07/07/2008


Seacart - Essai Seacart 30', pour le plaisir et la vitesse

L'appontement s'était déroulé sans tension particulière, quand bien même la position de Patrice, debout dans la jupe arrière, en surplomb du HB 8CV, une main sur la poignée des gaz et l'autre sur la barre de liaison, était peu habituelle...

... voir même notoirement inconfortable et peu propice à la pratique du créneau le long du ponton béton du fond du port de la Trinité sur mer ! 

Peu avant, une fois le solent et la GV affalés, Mathieu avait fait basculer le HB au ras de la jupe de la coque centrale, en l´ayant au préalable décalé par translation sur deux rails portant le moteur fixé sur sa chaise.
 

Belle initiative et illustration du concepteur-architecte Marc LOMBARD, dans l'ingénierie et la quête de performance de cet engin à l'usage extraordinaire. 

La rentrée dans le chenal de la Trinité une fois passé le «Petit Treho» s'était déroulée sur le tempo d'une navigation rythmée d'envois bord sur bord en cadence, à peine le temps de décoller les dernières lignes d'eau de la coque centrale avant de devoir à nouveau pousser la barre...
 

« Voila, j'y suis ! » Le retour accéléré de la télécommande est brutalement interrompu pour un arrêt sur image... « Quelle séquence ! » 

Le Seacart 30' au près tribord amure, 20 à 25 noeuds de vent, nord-nordet, tout l'équipage (5 personnes) sur le flotteur au vent calé contre la filière à 2 m ou 2,50 m de haut, coque centrale déjaugée, dérive centrale orange fluo apparente, et, à la barre... moi. Ni mérite, ni talent particulier, le simple bonheur de jouir d'un privilège et d'assouvir avec attention, délectation, un des fantasmes d'un pratiquant la voile depuis ses 9 ans : barrer un trimaran de course !
 

Appendices fluos, coque centrale déjaugée, de quoi parle-t-on ? « J'ai eu la chance de barrer un multicoque de course, au look voisin des 60'ORMA, le Seacart 30'. » 

Direction le fameux ponton en béton de ce début de «papier» au pied du pont de Kerisper, pont en arc conçu par R. Breiffel, surplombant la rivière de Crac'h achevé en 1958, dont l'évocation de l'année n'est que le seul objectif de cette digression. 

A bord, nous attendaient quatre gaillards, dont deux m'étaient familiers. François, quinqua aficionados des engins de vitesse, actuel propriétaire d'un Open 7,50 m et il y a près de 15 ans, date à laquelle je l'ai connu, propriétaire d'un KL 28 Trophée. Familier également, Patrice Vivient - l´importateur du Seacart en France -, l'un de ces personnages qui s'inscrivent avec passion et pugnacité, voir opiniâtreté, et pourtant il n'est pas breton à en écouter l'accent, élément avec quelques autres de la dynamique et de l´animation du catamaran de sport en France.
 

Patrice était en effet dès les années 80, le Président de l'association Hobie cat en France, et 15 ans plus tard le patron des catamarans KL, et maintenant le promoteur français de cet engin fantastique. A bord également, Mathieu, le fils de Patrice, barreur et équipier de talent sur F 18, Stéphane, voilier chez Incidences Brest, tête de pont de la voilerie entre ses planchers et les coureurs. 

Stéphane est de la trempe de ces équipiers de l'ombre, brillant, besogneux, intuitif, affable, précieux pour un équipage et à n'en pas douter pour son employeur. Enfin, ... moi : 5 à bord !
 

A l'image du «Club des cinq», les moins jeunes apprécieront ! Nous découvrons le support de notre prochaine aventure. Pas de timidité, ni de teasing : SUPERBE ! 

Le Seacart 30' est harmonieux, captivant, séducteur, voire même un tantinet racoleur : Tout le gréement est en carbone et la grand voile généreuse en Kevlar est dotée d´une corne immense, ce qui se fait de mieux..., ça promet ! 

Je monte... A l'opposé d'un escalier grinçant et bien peu raisonnant sous la semelle, le premier pas sur le flotteur du Seacart 30' inspire rigidité et légèreté : TOUT EST EN CARBONE !
 

Vous retrouverez à travers le lien suivant www.trimaran-seacart.com les délices d'une construction au top de la technologie, habituellement réservée aux unités de course, soit un processus de réalisation en one-shoot, cuisson en autoclave à 180°. 

Coque centrale, flotteurs, mât, bôme, appendices, rails de barre d'écoute et de point d'écoute de Solent, tout est ici en Carbone, superbe ! Toutes les pièces sont spécifiques au bateau et s´apparentent à de l´orfèvrerie de haut niveau ; l'ensemble est d'une finition et d'une rigidité remarquables.
 

Saluons sans réserve, le travail du chantier Marström, dont la réputation est reconnue depuis des années des coureurs des équipes olympiques de Tornado. Marström réalise également des pales d'hélicoptères, d'éoliennes, les tous derniers catas de 40´ de la Volvo Ocean Race dessinés par Yves Loday, et nombres d´appendices, mâts pour quelques bateaux de l´América´s Cup dont l´actuel leader Suisse Alinghi. 

L'exemplaire sur lequel nous allons naviguer est le n°1, mis à l'eau en début d'année 2005 et comptant, d'après Patrice, près de 1.000 milles au compteur. Calle Hennix, l'animateur et créateur d´Ocean Lake Marine, initiateur et promoteur du Seacart 30' a en effet participé avec ce bateau à de nombreuses régates en Suède avant son transport routier jusqu'à la Trinité sur mer début septembre, et oui, ce trimaran est démontable et transportable derrière une puissante voiture, ce qui agrandit, si tant est qu´il en ai besoin, son rayon d´action !
 

Une initiative de ce type est le reflet d'une synergie de compétence, le cabinet d'architecture navale Marc Lombard, le chantier Marström, Ocean Lake Marine et ses co-animateurs locaux, dont Patrice Vivient. 

Au-delà d'une telle efficacité de résultat, la réalité économique ressurgit au risque de décourager les acquéreurs soient-ils particuliers ou entreprises, voir même sponsors en quête d'un support spectaculaire et mobile, quoique... Bon ça suffit !... Cessons là les contingences économiques, et retournons à bord.
 

Encore au ponton, après tout, nous ne sommes à la Trinité que depuis 30 minutes, nous prenons le temps avec Pierre et Patrice de détailler la créature. Le bateau est aux couleurs d'Audi, stigmate de ses participations en course chez les vikings. 

« Vraiment il en jette ! » 

Flotteurs volumineux, à la longueur de la coque centrale, dièdre assez marqué, une fois au rappel sur le flotteur au vent, cela vous permettra de vraiment naviguer au sec, voiles en mylar-kevlar, gréement dormant en textile exotique avec palan 6 brins Precourt sur chaque hauban, trampoline mesh, et tout ce qui n'est pas peint laisse le carbone apparent, ...
 

Les safrans relevables sont rapportés sur les tableaux arrières des flotteurs, la dérive centrale coulisse dans un puit incliné, aidé dans sa translation par un tube carbone équipé d'une poignée pour en forcer la descente ou la remontée selon... « Forcer » est à prendre ici dans le sens de la facilité plus que de l'effort, grâce à l'ajustement précis de l'appendice dans son puit. 

Le mât aile pivotant est en carbone, stoppons là le rappel du carbone, ce serait vite redondant, définitivement pour la suite sur le Seacart 30' tout est en carbone ! Il est équipé d'un losange et d'un limiteur d'angle de rotation.
 

Précision : longueur du mât = 15,20 m, S.V au près 70 m² pour 750 kg soit un ratio poids / SV au près = 10,7 kg/m², sur un 60' ORMA ce même rapport est d'environ 16 kg/m² et, un Dragonfly 920 Extrême, de 26 kg/m². 

Ce ratio n'est qu'un indice de performance, rentrent en ligne de compte le coefficient prismatique des flotteurs et de la coque centrale, la répartition de leurs volumes pour limiter la traînée et «faire passer» la puissance, tout comme les rapports longueur / largeur, surface de voile / longueur de coques, la rigidité de la plateforme, la répartition de la masse, le dessin des appendices, la coupe des voiles... + l'alchimie de l'architecte, et le talent de l'équipage. 

Bref et au final, un bon nombre d'ingrédients sont réunis pour assurer le spectacle de l'équipage et des observateurs.
 

A la sortie du chenal de la Trinité et au fur et à mesure que nous nous éloignons de la côte, le vent de terre nous adresse ses «bouffes» aux vertus accélératrices et avouons le, intimidantes les premières minutes : ça accélère fort ! 

Les rôles se répartissent entre le barreur dont le dévolu est jeté sur la vitesse, un régleur au palan de G.V ou le chariot de barre d'écoute selon l'allure, pour amortir les risées et maîtriser ainsi les envolées de la coque centrale, un autre complice sur le foc, un congénère free et corvéable aux réglages divers du gréement et un cinquième pas indispensable à la vitesse mais utile aux rotations des tâches et un apport à l'examen du plan d'eau.
 

Les premières sensations sont excitantes et empreintes d'un mélange d'appréhension et d'euphorie. Rapidement, la qualité et le calme de l'équipage aidant, les repères s'acquièrent, les lignes d'eau sont perçues dans leurs limites latérales et longitudinales et paradoxalement la sensibilité du toucher de barre, la douceur du passage dans le clapot plutôt bienveillant d'un vent de terre rendent le Seacart 30' sécurisant. Alors, le jeu l'emporte sur la ballade, et l'on touche à tout pour découvrir, comprendre, s'émoustiller... 

Les «bouffes» restent d'actualité, l'effort sur le palan de GV et la rapidité des envolées de la coque centrale nous rappellent à l'ordre... Il est temps de prendre un premier ris ! Reprise classique, rien à dire de plus !
 

Comme d'habitude, la vitesse n'en est nullement affectée, à l'abattée le code 0 (77 m² !) est envoyé, et là... la barre requiert la petite touche de plus qui s'appelle l'anticipation et rend un équipage hilare ou inquiet, chapeau Patrice ! 

20 à 25 noeuds assurés dans les conditions rencontrées. Malgré l'absence de speedo, les chiffres sont cohérents, à la portée d'un équipage averti, organisé et solidaire. On en vient à s'interroger sur les limites de l'enfant... Et ce ne sont pas les sauts sur l´eau du bateau à moteur de notre photographe qui tente de nous suivre qui nous démentira !!!
 

Selon l'état de la mer et de la météo, le gréement dormant est complété de bas-haubans et d'un bas étai pour limiter le risque de voir le mât fouetter lors de navigation sous ORC, les déplacements vers l'étrave de la coque centrale peuvent être sécurisés par deux petits filets triangulaires en avant de la poutre centrale (cf 60' ORMA). 

La baie de Quiberon, ce jour là, ne nous a pas fait douter de l'intégrité du Seacart 30', dans sa capacité de nous gratifier de sa bonté à nous raccompagner indemnes au ponton, et mieux encore de nous éviter le plongeon «tout habillés» : la hantise de nos mamans lors des vacances en bord de mer à l'époque des locations non équipées de machine à laver.
 

Je garderai de ce bateau la sensation diffuse de sa douceur et précision de barre, trois degrés de plus ou de moins et l'enfant s'égaye ou se renfrogne, de sa douceur de passage dans la mer clapoteuse, de sa vivacité, des accélérations franches, du plaisir de la finesse des réglages et du toucher de barre ou l´on n´est jamais surpris par une réaction douteuse. C´est très sain et prévisible, et l'interrogation de navigations dans des conditions de vent au-delà de 25 noeuds avec la mer formée en conséquence. 

Je ne doute pas du comportement du très élégant dessin de Marc Lombard, des astuces et de la qualité de la conception et des choix d'équipement de Calle Hennix, de la fiabilité de la splendide construction du chantier Marström, mais plutôt de la technicité et de la cohésion de l'équipage. Lorsque tout se complique, les vagues se creusant et comble, se croisant, les grains giflant le plan de voilure et le moment ou les 30 pieds, irrémédiablement, vous apparaissent au fil des heures ridiculement insuffisants, surtout ne pas attendre pour prendre un ris.
 

Venons-en au programma d'une telle unité ! Calle Hennix et Patrice Vivient défendent de concert, l'adaptation du Seacart 30' à un programme de régates côtières promotionnelles, à l'instar des initiatives du circuit nordique des 60' ORMA, et un programme a même déjà commencé à se mettre sur pied en Suède, pays natal de l´engin, et ne demande qu´à s´internationaliser puisse que l´on compte déjà des unités vendues en Angleterre, et récemment Afrique du sud et Norvège, alors, messieurs les Français ? ... 

Dernières indiscrétions : un projet français de participation au Challenge / Record SNSM serait à l´étude... et l´anglais Pete Goos serait sur un Seacart 30 pour deux épreuves du calendrier anglais...
 

Mais ils font aussi remarquer les possibilités multiples que peut offrir un tel engin pour tout simplement des sorties toniques journalières : « en ajoutant quelques aménagements légers, vous pourrez même sans problème passer votre week-end à bord..., un kit complet d´aménagement est proposé pour 2006 ». 

Le Seacart 30' est démontable, transportable assez aisément en raison de son faible poids et de la simplicité de son montage, à l'aide d'une remorque adaptée. La nuance est dans le budget du Seacart 30', annoncé autour de 150.000 EUR prêt à naviguer !
 

A ce jour, 10 unités sont vendues et 8 autres en cours de construction, beau début ! 

Texte : Antoine Kerdiles
Phoros : Pierre et Juliette Wasselin 

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