01/01/2005


BCM - Essai Cirrus Energy, un F18 modèle réduit...

Décembre 2001 - Salon Nautique de Paris : depuis quelques temps déjà, les langues vont bon train à propos de la formule 16. Viendra ? Viendra pas ?

Une seule certitude, les constructeurs ne veulent pas rater le train et les premiers F16 arrivent sur le marché. Des rumeurs nous étaient parvenues sur ces nouveaux engins aux prétentions certaines mais aux caractéristiques parfois bien différentes. Je m´interroge sur un cahier des charges simple : pourrai-je trouver dans cette formule un bateau de régate fin, nerveux, technique,  

capable d´apporter un maximum de plaisir à un équipage léger (+- 125 kg), mais aussi qui puisse être aisément manié en solo comme en promenade familiale, et particularité de ma famille : il doit accepter ma femme et ma fille pour qu'elles se fassent plaisir sans se faire de frayeur, le tout sans avoir besoin d'une préparation physique excessive ? Vaste programme ! 

Cette question semble apparemment irréaliste dans le contexte de la formule 16 naissante, Spitfire ou F16 Mystère en tête ! C´est sans conviction que je déambule au travers des stands catamarans de ce Salon Nautique de Paris 2001. Et là, surprise, le stand BCM (Boulogne Conception Marine) présente deux bateaux : un F18 et une maquette de F18... à l'échelle 8/9ème ! C´est le Cirrus Energy et il a tout ... d´un grand ! 

Fera-t-il preuve des mêmes qualités ? 

Le premier Cirrus Energy est sorti du chantier BCM en 2000 et quelques unités naviguent déjà, principalement dans le nord de la France (berceau du chantier) et en Belgique. C´est donc maintenant un bateau abouti que nous nous préparons à essayer, mon fils et moi en cette fin de mois de juin. 

Celui que nous découvrons nous procure les mêmes impressions qu´au salon : c´est bien une maquette de F18. Cette similitude avec le F18 est telle qu´elle nous vaudra, d´ailleurs, quelques mois plus tard, d´être classés avec les F18 dans la première manche de l´un des grands rendez-vous bretons de catamarans de sport ! 

La plate-forme très reculée, caractéristique des Cirrus, est déjà montée ; pris et bloqué par un jonc dans la poutre avant, le trampoline en PVC est lacé sur la poutre arrière et tendu par un câble sur chaque bord. Les poutres, largement dimensionnées, supportent un accastillage de grande qualité (Harken, Ronstand) avec sur la poutre avant : les taquets de drisse de spi, les points de tire de foc réglables et les taquets de foc ; tandis que la poutre arrière supporte le rail de chariot de GV à billes. La rigidité de l´ensemble est rassurante, nous verrons ce qu´il en est en mer.  

Le mât, de même section que le profil de F18 (et peut-être un peu lourd), vient en appui sur la poutre avant et la martingale très robuste, au travers d´une pièce en bronze creuse, en pivot sur un axe inox du même diamètre. Le gréement qui comprend un guignol sans réglage de barres de flèche (tiens, notre dessinateur à glissé un petite différence avec le F18 !), doit être tendu mais pas exagérément. Les conseils de Manu (Emmanuel Boulogne) sur ce plan sont très précieux, allant - pour les plus exigeants - jusqu´à préciser les valeurs de tension (tensiomètre). D´ailleurs, le service assuré par l´équipe de BCM est remarquable sur tous les plans et même ... sur tous les plans d´eau ! 

Le mât est équipé, sur chaque bord, de taquets sur tourelle pour le cunningham et, en tête, d´un hook pivotant sur axe pour la GV (système astucieux et rarement pris en défaut). Le limiteur de rotation est contrôlé par un taquet sur la bôme. La GV, puissante malgré ses 11,85 m², est contrôlée par un palan Harken 6 brins, un réglage de bordure sur chariot et un puissant cunningham à 12 brins. Le foc très allongé peut être équipé d´un enrouleur - c´est le cas ici - mais il n´est pas prévu de cunningham (dommage, il faudra y penser !). La surface totale des voiles et du mât atteint 16,55 m². Le spi asymétrique est placé dans une baille au centre du trampoline ; l'avaleur est en option.  

Les poulies de points de tire de spi sont capelées sur chaque bord sur le câble de tension du trampoline. 

Les dérives profondes (1,40 m pour un tirant d'eau d'un mètre) sont comme les safrans : en carbone - verre - epoxy. Les safrans ne nécessitent pas de réglage de compensation, ils sont réglés usine. Le système de remontée et de descente est astucieux et sécurisé par un clam cleat largable en cas de choc. Un petit regret cependant, il ne permet pas de relever les lames à 180° 

L´ensemble, avec 145 kg en navigation, est suffisamment léger pour être manipulé et placé seul sur un chariot, mais pour cette première sortie, nous mettons délicatement à deux notre Cirrus Energy à l´eau ; départ de plage oblige. Un petit 2 à 3 beaufort Nord-Ouest nous accueille en ce début d´après-midi sur cette plage du Cotentin à quelques milles en face des Îles Chausey ; un léger clapot de Nord-Ouest sur une longue houle d´Ouest résiduelle, les conditions sont bonnes. Au programme un grand bord de près et puis ... on verra.  

D´emblée, le bateau parle ! Ancien du 470, je retrouve la compacité, la nervosité et la précision de barre du dériveur, avec les accélérations en plus. Avec 2,45 m de large pour 4,88 m de long et la rigidité de la plateforme, le bateau, étraves droites, francs bords généreux et carènes bananées passe bien dans ce clapot. Mais la plateforme très reculée est trompeuse ; il ne faut pas hésiter à se placer à la hauteur de la poutre avant. L´étrave sous le vent doit attaquer le clapot, fendre l'eau parfois jusqu´à la cadène avant. A condition donc de naviguer très en avant, le Cirrus Energy se cale, passe sans taper et le cap - déjà excellent - comme la vitesse en profitent largement. La barre est incroyablement douce, tenue à deux doigts, elle est ultra sensible. D´une très grande précision, elle demande cependant un petit temps d´adaptation pour en exploiter tout le potentiel sans « scier du bois ». 

Au large, le vent monte d´un cran : 10 - 12 noeuds avec quelques belle risées ; c'est le moment d´abattre et de tester le spi. Je lâche la bordure, file le cunningham pour aller chercher toute la puissance de la GV, relève ¼ de dérive (encore un conseil de Manu). Le spi porte bien et je commence à lofer. Là, tout change, le bateau en appui sur ses arrières, siffle, accélère, surfe, coque au vent à fleur d´eau. Barreur sur le trampoline dans les sangles, équipier au trapèze derrière moi avec un pied sur la poutre arrière. Quand je vous disais qu´il a tout d´un grand !  

Bien sûr en vitesse pure ce n´est pas un F18 mais les sensations sont les mêmes. Et la barre qui vous donne une précision diabolique pour descendre dans la claque, surfer, jouer avec la houle pour ne pas décélérer ! Avec 16,50 m² seulement, le spi nous emporte avec une facilité étonnante : il se tient aisément, même par un petit gabarit. 

Formidable ! 

Tellement à écouter et sentir le bateau, qu´aucun de nous ne voit l´énorme banc d´algues qui nous barre la route. Arrêt complet ! Parfaite occasion de tester le ressalage ! Sur ce plan, aucun problème, le bout de ressalage est astucieusement placé dans une poche du trampoline avec ouverture par le dessous, est immédiatement à portée de main et tout est remis en ordre rapidement.  

De retour à terre, le constat s´impose : le Cirrus Energy est un bateau bien conçu, agréable, capable de répondre à un programme de loisir sportif mais aussi de satisfaire les régatiers les plus exigeants avec ses réglages et sa finesse de barre... Avec un rating de 1,14, le Cirrus Energy peut apparaître comme un « petit formule 16 » mais, bien que large, son programme est clair : régate, loisir, famille, équipage féminin ou poids légers, le registre est complet. 

Testé dans des conditions beaucoup plus dures, comme le Raid autour de Houat de l´Eurocat 2004 ou le Raid des Corsaires 2004 - dans les deux cas des pointes à 30 noeuds ont été enregistrées - l´Energy n´a pas failli à sa réputation. Cunningham bordé à fond, bordure lâchée de quelques centimètres pour reformer le bas de la GV et appuyer le bateau, chariot largué de 10 à 15 cm, foc à plat, points de tire débordés à 35 cm du mât, barreur dans les sangles sur le trampoline et équipier au trapèze, pied sur la poutre arrière... ça passe bien et vite ! Le petit temps peut apparaître comme étant son seul véritable handicap en régate face à des catamarans dont le rapport poids / puissance est plus avantageux (Spitfire par exemple). Mais la régate n´est-elle pas que l'une des parties du programme ? 

D´ailleurs dans ce programme, qu´en est-il du solo ? Habitué du Hobie cat 17 j´avais hâte de tester l´engin en version solo (dans la catégorie - 70 kg ! ). En ce matin frais de juillet en Manche, les conditions sont douces : vent d´Est de 1 à 2 Beaufort, mer plate. Seul, je prépare le bateau, le charge sur sa mise à l´eau et descends lentement la plage. Pas de foc, le spi, lui, est gréé dans sa baille sur le trampoline. Départ de plage vent arrière ; pourquoi ne pas tenter le spi dès la sortie du chenal ? Le stick télescopique jeté à l´eau, le bateau glisse doucement vent arrière.  

Je hisse le spi, récupère le stick, libère quelques centimètres de chariot de GV, mets l´écoute au taquet et, bras de spi en main, je lofe lentement. Allégé par l´absence d´équipier, le bateau, un peu au dessus de ses lignes d´eau, démarre instantanément. La sensation est agréable, le Cirrus Energy ne renie pas son nom. Il accélère, dérives basses, se cale sur une coque, l´autre effleurant l´eau, la barre toujours aussi douce. Déjà loin, en vue de Granville, j´empanne avant d´affaler pour rentrer au près. La encore, le bateau est vif et nerveux. L´absence de foc ne gène en rien les manoeuvres si on prend soin, comme il se doit, de bien arrondir son virement sans pousser violemment la barre.  

La régate en solo impose, évidemment, l´avaleur de spi, mais là encore le Cirrus Energy répond présent avec un rating de 1,12. 

La formule 18 évolue, le Cirrus Energy aussi. En 2003 la GV a vu grandir sa corne. L´Energy a gagné en puissance principalement dans le médium. Plus délicat à régler dans le petit temps, il s´est révélé toujours aussi maniable dans le gros temps. Le mât a été allégé, un cunnigham de foc est possible en option comme le foc autovireur ou les cadènes micrométriques. En 2005, Emmanuel Boulogne nous annonce que la corne grandit encore, améliorant, avec l´allégement du mât, le rapport poids / puissance. Le cunningham 20 brins - ou 24 brins en option - permet une excellente maîtrise de ce regain de puissance sans entamer la largeur du programme. Alors, promenades en famille, régates ou solo c'est bien le programme du Cirrus Energy !  

Texte : Gilles Lévy
Photos : Marie-Pierre Lévy, Odile Lecuyer, BCM 

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