 noeuds de NE et les jetées défendues par de gros blocs de roche défilent rapidement.  

Nous venons de dépasser la dernière jetée qui nous abritait des vagues et quelque peu du vent, et ce qui s'annonçait comme une "croisière s'amuse" se transforme rapidement en "baston générale". Plus nous nous éloignons du bord, plus le vent et les vagues sont menaçantes. Il va nous falloir affaler le spi rapidement, car les vagues trop hautes que nous rattrapons, nous menacent d'enfournement, le spi rentre parfaitement dans le snufer tout en permettant à Emmanuel de rester sur l'arrière du cata, bien pratique dans ces conditions musclées.
 

Prudemment, nous maintenons nos dérives au 2/3 rentrées et passons au près. Nouveaux réglages du limiteur et des cunninghams avec les bouts qui tombent naturellement sous la main, le bateau très marin et très sain accélère franchement, une vraie torpille. Nous sommes tous les deux au trapèze et contents de faire dans les 180 kg d'équipage. Le F18 n'est décidément pas un cata pour couple.  

J'ai trouvé plus prudent qu'Emmanuel reprenne la barre, les vagues très hautes et espacées de quelques mètres ne freinent pas notre marche mais notre cata décolle complètement à chacune d'elles, un véritable rodéo pour rester au trapèze. Emmanuel dans son foot strap et avec son écoute de GV résiste mieux mais moi j'ai les deux pieds qui quittent le bateau à chaque saut de vague, mieux vaut être vigilant. Nous sommes obligés de hurler pour nous entendre l'un l'autre. Autant vous dire que je j'aurais pas aimé être sur certains catas perce vague dans ces conditions.
 

Virement de bord qui passe sans problème, nous décidons de nous rapprocher de la côte, car les vagues y sont moins hautes. Malgré ces conditions difficiles, la barre reste très douce et agréable, sa précision est excellente et permet à Emmanuel de placer ses étraves comme il l'entend. Au trapèze, je veille à mon réglage de foc monté sur rail auto vireur ; le réglage se fait avec l'écoute montée au vent, personnellement j'ai toujours peu apprécié ce système déstabilisant mais il a ses adeptes, c'est très certainement une histoire d'habitude.
 

Après nous être fait bien secoué comme dans un shaker, nous prenons la décision de naviguer dans le chenal entre les jetées, que je puisse me faire une idée précise du Cirrus F18. Nous allons tirer des bords dans le chenal large de 60 m. : c'est extra après la machine à laver que nous venons de connaître.  

Le Cirrus F18 à réellement une exceptionnelle glisse, la forme arrière de la carène n'y est pas étrangère, ce qui permet d'avoir le tableau arrière bien remonté et ainsi ne pas traîner d'eau. Chacun des virements passent sans difficulté, l'accélération est nette et franche. Le trampoline monté sur câble offre un appui pour sortir au trapèze, bien pratique. On sent que le Cirrus est le fruit de 1.000 réflexions et astuces comme le placement du bout de ressalage avec un élastique, tout est accès régate et performance mais tend à se simplifier, ce qui ne fait pas de mal tant certains F18 sont des usines à bouts. 

J'ai apprécié la haute qualité et technicité de construction de ce cata, ses qualités marines - vous l'aurez bien compris - sa facilité de fonctionnement et sa qualité de barre. A adopter sans préjugé.
 

Texte : Pierre Wasselin
Photos : Pierre Wasselin, BCM 

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