27/08/2012


La plaisance en pleine crise ?

Dépôts de bilan en cascade, chômage technique à rallonge, la crise frappe la filière nautique tous azimuts. En cause, pas seulement les soubresauts du CAC 40, mais le moral et l’optimisme en berne des acheteurs potentiels.

Dans ce contexte, les grands acteurs de la plaisance sont durement touchés, même s’ils ne communiquent pas sur le sujet – de nombreuses personnes que nous avons contactées ne souhaitent pas s’exprimer… 

Une rapide enquête auprès de quelques responsables de chantiers un peu plus loquaces nous permettent de donner un ordre de grandeur du marasme : - 10 % pour le leader Bénéteau / Jeanneau, guère mieux chez Dufour – seule la production du 36 et du 335 était assurée cet été, en attendant la sortie du prometteur 500 Grand Large. Les chiffres ne sont pas bons. 

Notez que le motonautisme résiste plutôt mieux que la voile, en tous cas que les monocoques, car les catamarans s’en sortent beaucoup mieux, même si cela reste difficile. 

Si le chantier Soubise connaît de sérieuses difficultés, les chantiers Lagoon, Fountaine-Pajot et Nautitech assurent une bonne année 2012. Idem pour Outremer Yachting, dont les 49 et 5X marchent très fort. Du mieux également pour Trégor Composites, qui vient de sortir de son redressement judiciaire signifié l’an dernier. Enfin nouveau départ aux Sables d’Olonne pour les catamarans Privilège et les monocoques Feeling qui quittent Lanester dans le Morbihan. La marque a été reprise par le vendéen Gilles Wagner sous la bannière Privilège Marine. Les chantiers Alu Marine et Nautitech, dans le cadre d’une alliance, s’étaient d’ailleurs porté candidats au rachat des catamarans Privilège. D’autres chantiers n’auront pas connu cette chance, comme les chantiers Edel Catamarans ou Catlantech. Changement de mains également pour Rhéa Marine, qui rejoint le giron de la holding nantaise DLJ, déjà propriétaire du chantier Arcoa. Bertrand Danglade reste aux commandes de son entreprise et devient directeur général de la holding regroupant les activités nautiques de DLJ. Un scoop ? Une nouvelle gamme appelée Omega Yacht serait en préparation… Le chantier Alphena Yachts bien connue pour ses élégants day boats est passé sous la coupe du chantier Latitude 46, le constructeur des Tofinou. Quant à la société OpenGate Capital, LLC, une société privée d’investissement, elle vient d'annoncer la signature d’un accord avec Zodiac Marine & Pool - détenu par le Groupe Carlyle - portant sur l’acquisition de son activité nautisme, Zodiac Plaisance. Du côté de l’Afrique du Sud, du changement également : le chantier Dean catamarans devient Dream catamarans. Derrière ce nouveau nom, la société Redemption Yachts. Avec un consortium de propriétaires et d’investisseurs européens et sud-africains, elle a racheté les moules des catamarans. Le chantier est actuellement en train de déménager, il faudra encore attendre un peu avant la reprise de la construction des bateaux. A noter : la famille Dean ne fait plus partie de la nouvelle structure. 

La dernière mauvaise nouvelle en date concerne le chantier Archambault, qui depuis le 4 août, a été placé en redressement judiciaire, avec période d'observation. 

Restructuration, centralisation, fermeture : cette crise va laisser des traces. Ainsi on déplore les fermetures des usines Zodiac à la Rochelle et Philéas à Rochefort, qui se sont regroupées sur d’autres sites de production. Sur le Bassin d’Arcachon, un an après l’assassinat de son patron Fabrice Vial, le chantier Guy Couach a été placé en procédure de sauvegarde. Deux créanciers réclament au constructeur de super yachts la bagatelle de… 11 millions d’euros. 

Les chantiers qui marchent font essentiellement des affaires avec l’export – Russie, Allemagne, Brésil – alors que le marché français s’amenuise (plus que 22 % de la production chez Outremer Yachting). 

Autre constat, les bateaux « de niche » comme les RM, Pogo, Allures, Malango, JPK et autres Django se vendent très bien. Aux Sables d’Olonne, un peu plus d’un an après les bouleversements qui ont secoué J Composites, les résultats semblent encourageants. 

Sur un plan mondial, les constructeurs français semblent être les plus solides. Ce qui n’est pas le cas des chantiers américains et surtout italiens : ces derniers, spécialisés dans la construction de yachts à moteur de 12 à 25 mètres, se sont effondrés cette année, avec un chiffre d’affaires divisé par trois - le chantier Ferretti a notamment été repris par des investisseurs chinois. Il semble que la position française se soit renforcée pendant cette période pour partie grâce au groupe Bénéteau, qui a plutôt augmenté ses parts de marché pendant cette période troublée. 

Au final, les grands perdants de la crise sont sans doute les équipementiers : Navimo et Sparcraft, en pleine tourmente, font le gros dos en évitant les stocks… au point de poser de sérieux problèmes d’approvisionnement aux chantiers. A l’inverse, les secteurs des services, de la maintenance et de la location vont plutôt bien et résistent mieux à la conjoncture difficile.

Il n’existe pas de remède miracle pour lutter contre la crise, mais il se dégage quelques évidences : tout d’abord la conquête de nouvelles parts de marché est indispensable. Face à une demande atone en France, c’est bien sûr vers les marchés étrangers qu’il faut se tourner. D’autre part les chantiers doivent investir afin de proposer des nouveautés - voire de nouvelles gammes innovantes. L’effet nouveauté fonctionne, mais il a aussi son côté pervers. Deux ou trois ans après le lancement d’un modèle, tout est déjà à refaire… Dans ce contexte de renouvellement permanent, disposer d’une production de voiliers et de bateaux à moteurs semble un sérieux atout. 

Une certitude : ce sont bien les salons de la rentrée qui permettront aux professionnels de la plaisance de faire le point et d’anticiper une tendance qui pourrait être plus défavorable encore. 

Nous n’en sommes pas là. A nous tous, passionnés de nautisme, de faire vivre cette filière… et de naviguer ! 

Bon courage à tous ! 

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4 commentaires

23/09/2012 17:13 - Frechin a dit :

Nautisme...un modele

Nous venons de quelque part... Et sommes un modele
http://www.nodesign.net/blog/une-culture-une-industrie-un-modele/

07/09/2012 08:36 - RESTOSEC a dit :

la crise

depuis longtemps la plaisance avec un grand P a ete une usine a Se gaver comme des oies mais maintenant qu il n y a plus de GRAIN a manger, toute cette volaille se plaint, les habitudes ont ete prise dure de redescendre du perchoir,il y a une morale a tout cela , regarder vous dans une glace et penser aux annees ou vous les grosses volailles vous vous etes gavees sur le dos de petits poulets deplumes. Salutations a tout ceux qui se debrouillent dans leur poulailler SANS FAIRE CHAUFFER LEUR CARTE GOLD .

06/09/2012 08:46 - skipperg a dit :

Voiliers caravanes

Arrêtons de produire des voiliers qui ressemblent à des caravanes, l'effet de mode est un feu de paille, cela induit une course aux fausses innovations coûteuses et inutiles.

05/09/2012 14:26 - Istos a dit :

Une crise qui doit provoquer un sursaut

Bonjour,

Pour ne pas que la plaisance offre en sortie de crise un spectacle de désolation, ce que peut laisser entendre cet article, il faut que tous les acteurs et en premier lieu me semble-t-il les ports de plaisance, fassent preuve d'innovation et de courage. Les ports qui peuvent se sentir encore protégés par leur matelas de listes d'attente devrait anticiper le retournement de tendance, il n'est pas que conjoncturel (effet de la crise) mais aussi structurel en raison de la moyenne d'âge élevée des pratiquants. Ce goulot d'étranglement qui freine les désirs d'achat doit sauter grâce aux méthodes de gestion dynamique des ports. Il faut maintenant cesser d'en parler et se mettre sérieusement à l'ouvrage.

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