01/01/2005


Laser - Essai Laser EPS, le nouveau solitaire

Pas banale la silhouette de l´EPS. Avec un équipement surprenant, le petit dernier de chez Laser a de quoi étonner, surtout sur l'eau.

Dériveur solitaire "high tech", l'EPS reste cependant dans l'esprit Laser : strictement monotype et accessible à tous. Dessiné par Yves Loday, ce petit bateau tout simple en apparence est le résultat de longs mois de recherches, et il le prouve ! 

Si les lignes tendues, la grand voile à fort rond de chute entièrement lattée et le cockpit autovideur font partie des principaux atouts du dernier laser, l´EPS se distingue surtout par ses ailes réglables. "E.P.S." signifie Equalized Performance Singlehander. Ce solitaire, comme le 49er et beaucoup de "nouveaux dériveurs", correspond à la tendance actuelle en matière de monotypie : permettre à des barreurs de poids différents de naviguer à égalité. Sur ces dériveurs physiquement exigeants, "être lourd" ne fait plus forcément partie de la panoplie du champion ! Les ailes, réglables à terre uniquement pour éviter la fraude en régate, sont plus ou moins sorties en fonction du poids du barreur selon une échelle établie par la jauge (cf. tableau). Le Laser EPS va plus loin en proposant deux gréements aux régatiers, en fonction de leurs kilos d'abdominaux! Comme en planche à voile, il y a des catégories : au dessus de 70 kg, le grand gréement (9,30 m²) est utilisé ; en dessous, la grand voile ne fait plus que 8,40 m². L'idéal : peser 70 kg pour avoir le choix des armes... S´il est alors tentant d'opter pour le grand gréement, mieux vaut avoir des cuisses en béton ! Sans compter que l´intérêt du surtoilage n´a pas été franchement prouvé.  

Des formes innovantes 

Une carène très fine d'attaque, une étrave droite et pincée... Les lignes de l´EPS prennent ensuite du volume sous forme d'un bouchain qui prend naissance à la verticale du mât. L'ensemble est bas de franc-bord. L´arrière, en forme de jupe pleine, de la largeur du bateau, a de quoi surprendre. Les deux trous de chaque côté du safran font office de vide-vite. Et bien sûr, il y a les ailes... Volumineuses, arrondies et quasi horizontales, il aura fallu des heures d'essais sur l'eau pour leur donner une forme définitive. Le résultat ? On dirait une grosse boucle de ceinture posée sur le bateau ! 

En plus des recherches sur "la forme", les matériaux ont également fait l'objet de longues réflexions de la part des concepteurs de l'EPS. L'objectif numéro 1 étant la monotypie la plus parfaite possible, le choix du carbone pour la construction du mât s´imposait. Outre la légèreté et la production quasi identique, les mâts carbone possèdent l´avantage de "travailler" tous de la même façon sur l'eau. Du mylar pour la voile : ça vieilli moins vite et de façon plus uniforme qu'un tissus classique. L'attaque est en dacron. L´utilisation d´une mousse particulièrement dense, pour les âmes du safran et de la dérive, permet un gain de poids toujours appréciable lorsque l'on cherche la performance! Plus classique, la coque est en sandwich mousse sous vide. 

Un bateau bourré d´astuces 

De règle sur ces nouveaux dériveurs, l'équipement est simple mais de qualité. Avec ici en plus, les "astuces signées Y. Loday" : hâle-bas inversé, bras de levier fixé au mât afin de pousser sur la bôme... Une bague sur roulement à bille située en dessous du vit de mulet fait office d'étembrai : deux "mini-haubans" et un étais réglable y sont fixés. Ainsi la quète se règle grâce au palan de l'étais et, plus classiquement, aux cadènes des haubans. En cas de surpuissance, le barreur peut "prendre un ris". Equipée d'un ris de fond, la grand voile a deux points de bordure distants d'une vingtaine de centimètres. Il suffit alors de glisser le point de bordure supérieur dans la ralingue de la bôme pour soulager efficacement le bateau sans toucher à sa quète. Les réglages de hâle-bas et cunningham peuvent être ajustés en navigation depuis les ailes.  

Gréer son Laser EPS se fait en quelques minutes. Le mât en deux parties et la grand voile montée sur ralingue suppriment le démâtage pour hisser ou affaler. Démâter s´avère une opération très simple puisqu'il suffit de larguer l'étais et l'espar bascule sur sa rotule. Le Laser EPS tient sur le toit d'une voiture. Mais sa mise en route sera encore plus rapide s'il est transporté sur une remorque de route sur laquelle les ailes restent à poste. La grand voile se hisse comme un charme puisque la drisse, extérieure, se bloque en position haute grâce à un taquet coinceur fixé en tête de mât. Fini les soucis de hook! Petit détail pratique, la drisse est en deux parties. "Le mou", toujours gênant en navigation, se désolidarise du reste pour être ficelé par un petit sandow au fond du cockpit. Un autre sandow vient retenir et tendre la seconde partie de la drisse le long du mât. Au point d'amure, deux sangles fixent la voile au mât, c'est imparable ! 

Le bonheur est sur l'eau 

Régal de légèreté, de rapidité, et de confort par sa tolérance à la gîte, l'EPS renvoie énormément de sensations. Vif, le dériveur répond immédiatement aux sollicitations de la barre et ne demande qu'à planer... Et fait nouveau pour un bateaux fougueux, le Laser EPS reste stable. En navigation comme à l'arrêt, il laisse une bonne marge d'action au barreur. Puissant, il repart même à la contre-gîte un peu comme en "water start" en prenant appui sur l'aile au vent. Grâce à son fort couple de rappel, le barreur peut rattraper des situations critiques. Dans le petit temps, on s'assoie en avant de l'aile, recouverte d'antidérapant. Le stick télescopique permet au barreur d'être suffisamment avancé. Les lignes tendues de la carène obligent à prendre appui sur l'étrave. Droite et pincée, cette dernière permet une entrée d'eau fine qui taille la vague sans "cogner". Au fur et à mesure que le vent monte, le barreur grimpe sur l'aile et sort au rappel. Même si le rappel reste une position physique, la position sur une aile est confortable, loin des embruns et bougrement efficace ! Dans la brise, la puissance du hâle-bas et du cunningham aplatissent la voile, en relâchant un peu d'étais on prend de la quète, et en dernier recours, le ris de fond soulagera... les abdominaux ! Pas de pièges donc, mais attention cependant aux virements qui obligent, dans les petits airs, à se reculer derrière le palan d'écoute. Le bateau a donc tendance à s'arrêter, d'autant qu'il y a du chemin à parcourir pour rejoindre l'autre aile avant de relancer la machine ! En fait la meilleure technique reste de laisser le bateau venir sur soit comme lors d'un virement bascule, et de se propulser de l'autre côté en prenant appui sur le cale-pied central du cockpit. L´emplacement haut de la bôme permet au barreur la position debout pendant les manoeuvres. 

Comme tous ses confrères "modernes", le Laser EPS adore le portant. Puissant, rapide, il est en plus stabilisé par ses bouchains. Le barreur trouve donc plus facilement ses marques qu'avec une carène toute ronde. Dérive un peu relevée, confortablement calé au rappel sur l'arrière de l'aile, le barreur n'a plus qu'à placer l'étrave au bon endroit dans la vague à grand renfort de coups de barre aussi énergiques que son dériveur. On passe alors du bonheur au plaisir... L'EPS accélère vite et fort, plane, et repart... Les empannages en vent arrière sont tout à fait possibles grâce à la stabilité de ce dériveur à bouchain. Les risques de voir la bôme toucher l´eau n´existent pas et l´échelle assure un appui en cas de gîte excessive. Empanner devient ainsi moins périlleux que sur le Laser standart. 

Le dernier né de Laser a tout pour plaire. Même si un achat de 50.000 F peut effrayer, il faut avouer que le rapport qualité/prix reste très intéressant, et que l'EPS mériterait d'assurer la relève de son aîné le Laser standard.  

Texte : Olivier Douillard et Catherine Ecarlat
Photos : Voiles News Magazine
Remerciements : CNBPP 

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