18/03/2005


Catavore - Chapitre 1 - Brève histoire des muliticoques

1.2 - Petite histoire de la "Petite Coupe de l'America" (Little America's cup).

Remerciements à :

Christian Février pour son aide et ses photos : http://www.bluegreenpictures.com et à Gilles Martin Raget pour son aide et ses photos : http://www.martin-raget.com 

La "Petite Coupe de l'America" se déroule sur des catamarans de classe C. 

Rappel de jauge de la classe C, les dimensions sont fixées par la jauge des catamarans de l'I.Y.R.U. :
- longueur max : 7,620 m (25 pieds)
- largeur max : 4,267 m (14 pieds)
- surface max. de voilure : 27,280 m² (300 pieds)
- un seul équipier au trapèze est autorisé
- le reste est libre 

Fin 1959, l'écossais Roderick MacALPINE DOWNIE avec « Thai VI » et l'américain Bob HARRIS avec « Tiger cat » prétendent avoir chacun le catamaran le plus rapide du monde. John FISK lance donc un défi aux américains qui est relevé par le Sea Cliff Yacht Club, c'est ce Club qui est à l'origine de la "Petite Coupe de l'America" pour répondre au défi britannique. A l'origine, cette compétition sur base de catamaran classe C s'appelle l'"International Catamaran Challenge Trophy" et évolue rapidement en "Petite Coupe de l'America", avec un déroulement calqué sur la "Coupe de l'America" avec la confrontation du meilleur des defender et du meilleur des challenger, le premier qui a quatre victoires remporte la "Petite Coupe de l'America".. C'est le Sea Cliff Yacht Club situé à Long Island près de New York qui a offert ce trophée perpétuel, représentant des voiles entremêlées en sculpture, avec acte de donation au vainqueur. Ce circuit de haute compétition à forte technologie de pointe va beaucoup apporter à l'évolution des catamarans modernes, avec l'arrivée de nouvelles idées, évolutions et concepts, de nouveaux matériaux, de nouvelles possibilités architecturales, etc. 

1960. Roderick MacALPINE DOWNIE rêve d'un catamaran de 7,60 m pour disputer le défi qui est lancé aux américains. Il conçoit un catamaran qui est construit par Reg WHITE, c'est « Hellcat », pesant 250 kg. Il est le premier classe C vainqueur de l'International Catamaran Challenge Trophy, qui devient la Petite Coupe de l'America, en s'imposant dans le Sound de Long Island, devant le classe C « Wild cat » de l'américain John BEERY, la Coupe prend la direction de l'Angleterre. 

1962, Thorpe Bay dans l'estuaire de la Tamise en Angleterre. L'américain Van Alan CLARK après avoir éliminé les danois ELVSTROM et FREDERICKSEN est le premier challenger à disputer la Petite Coupe de l'America sur « Beverly », il est battu par les britanniques sur « Hellcat II », en polyester, toujours avec John FISK. 

1964, Thorpe Bay. Les australiens Charlie et Lindsay CUNNINGHAM sur « Quest I » qui pèse 360 kg font une brève apparition, néanmoins, ils commencent leur long apprentissage de la Petite Coupe. Lindsay CUNNINGHAM étant le fils du grand Charlie CUNNINGHAM, concepteur de tous les multicoques de sport australiens dans les années 50. Les britanniques sur « Hellcat II » défendent victorieusement leur "Petite Coupe" face aux américains sur « Sea Lion ». 

1965, toujours à Thorpe Bay. Les britanniques sur « Emma Hamilton » (classe C de la lignée des « Hellcat ») barré par Reg WHITE défendent victorieusement leur Petite Coupe face aux australiens sur « Quest II » (dérivé de « Quest I ») skippé par Lindsay CUNNINGHAM. Le score est de 3 - 3 dans la septième manche, les australiens sont en tête quand une rafale fait dessaler leur classe C. « Quest II » prouve qu'il est supérieur à « Emma Hamilton » mais c'est ce dernier qui conserve la Coupe. Roderick MacALPINE DOWNIE qui semble être mis à l'écart dans la préparation britannique prépare « Paradise cat » pour supplanter son « Hellcat ». 

1966, Thorpe Bay. Les britanniques sur « Lady Helmsman », propriété de R. SANDERSON, dessiné par Roderick MacALPINE DOWNIE, ayant comme directeur d'écurie Bertie HOLLOWAY, comme responsable de la grand-voile Austin FARRAR et skippé par Reg WHITE et John OSBORNE défendent leur Petite Coupe face au défi américain mené sur « Gamecock » skippé par Bob SHIELD et Jim BONNEY. Largement en tête lors des trois premières régates, « Lady Helmsman » abandonne à chaque fois sur problèmes techniques, score 0 - 3. Après réparations, « Lady Helmsman » s'impose et permet à la "Petite Coupe" de rester en Angleterre.
 

1967, septembre, Thorpe Bay. Les britanniques toujours sur « Lady Helmsman » skippé par Peter SCHNEIDAU et Bob FISHER défendent victorieusement leur Petite Coupe face aux australiens sur « Quest III », toujours mené par Charlie et Lindsay CUNNINGHAM et skippé par Lindsay REES et Peter BOLTON. Les australiens ne remportent qu'une régate, sur problème technique de « Lady Helmsman ».
 

1968, Thorpe Bay. Les britanniques se présentent avec « Lady Helmsman » (qui en est à son 3ème challenge) après s'être imposé comme defender devant « Early Bird » de Derek NUNN et « Wills Venturer ». Ce classe C déjà ancien subit une modification concernant son gréement, un nouveau mât plus important est mis en place, d'une surface de 11,60 m² sur le total autorisé de 27,80 m², mis au point dans la soufflerie de l'Université de Southampton, la poussée doit être améliorée de 2 % mais les essais révèlent le contraire. Les américains plus motivés que jamais se présentent avec cinq classes C comme challenger : un « Hellcat » de fabrication anglaise, un cat-boat et trois classes C à mâtures profilées dont « Wathercock » très rapide dans la brise mais souffrant de problèmes de liaisons et « Yankee Flyer » qui a une prédilection pour le petit temps, skippé par  

Greer ELLIS et Bill HOOTEN.« Yankee Flyer » s'impose comme challenger, ses coques dessinées par HARRIS en stratifié sont de conception ancienne mais le gréement extrêmement allongé comporte un mât représentant une surface de 43 % de la surface totale avec une corde maximale de 1,10 m et un poids de 70 kg. Le mât tourne sur un tube et peut coulisser verticalement sur une hauteur de 1 m ; autre curiosité, il n'y a qu'une seule dérive, installée sur la coque bâbord. Première régate avec un vent force 3 irrégulier, « Lady Helmsman » s'impose, 1 - 0. Seconde régate par vent faible, « Yankee Flyer » revient au score, 1 - 1. Les anglais demandent une journée de relâche pour modifier la quête de leur mât. L'équipage de Yankee Flyer essayant de sauver son mât. Troisième régate, Reg WHITE force Greer ELLIS à sortir de la ligne, puis ce dernier casse son hale  

bas et coupe la ligne du mauvais côté, la régate revient à « Lady Helmsman », 2 - 1. Quatrième régate, « Lady Helmsman » casse un safran au départ et est disqualifié pour avoir reçu une aide extérieure à terre, pendant ce temps « Yankee Flyer » au niveau de la bouée au vent voit ses deux traverses se rompre, la régate est donc annulée et le score reste en faveur des Anglais, 2 - 1. Nouvelle quatrième régate avec un vent force 5 - 6, « Lady Helmsman » écrase « Yankee Flyer », 3 - 1. Cinquième régate avec un vent très faible, « Yankee Flyer » démontre ses capacités par petit temps et s'impose, 3 - 2. Sixième régate avec un vent force 5 - 6, « Lady Helmsman » domine quand le palan de réglage d'incidence du mât casse, le temps d'une réparation rapide sur le parcours, « Yankee Flyer » passe en tête avec deux longueurs d'avance mais il casse à son tour un aiguillot et « Lady Helmsman » conserve la "Petite Coupe" avec un score final de 4 - 2. 

1969, Thorpe Bay. Les defenders britanniques perdent leur Petite Coupe au profit d'un challenger danois, « Opus III ». Les années 60 auront été placées sous la domination anglaise, mais comme pour l'"America's Cup", la "Petite Coupe de l'America" quitte la Grande-Bretagne et n'y reviendra plus. 

1970. L'équipe australienne de Lindsay CUNNINGHAM, Graeme FRASER et Bruce PROCTOR gagne avec « Quest III » en battant l'équipe danoise sur « Sleipner ». La "Petite Coupe" prend la direction de l'Australie.

1972. Les australiens défendent victorieusement leur Petite Coupe avec « Quest III » contre des américains sur « Wathercock » qui découvrent ce que sont les classes C modernes. 

1974, seconde quinzaine de février à Sorrento (Victoria, Australie). Les australiens sur « Miss Nylex » défendent victorieusement leur "Petite Coupe" contre les néo-zélandais sur « Miss Stars », 4 - 0. « Miss Nylex » utilise un plan de voilure entièrement rigide, fruit de trois années d'études et d'expériences. L'aile haute de 10,90 m à  

une surface de 22, 80 m², réalisée en Spruce, balsa et mousse de polystyrène recouvert d'une toile polyester. Composée de trois éléments : un bord d'attaque constituant le mât, un volet intermédiaire et deux volets de bord de fuite. 

1976. Cette saison de compétitions est un des grands tournants pour les voilures des classe C, elle ouvre la controverse entre les partisans de la voilure rigide et ceux de la voilure classique. Il est établi que de part et d'autre d'une limite de vitesse de vent de 10 à 12 noeuds, chacune des formules de voilure a le dessus sur l'autre. En dessous  

c'est la voilure classique qui mène la course et en dessus c'est la voilure rigide. Les australiens, qui détiennent la Petite Coupe depuis 6 ans, avec Bruce PROCTOR et Graeme AINSHI sur « Miss Nylex » utilisent une voilure rigide. Ce catamaran n'est guère différent du defender victorieux de 1972, seules les coques sont refaites en sandwich balsa fibre de verre dans le même moule pour obtenir un gain de 45 kg, mais l'ensemble 1976, Aquarius utilisant une voilure souple rencontre Miss Nylex utilisant une voilure rigide qui .pèse encore environ 300 kg. Les américains avec l'équipage mené par le californien Alex KOSLOFF et Robin HARVEY du  

Gabrillo Beach Yacht Club sur « Aquarius V » utilisent une voilure souple. Les coques sont dessinées à l'aide d'un programme d'ordinateur par Norm RUSE, construites en sandwich de mousse de polystyrène de 48 kg au m3 et de Kevlar, de balsa pour le pont. Le mât de 11,60 m utilise un profil standard en alliage léger, l'épaisseur est réduite de 2,8 à 2 mm par action chimique, poids d'environ 27 kg. Le gréement entièrement en Kevlar gainé de Dacron ne pèse que quelques livres. Les dérives et safrans sont en mousse renforcée de métal et de bois, recouverts de verre imprégné de résine Epoxy. Les bras de liaison sont en tube d'alliage léger de 100 mm, 1,8 mm de diamètre, d'une épaisseur renforcée par des bandes aux points de fatigue. Le total du catamaran ne pèse pas plus de 220 kg. Parce qu'il y a plus de courses en dessous de 10 noeuds de vent, c'est « Aquarius V » qui gagne 4 - 3, la "Petite Coupe" prend la direction des U.S.A.. 

1977. Les américains sur « Patient Lady I » entament une longue série de victoires avec la famille des « Patient Ladies ». La domination américaine du Rotton Point Sailling Association est due à une équipe financée par Tony DI MORO, menée par l'architecte et skipper Duncan MacLANE qui remporte sa première Petite Coupe. Le spécialiste en aérodynamique Dave HUBBARD a conçu toutes les ailes des « Patient Ladies » (excepté le premier bateau de Tony DI MORO) et Skip BANKS. Le nom de la série des « Patient Ladies » est un hommage de Duncan MacLANE à son épouse qui pendant 9 ans a fait les cent pas sur la plage en attendant la fin des courses. 

1978. Les italiens sous la houlette de Giorgio BERGAMINI lancent un challenger, « Miss Lancia » mais sont vaincus. Les américains sur « Patient Lady II » de Duncan MacLANE défendent victorieusement leur "Petite Coupe". 

1979. Les australiens sur « Nicholas II » de Lindsay CUNNINGHAM sont vaincus par les américains sur « Patient Lady III » de Duncan MacLANE qui défendent une nouvelle fois victorieusement leur "Petite Coupe". 

1980. Les italiens avec Giorgio BERGAMINI lancent un nouveau challenger avec « Signor Gividi » mais sont vaincus. Les américains sur un « Patient Lady » de Duncan MacLANE défendent victorieusement leur titre. 

1982. Les italiens toujours avec Giorgio BERGAMINI lancent un challenger avec « Signor Gividi » mais sont encore vaincus. Les américains continuent de régner sur la classe C. Avec « Patient Lady V » de Duncan MacLANE et Steve BANKS, ils défendent victorieusement leur "Petite Coupe". 

1985, 18ème challenge. Pendant la supériorité américaine, le syndicat australien Yellow Pages Syndicate (du nom du sponsor) avec Simon MacKEON à sa tête, champion australien en « Nacra 5.2 », prépare une riposte. Lindsay CUNNINGHAM teste une trentaine d'ailes rigides pour donner naissance à « Victoria 150 » (du nom du sponsor : l´état de Victoria qui fête son cent cinquantenaire) et Tony LOVE dessine les coques. En septembre, les australiens Chris CAIRNS comme barreur et Scott ANDERSON comme équipier du Mc Crae Yacht Club sur « Victoria 150 » surnommé « Vicky » mettent fin par une écrasante victoire de 4 - 0 à la domination des américains sur « Patient Lady VI » qui essayent une aile à double fentes. Duncan MacLANE, 4 fois vainqueur de la "Petite Coupe" sort humilié d'une telle défaite. Suite à la victoire surprise des australiens avec « Victoria 150 » face aux américains, Lindsay CUNNINGHAM est nommé Yachtman de l'année au pays où la voile est sport national, la "Petite Coupe" retourne en Australie. Quelques mois plus tard dans la baie de Sydney, « Victoria 150 » participe à une régate face à 5 « 18 pieds australiens » et autant de « Tornado » afin de déterminer quel est le bateau le plus rapide d'Australie. « Victoria 150 » va boucler le parcours de 15 milles (en fait 25 en comptant les louvoyages) en 1 h 10 mn, soit une moyenne supérieure à 20 noeuds avec 10 mn 23 s d'avance sur le premier 18 pieds, celui de JENNING qui est le champion local de cette spécialité, talonné lui-même à 16 s par un « Tornado ». Lors de cette régate, Lindsay CUNNINGHAM annonce qu'il est peu probable que « Victoria 150 » défende la prochaine Petite Coupe de l'America. En 1992 et 1993, la partie avant de l'aile de « Victoria 150 » sert sur le trimaran « Yellow Pages Endeavour » pour battre les records de vitesse en classe B, C et D. 

1987, février, 19ème challenge. 5 syndicats lancent un défi aux australiens. Un italien, avec Giorgio BERGAMINI qui est encore à l'origine de ce nouveau défi, mais faute de moyen, le Syndicat de Barri, Club du sud de l'Italie renonce. Un américain, le californien Graig RILEY, spécialiste des 18 m² qui construit « Formula Camber » équipé d'une voile soft mais qui renonce faute de moyens. Deux français, l'un « Région Midi Pyrénées » avec Yves LODAY  

comme skipper et Gilbert de Saint BLANCA comme architecte, ingénieur C.E.A.T. et concepteur du catamaran « Elf Aquitaine 2 » et du gréement de « Royale ». Suite à une visite d'Yves LODAY en Australie en janvier 1986, ce défit inquiète très sérieusement le Syndicat australien tant « Victoria 150 » n'a plus de secrets pour lui, un prototype et les plans d'une aile rigide en composite équipée d'un balestron sont réalisés, mais faute de moyen le défi renonce. Le second défi est lancé par les vannetais du chantier Multiplast de Gilles OLLIER, il renonce faute de moyens et de temps avec le développement de la Formule 40 en France. Le dernier défi, un britannique, est le seul à mener à terme sa campagne, c'est le Syndicat du Thames Sailing Club dirigé par deux coureurs de « Tornado » faisant équipe depuis 1984 : John DOWNEY (qui est pilote de l'un des 6 Concordes britanniques) et Keith BLISS. Ils ont fini 5ème à la pré olympique de 1984, champions d'Angleterre en 1984 et 3ème en 1985, avec comme team manager Peter RHODES-DIMMER. « The Hinge » a été conçu par l'architecte Roland WHITEHEAD, il utilise une aile de 11,26 m avec 4 parties mobiles mais reste très lourd, de plus il souffre d'un manque de moyens financiers et de mise au point. Il n'a jamais touché l'eau avant les confrontations pour cause de grève aérienne lors de son transport. Les australiens courent sur The Edge I. « The Edge I » qui succède à « Victoria 150 » dont il est une  

extrapolation. Il est plus léger de 12 %, soit 25 kg grâce à l'utilisation d'une nouvelle fibre de carbone à haut module pour la structure de l'aile ainsi que pour les traverses, son poids total avoisine les 200 - 220 kg. Les coques de Tony LOVE sont fabriquées en bois contre-plaqué et passent de 4 à 3 mm d'épaisseur et sont légèrement inclinées. La nouvelle aile de Lindsay CUNNINGHAM est une évolution de celle utilisée sur « Victoria 150 » en 1985, elle mesure 10,90 m et est équipée de double fentes avec 11 éléments mobiles plus volets de fermeture et flaps de GURNAY sur son arrière. Sur la plage de McCrae bordant la presqu'île de Mornington au sud de Melbourne, après bien des péripéties, l'Angleterre et l'Australie peuvent s'affronter. « The Edge I » va s'imposer devant « The Hinge », score 4 - 0, dont 3 abandons et 1 disqualification sur hors temps pour « The Hinge », la "Petite Coupe" reste au McCrae Yacht Club. 

1988. Non pas pour la "Petite Coupe de l'America" mais pour la grande "Coupe de l'America", Duncan MacLANE et Dave HUBBARD conçoivent une aile rigide du même type que celle utilisée sur leur catamaran pour le compte de Dennis CONNER et de son catamaran « Stars and Stripes » qui inflige une cruelle leçon au monocoque géant « New Zealand ». 

1989, 20ème challenge. Le Cabrillo Beach Club Californien soutenu par Lee GRISWOLD et Chuck MANNING débarquent sur la plage de Mc Crae au sud de Melbourne avec « The Wingmill » (jeu de mot entre windmill qui signifie « moulin à vent » et wing qui signifie « aile ») qui utilise un plan de voilure totalement innovateur : aile asymétrique pivotante de 10 m équipée de volets de cambrure sur l'avant et sur l'arrière et recouverte d'un film transparent. Tout le budget personnel de Lee GRISWOLD est englouti dans la réalisation de l'aile, pour Jim ROSS qui est aérodynamicien à la N.A.S.A., le surcroît de puissance obtenu sur cette aile doit supplanter l'aile australienne. En revanche, les coques viennent du vieux « Taku-Coyote » de Lee GRISWOLD et porte le poids total à plus de 275 kg. Dans le camp australien, Lindsay CUNNINGHAM a conçu pour « The Edge II » une nouvelle aile : plus étroite, moins épaisse et plus haute de 1 m que celle utilisée sur « The Edge I » avec des ouvertures (slots) plus importantes entre les trois volets verticaux indépendants formant l'aile. Les coques construites par Barry MARMION sont également nouvelles : plus fines avec un franc-bord abaissé de 10 cm, des parois verticales légèrement inclinées vers l'extérieur pour que les safrans et dérives d'une largeur qui ne dépassent pas les 19 cm puissent travailler à la gîte avec une efficacité maximum, le tout pour un poids total de 213 kg. Le 26 janvier, 18 noeuds environ de vent, à 10 mn du départ de la première manche, l'équipage australien qui a peur de casser du matériel décide de ne pas courir ; Steve et Bryan DAIR sur « The Wingmill » effectuent un dernier virement pour se présenter sur la ligne de départ, l'aile en basculant prend le vent et entraîne « The Wingmill » dans une forte gîte suivi d'un dessalage, l'aile est totalement détruite. Les australiens Simon MC KEON et David CHURCHER conservent leur "Petite Coupe".
 

1990, décembre, 21ème challenge. Les américains et les français débarquent sur la plage de McCrae et s'affrontent pour sélectionner le challenger qui régatera face au defender. Les américains Pete MELVIN, skipper et ingénieur chez Douglas Aircraft à Los Angeles et Steve ROSENBERG courent sur « Freedom's Wing ». Gino MORELLI est le père de l'aile de « Freedom's Wing », elle est très  

légère avec un volet central automatique, un élément vertical arrière d'un seul tenant mais pouvant se vriller dans sa partie supérieure pour évacuer l'excès de puissance, plus large à mi hauteur qu'en bas et sans mécanique  

complexe, l'ensemble ne pèse que 175 kg, (26 kg la coque). Les français courent sur « Otip », qui utilise une aile asymétrique basculante équipée de volets arrières, l'ensemble dépasse les 200 kg (37 kg la coque) comme pour « The Edge III ». L'équipe est formée de Rémi LAVAL-JEANTET pour l'aile, Marc LOMBARD pour les coques, 1991, le classe C français Otip d'Eric Brunel utilise une aile asymétrique rigide basculante. Philippe PALLU de la BARRIERE pour la conception et Eric BRUNEL - Jean baptiste le VAILLANT comme équipage. Dans la première manche des éliminatoires entre les deux challengers, « Otip » s'avère très rapide au près  

par vent léger mais inférieur de 50 % au portant et s'incline avec 17 mn de retard. Lors de la seconde manche plus ventée, « Freedom's Wing » passe « Otip » sous son vent avec une vitesse largement supérieure ; sur le bord de portant « Otip » ne peut abattre vers la bouée et enfourne des deux coques, effectue un spectaculaire soleil et brise son aile, s´en est fini pour lui. Fair-play, les australiens prêtent un gréement classique qui ne permettra pas aux français de refaire leur retard. C'est donc « Freedom's Wing » qui est sélectionné pour disputer la finale face à « The Edge III ». Janvier 1991, final « The Edge III » contre « Freedom´s Wing ». Freedoms Wing et Otip. Lors de la première régate,  

« Freedom's Wing » brise ses poutres en carbone mais l'aile tombe sur l'avant et est sauvée, il faudra 72 h non-stop à toute l'équipe pour réparer ; les australiens Simon MC KEON et David CHURCHER sur « The Edge III » qui utilisent l'aile n°3 finissent la manche, 1 - 0. L'aile n°3 est la plus performante jamais construite par Lindsay CUNNINGHAM, c'est la synthèse des dernières découvertes en tunnel sur le carénage, la traînée et le réglage micro mécanique des flaps, elle mesure 12 m, est plus étroite et apiquée sur l'arrière comme les mâts de la goélette America, 1990, Freedoms Wing et The Edge III lancés à 14 noeuds franchissent la ligne avec seulement une demi-seconde d'écart. Elle est constituée de 10 panneaux mobiles actionnés par un circuit de 400 m de câbles, des ressorts, des sandows, des  

cames et des poulies grosses comme l'ongle. En fait, Lindsay était pratiquement le seul à pouvoir mettre ses ailes au point, tant elles étaient complexes. Il recevait de temps à autre un coup de main de son équipe dans le hangar de Mordialloc, au sud de Melbourne, l'ancien chantier de son père Charlie. Tony LOVE dessinait les coques et Barry Marmion, un spécialiste du bois moulé, les construisait dans son garage de Mount Eliza, petite localité située au nord de McCrae. Le 15 janvier, seconde régate, en pleine navigation l'équipage australien sur voient une goupille tomber de l'aile et  

immédiatement le panneau central supérieur se met à vibrer, le volet supérieur arrière (zap flap) tombe à la mer et l'écoute en Spectra qui commande toute la partie supérieure de l'aile se rompt, l'équipage lève le pied pour sauver l'aile et finit 1 mn 41 s derrière les californiens, première défaite australienne depuis 1985 mais l'aile est sauvée, 1 - 1. Dans l'euphorie de leur première victoire, les américains autorisent « The Edge III » à utiliser une ancienne aile. Troisième régate, les deux concurrents ne cessent de se voler la tête de la course à tel point qu'après 1 h 47 mn de course ils coupent la ligne sur des amures différentes avec moins d'une demi seconde d'écart, l'australien est devant, 2 - 1. Aux manches suivantes, « The Edge III » utilise à nouveau son aile n°3, score final 4 - 1, la "Petite Coupe" reste en Australie. « Freedom's Wing » reste le classe C le plus rapide au près et au grand largue alors que « The Edge III » reste le classe C le plus rapide au travers. 

1996, janvier, 22ème challenge à Melbourne. Le Team Cogito né en mai 1993 par la volonté de l'américain Duncan MacLANE battu en 1985 et de Steve CLARK, prépare d'une façon implacable leur retour en étudiant toutes les données et paramètres. Steve CLARK n'est autre le fils de Van Alan CLARK qui disputa la Coupe en 1962 et fut battu en finale par les britanniques sur « Hellcat II » avec John FISK. En 1985 ils calculent que 23 kg embarqués de plus coûtent une minute par mille, leur classe C de référence « Patient Lady VI » pesant 238 kg, ils décident de gagner 25 % de poids sur l'ensemble. Toutes les pièces  

passent par l'état de maquette et sont soumises à rude épreuve pour devenir quasiment incassables, l'aile à une fente est retenue car plus légère qu'une double fente. Il faut 3 ans pour réaliser « Cogito ». Le défi est lancé en fin de période réglementaire le 27 décembre 1994 à David DADDO, Président de la classe, pour ne laisser qu'une faible marge de travail à l'équipe de Lindsay CUNNINGHAM complètement impliqué dans la conquête des 50 noeuds avec leur nouveau trimaran « Extreme 50 ». Comparatif de la voilure de The Edge III et de Cogito. Sur « Cogito », les américains mettent fin à l'hégémonie australienne en s'imposant 0 - 4, toutes les manches furent courues par vent très faible à  

modéré avec une marge importante (4 m 45 s, abandon, 7 m 36 s, 1 m 33 s). Juste retour de 1985. L'Australie sur « The Edge III » et toute l'équipe avec Lindsay CUNNINGHAM pour l'aile, Tony LOVE pour les lignes de coques, Barry MARMION pour la construction vont perdre. Simon MC KEON barreur et triple vainqueur de la Petite Coupe de l'America (avocat conseil à la banque Macquarie) et son équipier David CHURCHER ne peuvent rien faire. La "Petite Coupe" retourne aux U.S.A.. 

L'australien Lindsay CUNNINGHAM, les américains Dave HUBBARD (pour l'aile de Stars and Stripes) et Duncan MacLANE s'imposent comme étant les grands spécialistes des voiles rigides. Voiles qui permettent à ces catamarans d'être à la pointe en matière d'applications intelligentes de la mécanique des fluides, capable de dépasser les 30 noeuds, capable de frôler trois fois la vitesse du vent réel, capable de remonter à 12° du vent apparent, et qui font de ces catamarans les voiliers les plus rapides du monde sur un triangle olympique. L'aile de Cogito reste la référence par sa faculté de "twister" dans le haut, aucune aile n'avait atteint ce degré d'efficacité au portant, Cogito pouvait descendre beaucoup plus bas au portant que The Edge. Mais les ailes australiennes demeurent très puissantes au reaching au delà de 14,15 noeuds. 

2003, coup de tonnerre. Alors que deux syndicats, un Australien et un Anglais, annoncent leur intention de lancer un challenge au team "Cogito", détenteur de la "Petite Coupe" depuis 1996, sous l'impulsion de John DAWSON, Président du conseil supérieur d'administration du Sea Cliff Yatch Club, le conseil s'octroie le droit de bouleverser la "Petite Coupe de l'America". Cette compétition qui remonte à 1961 se déroulait sur la base de catamaran classe C et s'appelait l'"International Catamaran Challenge Trophy", puis évoluera en "Petite Coupe de l'America", avec un déroulement calqué sur la "Coupe de l'America". Le Sea Cliff Yacht Club situé à Long Island près de New York, est à l'origine de cette Coupe, il en établira le Deed of Gift et offrira le trophée perpétuel. Cette Charte stipule que le Trophée est international et perpétuel, qu'il doit être couru sur des catamarans de sport et qu'il doit y avoir une confrontation au moins tous les quatre ans. Les administrateurs de la Charte, donc les membres du conseil supérieur d'administration du Sea Cliff Yacht Club, déterminent les intérêts de cette compétition internationale pour qu'elle soit servie au mieux. Si une condition n'est pas requise, le Trophée doit être retourné au Sea Cliff Yacht Club pour que le conseil établisse un amendement visant à faire évoluer ce Trophée. Or, il n'y a pas eu de défi depuis 1996, ce qui est totalement inacceptable pour les administrateurs qui constatent qu'il n'existe pas d'association de la classe C, nationalement ou internationalement, qu'il y a trop peu de challenger. Le conseil s'interroge également sur le coût de développement d'une telle machine, Steve CLARK démontre que le coût pour la campagne de Cogito en 1995 - 1996 n'était que de 450.000 $. Finalement, les administrateurs décident pour le meilleur intérêt du Trophée, de choisir une autre classe de catamaran. Cette décision n'a pas été prise dans le vide, mais après de nombreuses discussions ouvertes entre Steve CLARK, Duncan MacLANE et les représentants des challengers potentiels de Grande-Bretagne et d'Australie. Cette décision était le point culminant de deux ans de réflexion. Différentes formules ont été évoquées : formule 40, trimaran ouvert de 60 pieds, ... Les administrateurs modifièrent la Charte et choisir la F 18 HT. Cette modification doit permettre d'attirer des équipages du monde entier et d'avoir des confrontations régulières. 

La polémique, c'est que le Deed of Gift régit l'"International Catamaran Challenge Trophy" dans lequel il n'est fait aucune mention de la "Petite Coupe de l'America" !!! Le Sea Cliff Yatch Club avait il le droit de toucher à la "Petite Coupe de l'America ? Pour nous, la "Petite Coupe de l'America" ne peut appartenir au Sea Clift Yacht Club. Pour les historiens, le nom "Petite Coupe de l'America" restera éternellement attaché à ces fantastiques machines et à leur fantastique laboratoire de recherche. Les classes C nous faisaient rêver ! C´étaient les bateaux les plus rapides ayant jamais régaté sur un triangle. Comme des dinosaures hyper spécialisés, les classes C sont tombés progressivement dans l´oubli. Faute de régates, faute d´argent, faute de combattants, faute de médiatisation ; la "Petite Coupe de l´America" reste coincée aux USA. Entre temps, la F 18 HT est apparue, d´abord timidement, en Europe, puis en fanfare aux USA. Et là, surprise ! Les américains décident d´utiliser ces bateaux pour relancer la défunte coupe ! Les classes C sont (définitivement ?) terrassés par un catamaran de 18 pieds ! Pourtant il n'y a rien à comparer entre un classe C hyper sophistiqué et un F 18 HT de série produit à la chaîne ! On peut se poser la question de la légitimité de cette classe face à ses majestueux ancêtres. 

Donc en 2003 et pour la première fois, l'"International Catamaran Challenge Trophy" s'est disputée sur des catamarans de série, des Bim F 18 HT à Newport dans le Rhode Island (USA). Dix équipes représentèrent le defender et dix autres se disputèrent la place de challenger. Ce sont John Lovell et Charlie Ogletree, qui ont été champions olympiques, qui se sont imposés parmi les defenders, pour les challengers c'est l'équipage des italiens Daniele Saragoni et Teo Di Battista qui s'est imposé. L'équipage US, au meilleur des manches remporta cette finale, la "Petite Coupe" reste aux USA. 

La prochaine édition de l'"International Catamaran Challenge Trophy" se déroulera à la Nouvelle Orléans, organisée par le Southern Yacht Club, du 18 au 24 octobre 2004, avis aux amateurs ! 

HISTOIRE DE LA PETITE COUPE DE L'AMERICA
Année Lieu Defender score Challenger
1960 USA Hellcat II (USA) 4 à 1 Wild cat 300 (UK)
1962 UK Hellcat II (UK) 4 à 1 Beverly (USA)
1963 UK Hellcat III (UK) 4 à 0 Quest (Australie)
1964 UK Emma Hamilton (UK) 4 à 1 Sea Lion (USA)
1965 UK Emma Hamilton (UK) 4 à 3 Quest II (Australie)
1966 UK Lady Helmsman (UK) 4 à 3 Gamecock (USA)
1967 UK Lady Helmsman (UK) 4 à 1 Quest III (Australie)
1968 UK Lady Helmsman (UK) 4 à 2 Yankee Flyer (USA)
1969 UK Orelos (UK) 3 à 4 Opus III (Danemark)
1970 Danemark Sleipner (Danemark) 3 à 4 Quest III (Australie)
1972 Australie Quest III (Australie) 4 à 0 Wathercock (USA)
1974 Australie Miss Nylex (Australie) 4 à 0 Miss Stars (Nouvelle Zélande)
1976 Australie Miss Nylex (Australie) 3 à 4 Aquarius V (USA)
1977 USA Patient Lady I (USA) 4 à 0 Miss Nicholas (Australie)
1978 USA Patient Lady II (USA) 4 à 0 Miss Lancia (Italie)
1979 USA Patient Lady III (USA) score non connu Nicholas II (Australie)
1980 USA Patient Lady V (USA) 4 à 0 Signor Gividi (Italie)
1982 USA Patient Lady V (USA) 4 à 0 Signor Gividi (Italy)
1985 USA Patient Lady VI (USA) 0 à 4 Victoria 150 (Australie)
1987 Australie The Edge I (Australie) 4 - 0 The Hinge (UK)
1989 Australie The Edge II (Australie) 0 à abandon The Wingmill (USA)
1990 Australie The Edge III (Australie) 4 à 1 Freedom's Wing (USA)
1996 Australie The Edge III (Australie) 0 à 4 Cogito (USA)
2003 USA     John Lovell / Charlie Ogletree

Autres sites :
http://www.ybw.com/auto/newsdesk/20040010114004ywnews.html
http://www.team-invictus.co.uk
http://www.catsailor.com/Stories_Temp/LittleAmerCup03.htm
http://www.turismo.provincia.rimini.it/eng/news/view_news.asp?id=183
http://www.sailingscuttlebutt.com/photos/03/1003lac
http://www.thebeachcats.com/print.php?sid=99
http://www.18hightech.org/V2/index.php 

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