26/10/2008


BCM - Essai Cirrus Evolution, un nouveau "1.04"

"... vent de NO force 4 le matin passant progressivement N force 5 localement 6, mer peu agitée à agitée, visibilité réduite à 1 mille sous les grains...". Le ciel est bas, il pleut. Il est 8h30, nous roulons vers Lancieux.

Objectif : un essai sur trois jours du dernier né des chantiers BCM : l'Evolution. Trois jours pour l'essayer dont un jour de prise en main et deux de régates sur le Raid des Corsaires ; de quoi se faire une opinion sur l'engin et sur son positionnement face à ses concurrents directs de la classe émergeante 1.04. 

Le bateau nous attend sur le parking de l'École de Voile de Lancieux. 

Ce qui frappe dès la première rencontre, c'est la puissance rassurante qui se dégage de la plateforme. Un rapport longueur-largeur homogène à l'oeil, un rocker prononcé, une étrave haute légèrement en V et des volumes avantageux qui contribuent à cette impression de force tranquille. Le gréement élancé, est équipé de barres de flèche réglables avec haubans et guignol.  

Le mât aile est issu des dernières recherches du chantier ; le profil est celui qui équipe les F18. Le tangon est astucieusement relié au gréement via la pantoire par une barre rigide ; l'ensemble reçoit les points de fixation et de renvoi du cunningham de foc. Comme sur l'ensemble des Cirrus, la plateforme est très reculée. Le trampoline capelé en partie basse des poutres est tendu sur chaque bord par un câble sur ridoir, repris en son centre par un pontet sur chaque coque. Très dépouillé, avec seulement un jeu de sangles de rappel, il se positionne très bas, légèrement en dessous des coques, ce qui accroît l'impression générale de largeur.  

Il n'y a pas de poche ou de baille intégrée au trampoline, un système de poche fixée sur un jonc est ajouté en glissant le jonc dans la rainure de la poutre avant. Astucieuse, cette poche est d'un volume satisfaisant et dégage les zones de circulation sur la plateforme. Il est possible d'en placer plusieurs pour disposer de plus de capacité de rangement. Sous le trampoline, un circuit sur poulies et élastique permet de disposer à poste, le long de la plateforme, du bout de ressalage ; encore une astuce bien pratique que nous aurons l'occasion de tester.
 

Le plan de pont et l'accastillage sont simples. Tout ou presque est ramené au pied de mât et sur la poutre avant. La version de série est accastillée pour la régate avec avaleur de spi, cunningham de foc et de grand-voile. La poutre arrière supporte le rail de palan de grand-voile. 

Ce premier tour du propriétaire étant fait, reste à gréer le bateau. 

L'Evolution est rapide à gréer. Le foc latté de 4,15 m² est généreux dans le bas. Le système de cunningham apparaît efficace même si, une fois bordé, le tube de liaison qui relie la pantoire au tangon, bien que rigidifiant l'ensemble, ne semble pas travailler dans les meilleures conditions. Notre bateau d'essai dispose d'un rail de foc autovireur (en option). 

La grand-voile, avec sa corne imposante, apparaît plus inquiétante mais apporte au gréement et son mât aile une note dynamique prometteuse. Avec 15,50 m² au total, l'ensemble est contrôlé par un puissant cunningham (16 brins), la bordure réglable et la rotation du mât dont le limiteur est placé sous la bôme. 

Le spi de 18 m² est lui aussi rapidement gréer dans sa chaussette souple (de série). L'ensemble des manoeuvres est regroupé auprès du mât à disposition de l'équipier. Une poulie-winch sur chaque bord reçoit les bras. Compte tenu de la météo annoncée, nous gréons, sur l'oeillet du trampoline au plus près de la poutre avant, une poulie supplémentaire sur chaque bord ; équipage léger, nous nous voulons prévoyants. 

Les dérives sont profondes, très profondes avec leur 1.40 m. Attention aux terrains de jeux mal pavés ! Aujourd'hui c'est morte-eau et nous sommes en Baie de Lancieux... La vigilance s'impose ! Très légères, elles sont parfaitement calées en haut et en bas du puits par un petit bourrelet de moquette dure qui assure un excellent maintien. 

Les safrans profonds, sont également ceux du Cirrus F18 ; nous sommes impatients d'en tester la précision. Le système de descente de safran est purement génial. Un système de levier et clip de blocage permet une descente et une remontée rapide et efficace. Par ces temps où les paquets d'algues sont légions, le système, ultra rapide, est un atout certain. Attention aux doigts, il n'est pas bon de les laisser traîner ; le levier est puissant ! 

11h30, le vent continue à monter, l'anémomètre affiche 20 à 22 noeuds, la mer blanchit au large, il pleut ; le bateau est prêt. Au programme : convoyage sur Saint Malo pour une première prise en main. 

Départ au près, voile plate, limiteur quasiment dans l'axe, léger creux de bordure et foc débordé sur son rail, dès le chenal nous sentons que les 140 kg du bateau additionné de nos 130 kg d'équipage ne vont pas peser bien lourds. Les chevaux sont là et bien là. Dérives à fond, double trapèze, nous bordons à plat. Le cap est étonnant. Nous verrons ce que cela donne en régate. Dans la baie, la mer se creuse mais bien calés sur la coque sous le vent, le bateau passe bien. L'étrave haute attaque la vague sans heurt, le volume avant fait le reste, le passage dans l'eau est excellent. Premier virement de bord : comme sur l'Energy, il faut bien arrondir le virement sans brusquer la barre. Les 2,55 m de large augmentent le moment de giration et il faut une bonne coordination barre grand-voile dans la mer formée. Le foc autovireur est d'un grand confort. Léger contre-bord et nouveau virement de bord en direction l'Île Agot puis de Saint Malo. Un peu plus de 8 milles à parcourir. Le vent continue à monter et bascule au nord. Saint Briac passé, nous abattons légèrement. La mer bouillonne, les creux sont maintenant de plus d'un mètre par le ¾ arrière, nous obligeant à nous reculer. Le double trapèze devient délicat et nous nous installons : barreur assis, pieds dans les sangles, équipier derrière la poutre arrière un pied dans le foot strap. Nous sommes au bon plein par 25 noeuds établis, la mer continue à se creuser, elle déferle par moment. Le bateau est régulièrement soulevé par l'arrière, dévale la vague et rattrape celle de devant dans un surf écumant. La barre précise et les safrans profonds permettent de placer sans heurt la coque sous le vent sur la vague suivante ; nous avons relevé ¼ de dérive. 

Une déferlante plus violente nous soulève par l'arrière. L'étrave plonge, jusqu'à la poutre avant. Immédiatement, le bateau s'appuie sur ses volumes avant et son rocker important ; il marsouine et ressort facilement. Fondamentalement la plateforme est saine, les 5,08 m de long sont bien exploités et procurent un comportement extrêmement marin. La largeur permet de bien dégager la coque au vent, l'Evolution mouille peu, c'est un confort appréciable. 

La pointe du Décollé passée, les creux atteignent 2 m dans le chenal de Saint Malo ; la visibilité est réduite et, peu habitués au secteur, nous peinons à distinguer le Grand Bé du Fort National. Nous devons abattre davantage. L'Evolution est un bateau d'accélération et il ne manque pas de nous le faire savoir. Nous sommes quasiment avec la houle par l'arrière. Le bateau va vite, très vite. Pas le temps d'hésiter à envoyer le spi, un moment d'inattention à chercher notre route et nous plongeons dans la vague de devant. Le bateau reste en équilibre prêt à ressortir mais l'équipier, qui s'était libéré du foot strap, est en train d'accomplir un vol formidable. Il entraîne la tête de mât et c'est l'arrêt immédiat ! En quelques secondes nous sommes sur la coque, le bout de ressalage, déjà en place, à portée de main. Le bateau pivote et se redresse lentement. A peine le temps de se faire remarquer de la plage ! Avec nos 130 petits kg, nous n'en attendions pas autant. C'est démontré : l'Evolution se redresse rapidement et facilement. Empannage dans la brise. Nous arrivons à la plage du Sillon sans avoir essayé le spi. Ce sera pour demain. 

Premières impressions pour un équipage léger habitué à des bateaux plus petits : l'Evolution est un bateau équilibré, la plateforme est saine et il va vite ! Physiquement dans ces conditions de temps il réclame un peu d'énergie et de concentration. Surtout, la vitesse implique une bonne anticipation. Nous en tiendrons compte pour la suite de l'essai. 

Le raid des Corsaires est un formidable terrain d'essai. Des Spitfire, des Mattia Sport et deux autres Evolution (une dizaines sont déjà sortis du chantier) pour un test dans la future classe 1.04. Les conditions de temps sont un peu plus clémentes que la veille mais ça ne durera pas. Pour nous c'est l'occasion de tester en course ce que nous avons découvert la veille. Le près est véritablement étonnant. Un cap excellent avec souvent quelques degrés de mieux et une vitesse équivalente aux autres. Mais attention aux réglages de la grand-voile. A vouloir trop en faire, le second près est pour nous désastreux. Toujours un excellent cap mais moins de vitesse, un bateau qui se vautre, s'écrase par excès de puissance.  

Un doigt de cunningham et ça repart. Le foc mériterait aussi un petit dégonflage mais manque de puissance de l'équipier ou de démultiplication du cunnigham de foc, nous ne parvenons pas à en reprendre en navigation (les équipages mixtes gagneront à mettre deux brins de plus). On recolle au paquet et le fort de la Conchée enroulé, c'est l'envoi de spi. Il y a déjà plusieurs de nos compagnons de route sur le toit. La prudence voudrait qu'on la joue "soft" mais on est en queue de peloton, il faut lâcher les chevaux. Le spi facilement établi, bordure et cunnigham largués, seul le limiteur n'est pas totalement libéré, dérives relévées d'1/3. L'Evolution appuyé sur ses arrières, se cale et accélère. Barreur assis, équipier au trapèze, la grand-voile régulée au chariot. La prochaine marque est légèrement sous le vent, à chaque claque une légère abattée permet de bien descendre, plus que les autres et avec une vitesse ébouriffante. Le constat est clair : le bateau est maîtrisable dans la brise, il fait un excellent cap et conserve une remarquable réserve de puissance au portant lui permettant de descendre franchement. Son excellent passage dans l'eau le rend sûr et confortable. 

Pour compléter notre essai, le petit temps puis le médium sont au rendez-vous du lendemain pour l'unique manche du jour. Départ donné par 5 noeuds de vent, nous ne cherchons pas à faire du cap et pourtant l'Evolution marque encore sa différence. Le gréement est sensible au moindre souffle, la corne va chercher haut son vent et le bateau accélère facilement sans perdre en cap. Dans ce type temps il apparaît parfaitement à sa place dans la classe 1.04. Entouré de deux Spitfire, d'un Mattia sport et d'un autre Evolution, nous nous disputons la troisième place au grès des risées jusqu'au milieu de la Baie de Lancieux. Une violente bascule, le vent qui rentre et nous envoyons le spi pour le retour sur Saint Malo. 12 nds, 15 nds, le vent s'établi au SO laissant la mer plate. Un vrai régal. L'Evolution totalement débridé, accélère en permanence sur chaque claque. Dérives remontées d'un quart, cunningham, bordure et limiteur largués : le reaching est une allure fabuleuse. Nous avons tout essayé ! 

Un essai complet donc, favorisé par des conditions très variées et une compétition pour tester son positionnement. 

Le bateau, nerveux, ne laisse jamais indifférent et présente une large plage d'utilisation avec des sensations immédiates dans les petits airs. L'Evolution est si vif que même le néophyte goûtera ces sensations sans préjuger d'un bon réglage et sans appréhension ; pour aller plus vite il faudra apprendre ! 

Pour une utilisation en loisir, l'Evolution accueille des équipages d'un poids total pouvant aller jusqu'à 150 kg. Par ailleurs, même si au-delà de 15 nds le bateau peu paraître difficile, il n'est jamais dangereux. La GV qui peut être totalement aplatie et le foc débordé sur son rail permettent un contrôle efficace du gréement dans la brise. Le cunningham de GV est efficace, celui de foc mériterait une démultiplication supplémentaire pour un meilleur contrôle. 

En loisir sportif, le bateau demande un minimum d'anticipation mais le plaisir est là et bien là. Il n'y a pas de plage de vent sous exploitée et cela à toutes les allures, en particulier par petit temps où l'engin s'anime au moindre souffle. 

En compétition, il répond évidement présent mais pour exprimer tout son potentiel, il faut un équipage averti. Le gréement apparemment simple et réactif n'est pas si facile à apprivoiser. Il n'en reste pas moins que c'est un bateau homogène à toutes les allures et qu'il est parfaitement positionné en 1.04. Bateau d'accélération comme le Spitfire, son passage dans la vague est sain et sécurisant comme celui du Mattia Sport. Jusqu'à 15-20 noeuds, il tient largement sa place face aux autres bateaux de la classe. Sa réactivité, ses accélérations et ses qualités marines devraient lui permettre de faire la différence dans la brise. 

Manu Boulogne nous dit que c'est "un bateau rapide, fiable, facile et extrêmement marin". 

Oui, c'est un bateau rapide et extrêmement marin. 

Fiable ? Nul doute que la plateforme soit d'une grande fiabilité. La qualité et la solidité de construction à laquelle nous a habitué le chantier sont une fois encore au rendez-vous. 

Facile ? En apparence oui et c'est ce qui en fait un bateau très accessible. Dans le détail et pour en tirer cette quintessence enivrante que nous recherchons tous, il faut du doigté, de la réactivité et une grande finesse. Pour une clientèle venant d'un autre univers que la F18, il faudra de l'anticipation et un mode d'emploi clair de ces voiles à cornes si efficaces mais si sensibles. 

Classe 1.04 ou non, l'Evolution s'adresse aux gabarits légers et aux équipages mixtes en recherche de plaisir mais aussi à ceux qui souhaitent retrouver des sensations sans la dépense physique qu'impose la F18. Nul doute que cet "Evolution" n'en favorise une autre : la reconnaissance de la Classe 1.04. 

Texte : Gilles Lévy, Grégoire Lévy
Photos : Marie-Pierre Lévy, Odile Lecuyer-Lévy, BCM 

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1 commentaire

30/09/2016 21:02 - wattel a dit :

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top merci je veux ca !

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