08/04/2014


Musée de la marine - Maquettes de la marine impériale

La mer est la grande oubliée de la légende napoléonienne. Pourtant, dès son arrivée au pouvoir, Bonaparte en fait l'une de ses préoccupations majeures, avec une ambition affirmée : édifier une marine aux dimensions de l'Europe capable de rivaliser avec l'hégémonie anglaise.

Cette volonté se manifeste entre autres par la constitution de la « Collection Trianon », un ensemble de maquettes de navires commandé et rassemblé par Napoléon à partir de 1810 au Grand Trianon afin de témoigner de l’excellence de la construction navale française. 

musée national de la Marine / P. Dantec 

Pour la première fois depuis 1828, cette collection de seize modèles, chefs d'oeuvre des charpentiers des arsenaux, quitte les salles du musée de la Marine pour retrouver, dans son intégralité, le lieu pour lequel elle avait initialement été commandée : la galerie des Cotelle du Grand Trianon. Chaque élément de cet ensemble mettra en évidence le talent des ingénieurs constructeurs, notamment Jacques-Noël Sané. 

Plans, archives, portraits de marins, scènes de combats navals mais aussi objets de marine (porte-voix, sabres, fusils...), permettront aux visiteurs
d'imaginer la mise en oeuvre de chaque navire et mettront à l'honneur l'histoire de la marine impériale. 

Commissariat de l'exposition 

Jérémie Benoît, conservateur en chef au musée national des châteaux de Versailles et de Trianon Hélène Tromparent de Seynes, conservateur en chef du patrimoine au musée national de la Marine Alain Niderlinder, conseiller scientifique et historien des collections navales. 

Visites et activités spécifiques 

En famille : livret-jeu gratuit pour les 6-12 ans, disponible à l'entrée de l'exposition.
Visites guidées de l'exposition : le 9 juillet ; les 1er, 20, 22 août ; le 12 septembre. 14h30.
« La Marine de l'empereur » (visite jeune public à partir de 6 ans) : le 6 juillet et les 3, 24 et 31 août. 14h.
Sur réservation par téléphone au 01 30 83 78 00 

L'Empereur, la Marine et Trianon 

Par Jérémie Benoît et Hélène Tromparent-de Seynes, commissaires de l’exposition 

En 1810, alors qu’il procédait au remeublement du Grand Trianon en vue de s’y installer avec la nouvelle impératrice Marie-Louise, Napoléon décida de faire placer dans la galerie des Cotelle une collection de modèles réduits de navires de guerre de tous types, que l’on appelle aujourd’hui la « Collection Trianon ». Jacques-Noël Sané (1740-1831), inspecteur général du Génie maritime, l’un des principaux artisans de la rénovation de la Marine sous Louis XVI grâce à la standardisation des plans de trois types de vaisseaux (110, 80 et 74 canons), fut chargé de constituer la collection en lien avec Duroc, Grand Maréchal du palais, et Alexandre Desmazis, administrateur du Garde Meuble impérial. 

Sané était l’un des meilleurs ingénieurs-constructeurs de sa génération, une figure de la construction navale française et de la marine à voile pendant près d’un demi-siècle, le « Vauban de la marine ». Dès octobre 1810, l’année même où fut décidée la constitution de la collection, il eut droit aux honneurs de l’Empereur qui le nomma Baron d’Empire. Probablement qu’avec cet ensemble, Napoléon a souhaité à la fois rendre hommage au concepteur et témoigner de l’excellence de la construction navale française de l’époque. 

Treize modèles étaient prévus : « Un vaisseau à trois ponts, un de 80, un de 74, un de 50, une frégate, une corvette, une chaloupe canonnière, un cutter [cotre], une tartane, un lougre, un bateau canonnier, une caïque, une péniche ». Dans cet ensemble figuraient les petites embarcations destinées à envahir l’Angleterre. Est-ce la raison pour laquelle l’Empereur souhaita rassembler la collection de modèles dans un palais de campagne relativement isolé où il pouvait étudier à loisir les capacités de ses navires et relancer son projet d’invasion ? Rien ne permet de l'affirmer, mais cela est fort possible. 

RMN-GP (Château de Versailles) / Gérard Blot 

Pour remettre en état, concevoir les modèles, Sané créa un atelier à Paris dans lequel il fit venir trois ouvriers des arsenaux. Les arsenaux d’Anvers et de Rochefort furent également mis à contribution. Alors qu’on aurait pu croire cette collection simple à constituer, le projet se poursuivit après l’Empire, sous la Restauration. Certaines maquettes, comme le Friedland, un vaisseau de 80, ou la prame d’artillerie la Foudroyante, n’arriveront même jamais à Trianon. En revanche, les modèles de plusieurs navires, provenant des arsenaux ou du Ministère de la Marine et dont la construction était antérieure au lancement de la collection « Trianon », furent vite apportés au Trianon. Ce fut le cas pour le modèle de l’Océan, par exemple, un vaisseau à trois ponts mis en service en 1790 sous le nom d’États-de-Bourgogne, et considéré comme le « chef-d’oeuvre de Sané ». Des modèles prestigieux de l’Ancien Régime comme l’Artésien, vaisseau de 64 canons typique de la guerre d’Indépendance américaine, ou le chébec des années 1750 furent également placés dans la Galerie. Au final, ce fut un état complet de la marine impériale qui fut planifié : outre les navires déjà mentionnés, on y trouvait aussi bien le vaisseau de 74 (le Triomphant), une frégate (la Flore), une corvette (la Bayadère), une flûte (la Normande), un brick (l’Espérance) et de petits bâtiments comme une gabare-écurie, ou une chaloupe canonnière. 

En 1818, il fut demandé la création d’un musée spécifiquement attaché à la Marine au sein du Louvre. Dix ans plus tard, en 1828, la collection quitta le petit palais de Trianon pour gagner ce nouveau musée de la Marine, un temps appelé « musée Dauphin » (1828-1830) et installé au Palais de Chaillot depuis 1943. Rassemblé à Trianon pour la première fois depuis cette date, cet ensemble exceptionnel montre les différents types de navires de guerre de l’époque, ceux de la guerre d’escadre et du combat d’abordage jusqu’aux navires de charge, plus modestes. L’exposition sera accompagnée de tableaux représentant des scènes de combats navals, peints par Crépin, Hue, Morel-Fatio ou Mayer ainsi que de portraits d’amiraux comme Latouche-Tréville, Magon de Médine ou Blanquet du Chayla, et de quelques armes évocatrices de l’abordage. 

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