01/01/2005


Alado cat - Essai Alado 18, vous connaissez ?

Né en 1991 à Etel dans le Morbihan, l´Alado résulte de la concrétisation d´une réflexion menée par un personnage atypique, Jacques Valer, son architecte et constructeur.

Ancien de la marine marchande, Jacques a toujours utilisé son temps libre à imaginer et à dessiner des bateaux novateurs, particulièrement des monocoques habitables dont certains se sont illustrés en régate et naviguent toujours. 

Jacques Valer découvre les catamarans de sport lors du "Raid Mer de Chine 89". Le développement de ce type de raids attise sa curiosité pour le multicoque. A Carnac, Jacques discute avec les équipages, observe, mesure et analyse les catamarans vedettes de l´époque, tels que le Mattia 18, les KL 17 et 18, le Nacra 5.5 ou le Hobie 18 Formula. A l´exception du Mattia 18, tous souffrent d´un manque de volume rendant les bateaux difficiles à mener dans la mer sur de longues distances. Jacques devient donc architecte et imagine l´Alado, "aile" en portugais, en partant de la nécessité d´un bateau volumineux et "qui flotte". 

Dessiner pour durer 

Jacques rêve d´un nouveau catamaran bourré d´astuces, issues de ses différentes observations. De l´idée au dessin sur papier, du ponçage d´un moule à la réalisation d´une première coque, le constructeur crée son atelier et propose deux modèles de 18 pieds : l´un à dérives sabres, l´autre à ailerons (surnommé affectueusement le "Balado"). 

Lors d´une compétition à Carnac, l´architecte distribue une plaquette de son nouveau catamaran à quelques compétiteurs présents. Curieux, les pratiquants veulent essayer le catamaran. Le premier exemplaire vendu se fait rapidement remarquer par son côté novateur, sa qualité de construction et ses accélérations au portant. L´Alado va s´illustrer par de très belles places en régate confirmant ainsi les idées architecturales de Jacques. 

Le catamaran se fait également remarquer par son prix. Jacques Valer ne compte pas ses heures et peut ainsi défier la concurrence en proposant un bateau complet prêt à naviguer à 57.000 F TTC. Le succès est au rendez-vous et les commandes affluent. Actuellement, 70 bateaux ont été produit au rythme d´une dizaine par an, production artisanale qui n´a rien de comparable avec celle des autres chantiers. Le constructeur travaille avec sa femme dans leur atelier d´Etel. La faible capacité de production limite la diffusion de l´Alado, et augmente l´attente pour acquérir ce bateau (un an de délai). 

Au même moment, la série Formule 18 voit le jour, et les premières régates sont inscrites au calendrier de la saison 1995. Jugeant le Hobie 18 Formula dépassé, Hobie Cat envisage de produire un Formule 18 à partir de l´Alado et sollicite Jacques pour l´achat des plans et du moule. Ainsi naît le Tiger. Par la suite, Mystère suivra le même chemin avec son Twister. 

Le succès de l´Alado vient de la passion d´un architecte constructeur, en ébullition permanente, qui a su donner libre cours à son imagination pour résoudre simplement les difficultés techniques rencontrées. Capable de parler pendant des heures de lignes de coques ou de creux de voile, Jacques pense en même temps à une nouvelle idée géniale tout en réalisant un nouvel exemplaire du catamaran. 

Dans le respect d´un certain esprit de liberté, il n´existe pas de jauge Alado. Les régatiers aiment bidouiller leur plan de pont. A partir de la plate-forme et de la jauge Formule 18, chacun est libre de personnaliser, s´il le désire, le gréement, les voiles et l´accastillage. 

Un catamaran novateur 

Construit en verre polyester par voie humide, l´Alado est l´un des rares catamarans à utiliser du feutre comme âme de sandwich. Ce matériau, d´un bon rapport qualité prix, doit être soigneusement mis en oeuvre. Matière absorbante, le feutre mal stratifié risquerait de se charger en eau. C´est pourquoi Jacques stratifie, avec beaucoup de précisions, ses bateaux qu´il veut robustes et performants. Aux points sensibles, les tissus sont orientés dans le sens des efforts pour une meilleure résistance. Pour compenser un poids de coque relativement élevé de 47 kilos, les poutres sont tubulaires (100 mm x 3 mm), Jacques a développé un mât exploitant la jauge F 18 (pas de poids minimum de gréement). Dans ce profil, l´inertie latérale a été renforcée pour mieux supporter les contraintes sous spi quand le mât est tourné à 90°. L´inertie longitudinale est en proportion plus faible que celle des mâts utilisés jusqu´à présent sur cette plate-forme (Marström, Francespar). Il pivote sur une simple sphère en téflon. Sous l´effet de la tension du guignol et du cunningham de grand-voile, le cintre longitudinal de ce tube léger (un kilo et demi de moins qu´un Marström) résorbe, sans problème le fort rond du guidant (19 mm) de la grand-voile Mylar fournie avec le bateau. Toujours dans le but de gagner du poids aux extrémités, un tangon en Zycral (48 mm x 0,9 mm) est disponible en option pour remplacer celui d´origine (50 mm x 2 mm). Ce récent rééquilibrage du bateau a sensiblement diminué le tangage dont l´Alado souffrait parfois. 

L´un des premiers F 18 

Côté appendices, les dérives de 1,55 m (un mètre sous la ligne de la quille), et de 3,8 kilos chacune, sont bien ajustées aux puits. Les appuis sont francs et la barre bien équilibrée. 

Avec une longueur de 5,48 m et une largeur standart de 2,55 m, l´Alado devient l´un des premiers catamarans, avec le Dart Hawk, conçu pour la Formule 18. Bien que les entrées d´eau soient fines, les flotteurs récupèrent beaucoup de volume par leur hauteur de franc-bord. Peu humide, le bateau passe confortablement dans la mer. Cependant, le pont plat déséquilibre brutalement le bateau quand il passe sous l´eau au portant. La carène bananée permet de diminuer rapidement la surface mouillée de la coque au vent sans sortir la dérive de l´eau. Elle favorise également les rotations rapides lors des virements et empannages. L´étrave fine, droite et très haute permet une meilleure entrée d´eau et recule l´enfournement au maximum. L´Alado passe merveilleusement bien les vagues grâce à sa hauteur sur l´eau, ce qui le rend agréable à barrer et facile à faire virer. 

La bôme, le tangon et les poutres sont construits en tubes d´aluminium. Les poutres, sans bouchon d´extrémité, sont un peu agressives, mais cette solution permet aussi de rincer et d´assécher parfaitement l´intérieur. Les points de drisse et d´écoute de la grand-voile et du foc sont des sangles cousues et renforcées. Sur ce même principe, le palan de grand-voile Harken est fixé à la bôme par une sangle. Petites astuces économiques, légères et faciles à surveiller. 

La liaison poutres-coques est assurée par 8 boulons écrous accessibles par des trappes. Tendu le long des coques par un câble, le trampoline associé au rail de foc sur la poutre avant, permet de supprimer de nombreux trous dans les flotteurs et de garantir une meilleure étanchéité. En outre, on peut se servir du câble de trampoline comme d´un marchepied en position de petit trapèze. Cependant, il est possible de monter les points de tire de foc sur un câble traversier, tendu entre les deux coques, et ainsi de gréer un foc à recouvrement (avec une bordure plus longue) d´une meilleure efficacité au bon plein et largue serré. 

Aux voiles proposées avec le bateau, chacun peut en préférées d´autres réalisées, par exemple, chez Seagull par Fabrice Idier. Cette voilerie a contribué au succès du bateau en remportant notamment l´Eurocat 95 et le championnat d´Europe F 18 en 1997. 

Lors de cet essai, nous avons utilisé la grand-voile Mylar prototype qui a légèrement évolué lors des essais de présérie. Des sorties à plusieurs Alado équipés de différentes voiles ont permis de tester et d´étalonner les choix afin d´obtenir un ensemble cohérent et performant adapté au nouveau profil de mât. L´ensemble mât-voile sera utilisé en régate dès la saison 99. 

Seul le spi asymétrique est sous-traité par la famille Valer. C´est un spi "Le Bihan" réalisé par Jean-François Debacq. Précise, cette voile demande d´être particulièrement attentif aux tensions de drisse et d´écoute, mais si la synchronisation bôme-écoute est bonne, son rendement est excellent. La poulie de capelage du spinnaker en tête de mât est montée sur un bout, encore une astuce, permettant au spinnaker une bonne orientation et une ouverture large du mât grâce au forcateur. Sous spinnaker, n´oubliez pas de mettre le mât dans l´axe de la poutre, sous peine de démâtage lors d´un enfournement dans la brise. 

Selon la taille du spi retenu, le point de tire d´écoute sera positionné sur la poutre arrière pour le 21 m² ou sur la cadène de hauban pour le 19 m². Le haut point d´écoute de ce spi n´oblige pas à se servir du barber-hauler même si chacun reste libre d´en installer. 

Un bateau multi-programme 

Comme tous les catamarans de la nouvelle génération qui peuvent concourir en F 18, l´Alado est une machine de vitesse typée compétition. Facile à maîtriser par vent médium, il devient physique dès que le vent monte et difficile à manoeuvrer pour un équipage léger (moins de 125 kilos) sans grande technique. D´ailleurs, on constate en régate dans la jauge F 18 la disparition progressive des équipages mixtes, car les machines sont trop éprouvantes dans la brise. 

Reste le vent médium pour s´amuser pleinement : véritable régal de vitesse, de sensation de glisse et de puissance. Catamaran souple et progressif dans ses réactions, l´Alado permet à l´équipage d´apprécier l´embarcation et de chercher de nouvelles victimes à dépasser en vitesse pure. Les allures de largue avec ou sans spi procurent un plaisir intense de glissade. Vif, l´Alado autorise le surf des vagues sur une coque avec un équipage bien reculé aux trapèzes. 

Nous avons précédemment évoqué le palmarès sportif du bateau, ce n´est cependant pas sa seule vocation. Catamaran classique, équilibré et robuste, il est adapté à tous les programmes de navigation, y compris la balade ou l´école de voile. La version aileron réduit sensiblement les performances au près, mais permet à son équipage de se libérer d´avantage de la technique de conduite, pour profiter exclusivement des sensations de glisse que procure ce catamaran. 

Pour qui sait être patient, l´Alado offre la possibilité d´acquérir un catamaran neuf au prix de nombreux bateaux d´occasion. 

Texte : Frédéric Le Peutrec et Pierre Wasselin
Remerciements : ASNM de Saint Jean de Monts 

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