09/06/2008


Tricat - Essai Tricat 22, un F18 à trois coques

Les Tricat étant construits à Séné (56) à côté de Vannes, nous nous retrouvons donc pour cet essai dans le golfe du Morbihan.

Pour cet essai, nous allons tester "Tetram", qui est le nom du Tricat 22 de William de Beauvoir (ce trimaran est disponible à la location avec skipper).  

C´est un Tricat 22 version sport. Nous enfilons nos combinaisons étanches par-dessus de nos vêtements, montons dans l´annexe et quelques coups de pagaies plus loin, nous nous retrouvons au mouillage où nous attend « Tetram ». Pendant la traversée, j´en profite pour demander quelques explications à William sur la façon de barrer et de régler son Tricat, à l´entendre c´est comme sur un catamaran F18 !
 

Nous attachons notre annexe au corps mort et la glissons entre un flotteur et la coque centrale. Les coques sont hautes et volumineuses, l´embarquement se fait sans aucune difficulté. Un roof équipe la coque centrale et est clos par une trappe d´accès en bois. Les flotteurs font la même longueur que la coque centrale et se terminent par des jupes arrières, une chaise à moteur est prévue pour les sorties sans vent.  

Les poutres sont des profils en aluminium de type Tornado, le rail du chariot d´écoute de grand-voile court sur les 2/3 de la poutre arrière. Deux trampolines en fine mesh sont tendus de part et d´autre de la coque centrale entre les flotteurs. Un filet est tendu entre l'étrave et le flotteur bâbord, permettant ainsi d'aller à l'étrave sans trop de danger.  

Le roof est surmonté d'une jolie petite capote (en option), abritant des embruns la descente. Des entretoises mises en forme viennent renforcer les inserts dans les coques. Une pantoire rigidifie la poutre avant et reprend ses efforts sur la coque centrale, celle-ci est renforcée au niveau de la pantoire pour ne pas subir de déformations sous les efforts. Un insert dans le roof accueille la poutre avant.
 

Nous commençons par gréer notre Tricat sport. J´en profite pour visiter l'intérieur, il y a juste la place pour deux couchettes cercueils d'une personne. On peut également utiliser cette place pour y ranger le matériel de navigation, au choix. Nous mettons en place les dérives sabres sur les flotteurs, elles sont longues et étroites et rappellent les dérives utilisées sur les F18.  

La version Tricat raid est équipée d´ailerons fixes et de coffres de rangement dans les flotteurs. Nous hissons la GV qui est équipée si besoin est d'une prise de ris, la drisse de GV est double et n´est pas hookée, elle se frappe sur un taquet en pied de mât. Le mât provient d'une filière de Tornado et est monté sur une rotule pour un réglage optimum. Nous mettons en place le palan de GV Harken 8 brins sur la bôme puis hissons le foc.  

Des mousquetons viennent s´endrailler autour de l´étai, même principe pour la drisse de foc que pour celle de la GV, avec un taquet en pied de mât, mais celle-ci est équipée d´un palan d´étarquage pour obtenir un meilleur réglage, puis nous mettons en place les écoutes de foc qui sont reprises sur la poutre avant. Il existe un foc sur enrouleur en option. Le mât de 9,10 m est équipé d´un étage de barres de flèches, comme sur les F18. Il est également pourvu d´un limiteur et de forçateurs de rotation, avec une tourelle de réglage pour le cunningham de GV.
 

Notre Tricat est prêt, il est temps de larguer notre amarre. Notre safran qui équipe la coque centrale est bien en place, il est équipé comme pour les catamarans de sport d'un système de relevage en cas de collision. L'amarre larguée, nous culons doucement avec le courant, le safran dans un sens,  

la GV dans l'autre pour la mettre à contre et notre Tricat pivote sur place. Nous sommes derrière la pointe d'Arradon et pour le moment nous ne pouvons pas dire qu'il y aie beaucoup de vent ! Dans ces conditions, nous nous plaçons vers la poutre le long du roof pour avoir les flotteurs à fleur d'eau et ainsi limiter la traînée d'eau au maximum, et cela marche plutôt bien. La pointe passée, nous commençons à toucher du vent et passons sur le flotteur au vent. 

William me confie la barre de "Tetram" et je me retrouve en train de slalomer entre les mouillages sur une embarcation que je ne connais pas encore et dont j'ai encore du mal à estimer la largeur ;  

de plus, je n'ai pas encore trouvé ma position de barre, à genoux, debout, assis, sur le trampoline, sur la coque, ..., bref tout y passe. Pour autant, la douceur et la réactivité de la barre sont surprenantes, j'ai l'impression de barrer un dériveur, ce Tricat 22 vire très court et c'est un vrai plaisir, le stick est télescopique et est signé Arriba. A chaque virement de bord vent devant, je choque bien la GV pour redonner une bonne relance, pas ou peu besoin de mettre le foc à contre, le virement passe tout seul. En revanche, l'accès et le réglage de l'écoute de foc sous le vent n'est pas des plus pratique, et de notre position au vent il est impossible de mettre cette écoute au taquet !
 

Nous sommes en plein dans le golfe, pleine bourre, et je me prends à rêver que je suis sur un "grand trimaran océanique", magnifique. Au près toutes voiles bordées et le limiteur de rotation du mât à peine ouvert, il n'y a malheureusement pas de speedomètre sur "Tretram" et William a oublié son GPS, donc pas moyen de connaître précisément notre vitesse, mais à voir les îles autour de nous qui défilent, notre Tricat 22 ne demande qu'à avaler des miles. Comment donc établir un référencement de vitesse ? Je recherche du regard une voile, ce n'est pas ce qui manque dans le golfe du Morbihan !  

Mes yeux recherchent une voile de catamaran, et enfin ils se portent sur une voile caractéristique des F18. Immédiatement, le cap est mis sur un chemin de rencontre. J'ai envie de comparer notre Tricat 22 sport avec une embarcation que je connais bien. Nous avons environ 15 noeuds de vent établi et sommes au près, la dérive au vent est remontée tandis que celle sous le vent est baissée au maximum, son flotteur travaille sans effort en levant des embruns, c'est magnifique à voir, surtout quand on voit cela bien au sec,  

le Tricat 22 fait 5 m. de large. Je demande à William quelques explications si le flotteur au vent venait à monter, quelles seraient les réactions de notre trimaran : "En cas de surgite, le safran serait hors de l'eau et le Tricat se mettrait à lofer doucement pour remettre le bateau à plat, c'est une sécurité et c'est l'une des raisons pour laquelle les flotteurs ne sont pas équipés de safran, Antoine (NDLR : Antoine Houdet, le constructeur du Tricat) ne veut pas transformer son Tricat 22 en cata de sport."
 

Nous nous retrouvons sur le même cap que le F18 que nous chassons, mais pas moyen de lui revenir dessus, au contraire, j'ai l'impression qu'il nous distance. A 15 noeuds, son équipage est au trapèze avec la coque au vent à fleur d'eau et tire au maximum profit de sa légèreté. L'affaire semble réglée mais je garde espoir car, depuis quelques minutes, le temps change et le vent semble monter.  

William m'indique que par petit temps ou dans la forte brise il arrive à passer les F18, à leur grand désarroi, mais dans le médium les rôles sont inversés, "dans la brise, les F18 sont en surpuissance et doivent choquer leurs voiles, alors que sur notre Tricat, l'équipage au vent et les volumes du flotteur sous le vent jouent pleinement leur rôle, on peut encore avoir la GV bordée à fond, et là on fait parler la poudre, c'est un grand plaisir de passer les F18 qui sont à la ramasse !" Personnellement je ne demande qu'à voir, mais je trouve que plus le vent monte et plus l'écart avec notre lièvre à l'air de se réduire, et ce n'est pas qu'une impression d'optique. 

A ce petit jeux, nous couvrons des milles et sommes pratiquement à la sortie du golfe du Morbihan entre Port Navalo et Locmariaquer, mais il va falloir penser à prendre le chemin du retour ! J'abats en grand et mets le cap entre les îles du golfe pour le retour, William quitte sa place et prépare le spi de 24 m² (option) dans le cockpit. Deux drisses sont nécessaires pour établir le spi : l'une est le bras de spi et envoie la voile à l'étrave (le Tricat est dépourvu de tangon ou bout dehors), l'autre est la drisse et envoie le spi dans le mât.  

Ce dernier est hissé bien à l'abri derrière la GV. Une fois en place, William borde cette nouvelle voile et le turbo se met en marche, ce spi est vraiment super, il est dessiné par Alain Leroux (créateur de technique voile). Un régal : je retrouve complètement mes repères, je demande à William de régler le spi, puis je lofe doucement jusqu'à faire faseyer le bord d'attaque de notre spi, ensuite, j'abats régulièrement pour transformer notre puissance en vitesse.  

Le Tricat répond comme un cata, tout en encaissant plus facilement, de par sa largeur, les surcroîts de puissance : c'est un réel plaisir. Le foc est surbordé pour éviter de faseyer dans les accélérations, le limiteur de mât est choqué et le forçateur repris, le chariot de GV est choqué à 1/3, mais pas plus, car il sert de bastaque au mât. Les étraves fendent l'eau, mais, malheureusement, plus nous nous dirigeons vers le fond du golfe et plus le vent faiblit. Et c'est dans un souffle d'air que nous longerons le trimaran de 50 pieds d'Anne Cazeneuve, avant de gagner notre mouillage. 

Les flotteurs du Tricat ont été étudiés pour donner un maximum de vitesse, tout en gardant du volume pour la sécurité ; nous avons effectivement constaté qu'ils passaient très bien dans la vague et qu'ils ne freinaient aucunement la marche de notre trimaran, aucun enfournement n'est à signaler. La coque centrale a pour caractéristique principale d'avoir un rorck (banane) assez prononcé, ce qui lui permet de garder une surface mouillée importante dans le petit temps pour faire un meilleur près, et de déjauger rapidement dès que le vent monte, à l'image des F18 modernes.  

Cette coque est sous traitée dans un chantier bien connu de St Philibert (proche de la Trinité sur mer) et est construite en polyester avec une âme en sandwich feutre. Le Tricat a connu une évolution constante. A son lancement, le concept était d'ajouter des coques de cata comme flotteur à la coque centrale. La demande des clients a fait évoluer le concept ; à présent, le Tricat est vendu avec ses flotteurs dans un package complet, le choix est encore possible entre des flotteurs avec sa dérive sabre pour la version Tricat sport, et des flotteurs avec aileron pour la version Tricat raid. 

Le Tricat s'adresse à des amateurs de glisse qui veulent naviguer avec femme et enfants, tout en gardant un multicoque rapide et maniable. Il s'adresse également aux amateurs de raids ou ballades côtières. Le Tricat, grâce à sa vitesse et ses rangements internes, permet de faire des randonnées dans la baie de Quiberon ou d'être transporté très facilement sur une remorque adaptée vers d'autres destinations plus lointaines : Corse, Sardaigne, Grèce, Croatie, ..., histoire d'agrandir son rayon d'action. Le Tricat 22 est insubmersible et homologué en 5ème catégorie pour 6 personnes, autorisant les raids côtiers. Il se pose sur la plage (pas d´annexe ni de mouillage lourd). Sa coque centrale, équipée de 2 couchettes, permet d´emmener au sec tout le matériel de camping ; les enfants pourront s´y abriter et même y faire la sieste. En randonnée, 2 tentes igloo prennent place sur les trampolines en 2 minutes. 

Nous avons beaucoup aimé ce concept original qui permet de naviguer sportivement et rapidement en famille pour un prix demeurant raisonnable. Si votre programme se rapproche de ce concept, nous vous le conseillons. Un grand frère, le Tricat 26 devrait voir le jour en 2005. 

Pour essayer le Tricat 22, vous pouvez prendre rendez vous avec William de Beauvoir et son "Tetram". Différentes formules de location sont possibles. En cas d'achat, la location est remboursée avec un plafond maximum de 150 EUR. 

Texte : Pierre Wasselin
Photos : Pierre Wasselin et chantier Tricat 

Essai Tricat 22

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