01/01/2005


Nacra - Essai Nacra F18, la "Comyn touch" !

Alain Comyn nous avait déjà habitué à dessiner des F18 comme les Shorgo 18 et Mystère Cobra F18.

Cette fois, en association avec le chantier américain Performance Catamaran, il vient de réaliser un magnifique et performant catamaran à diffusion internationale. 

C'est en 2002 que le Nacra F18 a vu le jour, il remplace dans la gamme Nacra l'Inter 18 dû au crayon de Gino Morelli et P. Melvin, qui, il faut le reconnaître, n'était pas une réussite esthétique tant il était avant-gardiste !  

Très extrême et élitiste dans ses réglages. Hormis aux USA et en Hollande où il était très bien représenté, ce catamaran peinait à percer sur des marchés plus difficiles et concurrentiels comme le marché français. Le chantier Nacra a donc décidé de mettre fin à sa carrière et de remplacer cette unité. Afin de s'ouvrir plus facilement à l'international, le chantier fit appel à Alain Comyn (notamment architecte du Tyka) pour dessiner et mettre au point ce nouveau F18 appelé en toute simplicité : Nacra F18. 

Hormis les constantes évolutions de certains F18, pour le moment encore, le Nacra F18 est le dernier des F18 100 % nouveau à être arrivé sur le marché, ce qui lui donne un avantage certain. Il bénéficie ainsi des dernières évolutions du matériels : coques, mâts, appendices et voiles. Construit aux USA, en polyester avec une âme en vinylester, il est le fruit de plus d'un an de travail mené conjointement par Alain Comyn et l'équipe Nacra. Durant cette période, 5 prototypes ont été construits et ont tourné avec des équipages internationaux performants pour réaliser des tests afin d'obtenir un catamaran très rapide, fiable et au point. 

Le résultat de ces efforts est sans appel, doté d'un très haut franc bord pour surélever la plate-forme aux dessus des vagues, les étraves sont particulièrement hautes et étroites, coupant la vague avec une facilité déconcertante. Le plan de pont est dégagé et ergonomique, absence d'angle vif et effacement total des dérives. La carène a un dessin remarquable, polyvalente et permettant de pousser à l'extrême ce catamaran dans toutes les conditions.  

Les lignes sont tendues et fluides, le rock est prononcé (forme bananée des coques sous la ligne de flottaison), il y a peu de volume sur l'avant, et la section arrière est en U peu volumineuse, cela donne des formes très intéressantes et particulièrement performantes par mer plate, et notamment au portant. Néanmoins, l'équipage doit veiller à centrer les poids pour éviter au Nacra F18 de tanguer, ce qui pourrait gêner l'écoulement laminaire dans les voiles. Les appendices dérives et safrans à grand allongement sont également conçus pour un rendement maximum, notamment au près.  

Il est à noter que les safrans ainsi que les puits de dérives ont été modifiés récemment. Un nouveau profil de mât a été étudié spécialement pour ce catamaran. L'accastillage est signé Harken, il est équipé en option d'un foc auto vireur pour permettre de virer ou empanner encore plus vite et d´un snuffer pour faciliter les envois et affalages du spi. Détails intéressants, la GV en Pentex a une corne de 95 cm et peut être étarquée par un palan de cunningham de 16 brins ou en option de 24 brins, ça ne rigole pas ! 

Bon, assez pour la présentation, il est temps de passer à l'action. Et pour cela, je vais avoir la chance de naviguer avec Billy Besson et Arnaud Jarlegan, qui naviguent en équipe de France Tornado et préparent les prochains JO de Pékin en 2008. Habitués aux bateaux ultras performants, je vais pouvoir recueillir leurs ressentis du Nacra F18. En premier lieu, nous allons gréer ensemble ce F18.  

Heureusement qu'une notice est fournie pour les nouveaux acquéreurs, car il y a des bouts partout et dans tout les sens, machine de vitesse oblige, mais la simplification n'est pas de mise, "certains propriétaires simplifient le plan de pont et marchent tout aussi bien !" La GV est hissée puis hookée sur un axe rotatif en tête de mât. Le foc suit le même chemin, sa tension peut être réglé en navigation, ce qui rend inutilisable son enrouleur. La jauge de la classe prévoit un enrouleur, mais bien peu peuvent servir en navigation, il y aurait peut être des économies à faire quand on connaît le prix d'un F18, mais nous reviendrons plus tard sur ce sujet épineux. 

Pour réaliser cet essai avec Olivier, le directeur de Sirena et importateur pour la France et l'Espagne de la gamme Nacra, nous allons suivre en pneumatique les évolutions du Nacra F18, histoire de faire le plein de photos et qu'il me parle tranquillement de cette machine de compétition. Pour le moment il n'y a pas beaucoup de vent et la mer est lisse, nous visons le fond de la baie où le vent semble plus établi.  

Avec cet équipage d'élite, le catamaran semble glisser sur l'eau, impressionnant. L'étrave et la partie centrale de la coque au vent sont à fleur d'eau, pendant que le tiers arrière de la coque est au dessus de l'eau limitant la traînée sans aucun bruit. Plus nous avançons dans la baie, plus le vent monte et rapidement Arnaud doit passer au trapèze. Nous discutons bord à bord avec Billy qui nous vante l'excellence de la barre, "la barre est extraordinaire de douceur et de précision, un vrai régal".  

Nous leur demandons de passer au travers, puis au largue sous spi, aussitôt dit, aussitôt fait ! Le F18 navigue sous spi, la coque au vent largement hors de l'eau et l'équipier au trapèze qui régule, l'étrave sous le vent bien dégagée coupe nettement les vagues sans ralentir. "Le Nacra F18 semble particulièrement à l'aise à cette allure !", et Olivier de me répondre "ce F18 est probablement l'un des plus rapides, si ce n'est le plus rapide de la flotte des F18 au portant, du fait de la forme de ses coques, et l'on constate en régate que si il vire en tête la bouée de près, sauf erreur dans la descente il a course gagnée, à contrario le bord de près n'est pas sa qualité première".  

Pour le moment, nous sommes obligés de mettre les gaz pour suivre notre F18 toujours sous spi, ce qui complique nettement les prises de photos quand nous passons de vague en vague. "Bon, les gars, on l'a refait, près, travers, largue, sortie du spi, descente à donf, empannage, nouvelle descente à donf puis affalage, mais cette fois vous nous faites le sourire Gilet !". Ce qui est génial avec les pros, c'est qu'ils se prêtent au jeu sans rechigner et toujours dans la bonne humeur, ils sont en parfaite harmonie avec leur machine, c'est du beau spectacle ! 

Nouvelles manoeuvres, nouvelles photos pour compléter la collection, nous sommes à 355 photos en haute définition, le compte est bon et il va falloir faire du tri. Être spectateur, c'est bien, être acteur c'est encore mieux, nous allons pouvoir nous mettre à couple pour que j'embarque à mon tour. Je prends le rôle de barreur, borde un bon coup la GV en abattant légèrement et nous voilà parti.  

Ayant navigué sur plusieurs F18 et étant moi-même un ancien propriétaire d'un F18, je connais bien ce type d'embarcation, mais je suis effectivement surpris par la douceur de la barre ; Billy avait raison, l'équilibre sous voiles et le nouveau profil des lames font merveille. Petit regard sur les penons de foc puis de GV, la corne me semble encore plus impressionnante vue d'ici, on a l'impression d'avoir une voile rectangulaire !  

"Elle mesure 95 cm et est plus importante que sur notre Tornado !" Dans la brise, le contrôle de la GV doit devenir compliqué, "Pas du tout, avec le palan de cunningham de 24 brins, un bon réglage permet d'ouvrir le haut de la voile jusqu'à la 3ème latte et rend le contrôle plus aisé." Je demande à vérifier, car une telle puissance dans les hauts doit exiger du doigté et de la force, mais il est vrai que c'est la tendance actuelle sur les dernières générations de GV, on a même vu des cornes qui dépassaient le mètre, mais je crois que certains chantiers ont fait machine arrière car les GV devenaient trop exigeantes et fatigantes pour les équipages. 

Allez, à notre tour de sortir le spi, le style sera peut être moins efficace, quoique, mais le plaisir sera là. Il est vrai qu'au portant, notre Nacra F18 semble très rapide, le spi très plat est du meilleur effet. Malheureusement, nous n'avons pas d'autre cata pour comparer, si ce n'est les Tika, Dart 16, KL 10.5, SL 15.5 du CNBPP qui sont tous sur l'eau. "Voilà un club de voile qui fait plaisir à voir et qui emmène ses jeunes sur l'eau toute l'année !" Ca déboule sous spi, nous sommes en  

Bootherie et l'étrave sous le vent fend les vagues sans à-coups, sa hauteur importante repousse loin l'enfournement et incite à attaquer encore plus, un vrai régal ! Fin du rêve, nous affalons notre spi dans le snuffer, la voile glisse facilement dans l'ouverture, mais je continue de penser que le plan de pont aurait pu être simplifié. Entre le cunningham, le limiteur et tout le reste, il y en a partout, sur le trampoline, sous le trampoline, j'ai vu pire sur d'autres F18 venant d'autres continents mais cela rajoute du temps quand il faut monter ou démonter son embarcation pour les transports sur route,"il nous faut environ  

1 h 30 pour monter le Nacra F18 de A à Z, montage des coques, matage, mise en place des voiles, etc..., et nous connaissons notre affaire !" En parlant de montage, on pourra regretter le laçage du trampoline sur les coques grâce à des têtes de vis, lent à installer, peu être redoutable pour les fond de combinaisons, et avec le temps les têtes finissent par prendre du jeu en ovalisant leurs inserts qui deviennent autant d'entrées d'eau dans les coques. 

Pour conclure, voilà un catamaran très performant, avec lequel nous avons eu beaucoup de plaisir à naviguer ! Il est parfait pour les régatiers cherchant à naviguer en F18, et pour les équipages recherchant les performances, il suffit de voir son palmarès en régate. Mais comme pour tous les F18, quand la brise fut venue, il eut mieux valu être 2 costauds à bord plutôt qu'un équipage mixte trop rapidement à la rue ! Dernier point et non des moindres, la question du prix ! A 14.000 EUR la machine, la liste des options reste pourtant encore longue, 550 EUR pour un snuffer,  

1.450 EUR pour le spi (on se demande pourquoi il est en option), plus le palan de cunningham 24 brins, réglage du trapèze en navigation, le foc auto vireur, ..., le prix n'est pas vraiment donné ! Il reste pourtant dans la moyenne constaté des F18. Comme pour malheureusement tous les catamarans de cette classe, à force de rajouter des petites poulies par ci par là, des snuffers, des focs auto vireurs, des enrouleurs ou tout autres accastillages indispensables, les prix flambent, mais sont ils vraiment responsables de vos performances ou servent-ils plus à vous faire plaisir ? 

Texte : Pierre Wasselin
Photos : Pierre Wasselin
Remerciements : CNBPP 

Donnez une note :

Votre commentaire
Tous les commentaires sont modérés avant publication, afin de garder toute objectivité, les publicités cachées ou contre publicités sont interdites, et leurs auteurs seront black-listés.

Voir toutes les news

Follow us on socials networks

facebook twitter dailymotion google

Abonnez-vous aux flux RSS

Suivez l’actualité de tous nos magazines en vous abonnant à notre flux RSS ou en vous inscrivant à notre newsletter que vous recevrez par email.

S'abonner à un flux RSS

S'abonner à une newsletter