18/05/2007


Jean Francois Diné - Puerto Ayacucho, extrait tiré de "De l´Orénoque à l´Amazone"

Pour poursuivre notre périple à travers l´Amazonie, il nous faut sortir le bateau de l´eau afin de lui faire passer des rapides absolument infranchissable.

Le camion avance à vitesse réduite. Sur les trottoirs les gens s'arrêtent pour contempler ce singulier convoi traversant la ville, les marchands sortent de leur boutique, les femmes nous montrent à leurs enfants. Nous arrivons au début de l'avenue principale, cette avenue bordée de vieux arbres dont les branches forment comme une voûte au dessus de la chaussée. La progression devient alors pénible. Malgré que la remorque soit très basse, le bateau se retrouve dans les feuillages qui balayent le pont. La plupart des branches plient, mais les plus grosses résistent. Il me faut alors les couper à la machette, ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes car elles sont épaisses, leur bois est dur et je suis gêné par le restant des branchages. Et puis le garagiste conduisant l'ensemble n'est guère conciliant, il avance plus vite qu'il ne le faudrait, soit qu'il est pressé d'en finir avec cette affaire, soit qu'il a réellement décidé de nous compliquer la tâche. Derrière nous, la chaussée est jonchée de branches cassées et de feuilles tombées, écrasées par un immense cortège de voitures klaxonnant à tue-tête, comme s'il s'agissait du meilleur moyen pour faire avancer le convoi. Il me semble respirer de nouveau en apercevant le carrefour marquant la fin de cette diabolique avenue. 

Malheureusement, il ne s'agit pas même d'un répit. La rue suivante par où nous devons absolument passer est surplombée de centaines de fils électriques reliant les maisons les unes aux autres à une hauteur qui ferait frémir les spécialistes en sécurité de nos pays occidentaux. Il nous faut progresser sous cette gigantesque toile d'araignée en les soulevant un par un à l'aide d'une gaffe, car ils' ne sont guère plus hauts que les balcons du bateau et l'épaisseur du mât, posé horizontalement sur deux planches, est de trop. 

C'est là une infernale manipulation à laquelle nous nous livrons Claudette et moi, le garde national se contentant de nous regarder, le fusil sous le bras. A certains moments le câble glisse de l'embout de la gaffe et retombe sur notre tête, nous l'attrapons alors à pleines mains et le remontons après l'avoir rapidement remis en place. C'est un véritable cauchemar que nous vivons en ces instants car le garagiste, bien qu'ayant quelque peu ralenti l'allure, n'en poursuit pas moins la progression sans s'occuper de quoi que ce soit. 

Nous arrivons à la sortie de la ville. Les fils se font de plus en plus espacés, le garagiste en profite pour accélérer l'allure. Tout à coup, l'un de ces câbles, un peu plus bas que les autres, échappe à la gaffe et se prend dans le pied de mat. Je hurle d'arrêter mais il est trop tard, le câble est littéralement arraché et pend lamentablement au milieu de la route. Le convoi stationne sur le bas-côté. 

Le visage hagard du garagiste apparaît alors dans l'entrebâillement de la portière gauche du camion, enseveli sous le déferlement d'injures du garde national qui faillit bien être décapité dans cet accident. 

Cinq minutes plus tard le convoi repart. Qui paiera les réparations ? 

Je n'ose le demander. La faute en incombe normalement à cet homme qui n'a pas pris les précautions suffisantes pour éviter l'incident, mais sait-on jamais, nous ne sommes que des étrangers ici, des gringos millionnaires, comme le sont tous les "gringos" paraît-il ! 

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