10/10/2013


Jacques Riguidel - Le tour du monde en trois défis

Pour son deuxième tour du monde en solitaire, Jacques Riguidel relève trois défis :

- construire son propre bateau, de dix mètres seulement
- affronter les vents contraires
- ne recourir à aucune énergie fossile. 

Un retour unique aux sources de la marine à voile, sans compromis. 

Jacques Riguidel, le tour du monde en trois défis 

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Pour son deuxième tour du monde en solitaire, Jacques Riguidel relève trois défis : construire son propre bateau ; affronter les vents contraires ; naviguer sans énergie fossile. Un retour unique aux sources de la marine à voile, sans compromis. 

Après son tour du monde en solitaire sur le Fréquence Jazz en 2007-2008, Jacques Riguidel construit un nouveau voilier, à bord duquel il se lancera à l’automne 2014 dans un nouveau challenge. 

Son voilier, le Solaire 34, est un prototype spécialement conçu pour une telle traversée. Plus le bateau est petit, moins on a droit à l’erreur. Et le Solaire 34, comme l’indique son nom, ne mesure que 34 pieds, soit dix mètres : quatre mètres de moins que le plus petit bateau ayant réussi le tour du monde à l’envers. Les matériaux sont robustes et légers : contreplaqué, bois massif et résine époxy. Six cloisons étanches dans la coque permettront au voilier de résister aux contraintes énormes de la mer qui agressera sa coque pendant huit mois. 

Naviguer contre les vents dominants et les courants favorables est une aventure aussi sportive que dangereuse. Lorsqu’un tour du monde suit le sens du vent, le bateau glisse, comme un surfeur poussé par la mer. Quand le surfeur remonte les vagues, il lui faut beaucoup d’énergie. Autant il est facile de glisser avec la vague, autant passer au travers est ardu. Le tour du monde à l’envers, explique Jacques Riguidel, «c’est l’Everest en solo sans oxygène et par la face Nord. » 

Lors de son tour du monde à l’envers, Jacques Riguidel recourra à l’énergie solaire pour des raisons techniques et idéologiques. Il rendra ainsi son exploit aussi original que moderne. Par la transformation de l’énergie du vent en vitesse, le marin applique au judo et à la voile le principe fondamental, principe qui pour le marin est une manière d’être : l’utilisation optimale de l’énergie. Le tour du monde solaire de Jacques Riguidel s’appuiera sur l’idée de non-opposition à l’environnement, idée au cœur même du développement durable. 

Défi N°1 : construire un prototype, le Solaire 34 

Dans le respect de contraintes techniques extrêmement strictes, Jacques Riguidel construit lui-même son voilier, qui sera la plus petite embarcation à partir autour du monde contre les vents. 

Après avoir longuement travaillé au cahier des charges, Jacques Riguidel construit lui-même – dans le hangar de Lahonce (Pyrénées-Atlantique) qu’il loue pour l’occasion – le bateau qui le portera lors de son prochain tour du monde. Au-delà de motifs économiques évidents, cette entreprise répond à des contraintes techniques exigeantes : le Solaire 34 est un prototype spécialement conçu pour le nouveau challenge du navigateur. 

Caractéristiques techniques Solaire 34 : 

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    Nom de baptême : non encore défini (dépend du nom du sponsor)
  • Longueur : 10,40 m
  • Largeur : 3,48 m
  • Tirant d'eau : 2,50 m
  • Surface de voilure : 75 m²
  • Poids à vide : 3.500 kg
  • Poids au départ : 4.500 kg
  • Lest : 1.200 kg
  • Matériaux : construction contreplaqué okoumé / verre / résine époxy
  • Budget total du projet : 500.000 €

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400 kg de nourriture sont répartis dans des sacs numérotés, qui peuvent être stockés et changés de place dans le bateau pour équilibrer le poids tout au long de la traversée. L’alimentation est très importante pour rester en forme, pour ne pas tomber malade et pour bien récupérer. Tous les menus, d’une grande variété, sont préparés à l’avance, à base de produits lyophilisés (pratiques car légers et faciles à ranger) et de conserves. L’eau est produite en mer et cent litres d’eau suffisent à constituer la réserve embarquée. 

Le choix des matériaux est en lui-même hautement symbolique. L’époxy rend le bois étanche, évitant que ce dernier ne perde, avec l’humidité, une partie de ses qualités mécaniques. L’alliance, dans un souci d’optimisation, d’un matériau de toujours (le bois) et d’un produit récent (l’époxy), l’acceptation de la modernité en vue d’améliorer l’ancien : voici une idée clé du développement durable. 

La caractéristique la plus remarquable du prototype Solaire 34 reste sa taille. A ce jour, le plus petit bateau ayant réussi le tour du monde à l’envers mesurait quatorze mètres. Plus le bateau est petit, moins on a droit à l’erreur. Et le Solaire 34, comme l’indique son nom, ne mesure que 34 pieds, soit un peu plus de dix mètres. 

La petitesse d’un bateau implique de naviguer en étant proche de ses capacités limites. En mer, il est indispensable d’avoir de l’inertie : le bateau suppose un certain poids pour couper les vagues. Plus un bateau sera gros et lourd, plus il ira vite, c’est quasi mécanique. Faire le tour du monde contre les courants avec un voilier de dix mètres est un grand exploit technique. 

Défi N°2 : affronter les vents contraires 

Le tour du monde à l’envers, « c’est l’Everest en solo sans oxygène et par la face Nord » ! 

Jacques Riguidel avait mis trente ans à réaliser son premier rêve : réaliser un tour du monde en solitaire. Pour sa deuxième grande entreprise, Jacques Riguidel naviguera contre les vents dominants et les courants favorables. « Cela veut dire, entre autres, passer huit mois à tirer des bords. » [Jacques Riguidel pour Sud Ouest] 

Le parcours de ce nouveau tour du monde est de 30.000 milles, soit plus de 55.000 kilomètres. Il se découpe en trois grandes phases : la descente de l’Europe jusqu’au Cap Horn ; puis la remontée des 40èmes rugissants du Cap Horn au Cap de Bonne Espérance ; enfin la remontée de l’Atlantique du Cap de Bonne Espérance jusqu’au port d’arrivée. 

La deuxième phase, déjà ardue d’Ouest en Est, devient, lors d’un tour du monde à l’envers, extrême : le navigateur rencontre inéluctablement des tempêtes au niveau du Cap Horn et les 40èmes rugissants voient se succéder constamment les dépressions. Sans compter le Cap de Bonne Espérance au surnom éloquent de « cap des tempêtes ». Le tour du monde à l'envers, pour reprendre les mots de Jacques Riguidel, « c'est l'Everest en solo sans oxygène et par la face Nord » ! 

Seuls six navigateurs ont jusqu’ici réussi cette aventure dans le monde entier. Le record actuel est détenu par Jean-Luc Van Den Heede à bord du voilier Adrien, qui lui est long de 26 mètres. Jacques Riguidel s’est fixé comme objectif une traversée d’une durée inférieure à 246 jours – le temps mis par Stéphane Narvaez en 2012 sur son voilier de quatorze mètres. 

Le départ de Jacques Riguidel aura lieu à l’automne 2014, pour un retour en mai-juin 2015. Sa performance sera enregistrée par le World Sailing Speed Record Council. Le navigateur est actuellement à la recherche de partenaires. 

Défi N°3 : ne recourir à aucune énergie fossile 

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La nature garantira à Jacques Riguidel l’autonomie énergétique. 

Jacques Riguidel renonce pour sa traversée à toute énergie fossile. Il mise sur les énergies inépuisables auxquelles il pourra avoir accès sur son voilier et qui garantiront son autonomie sur le plan énergétique. 

La durée d'un tour du monde à la voile incite à étudier de près les possibilités d'autonomie énergétique. Les avantages d’une telle autonomie et de l’absence de carburant et de générateur sont nombreux : gain de poids et de place, réduction des coûts, simplification des réseaux, diminution des risques de panne, du nombre d'interventions techniques, de la quantité de pièces de rechange et d'outillage. En contrepartie, il est nécessaire de définir précisément les besoins en instrument et en matériel électrique afin d’élaborer un bilan électrique exact. 

L’énergie solaire est parfaitement adaptée au tour du monde. En effet, à bord d'un petit voilier un panneau solaire est plus fiable et demande moins d'entretien qu'un générateur diésel. La puissance nécessaire de panneaux solaires ainsi que le volume de stockage (batteries) sont déterminés par l'équilibre entre production et consommation. Pour son tour du monde contre les courants, le voilier de Jacques Riguidel sera équipé : pour la production, de quatre panneaux solaires marins, dont un orientable, et d'une grosse batterie spéciale à électrolyte gélifiée ; pour la consommation, des seuls instruments électroniques nécessaires au positionnement et à la communication, ainsi que d'un dessalinisateur. 

Naviguer sans énergie fossile – sans moteur auxiliaire ni groupe électrogène, sans gasoil ni gaz naturel – rend le projet, même préparé avec minutie, à la limite du réalisable. Nous l’avons vu, le tour du monde à l’envers, « c’est l’Everest en solo sans oxygène et par la face Nord ». Filons la métaphore : le tour du monde à l’envers sans énergie fossile, c’est l’Everest en solo sans oxygène et par la face Nord, sans piolet et sans corde. Un tel défi est sans doute le plus significatif de la personnalité de Jacques Riguidel. S’appuyer sur l’énergie du soleil, la force du vent et la force de l’eau, fonder son projet sur l’idée de non-opposition à l’environnement et sur l’utilisation intelligente et mesurée des ressources naturelles, c’est faire du choix de la plus extrême difficulté et du dépassement de soi celui de la simplicité volontaire. 

Jacques Riguidel, un homme d'action 

Concevoir le projet et construire le voilier : on se retrouve au cœur même de la nécessité d’agir. 

Marin de 58 ans installé à Biarritz, Jacques Riguidel est un expert en arts martiaux hautement diplômé. Quatorze dan de judo, kendo et iaïdo, il a contribué à créer une méthode d’éveil au judo pour les 4-5 ans. 

Son premier tour du monde en solitaire a donné lieu à un livre, Un tour du monde en solaire. Car un projet pour Jacques Riguidel se déroule toujours en trois temps : la conception ; la réalisation ; la transmission. 

Mais aux yeux du navigateur, c’est le premier volet du projet qui revêt le plus d’importance. Concevoir le projet, le rendre réalisable, rédiger un cahier des charges complet, construire le bateau : c’est partir de zéro, créer, synthétiser des idées de toutes origines. C’est agir en étant et en restant autonome. 

Jacques Riguidel, un homme de sensations 

Naviguer pour Jacques Riguidel, c’est partir à la recherche de soi, c’est se lancer dans une aventure humaine trop humaine. 

« Écoute le vent, observe la mer, décide, prévois, anticipe, pense, vis ton rêve jours après jours, la liberté est à ce prix-là. Le bonheur également… » [extrait du Tour du monde en solaire, 96èmes jour]. 

Jacques Riguidel ne cherche pas à gagner une course. Son tour du monde ne repose pas sur l’affrontement de concurrents, mais bien plutôt sur la recherche de soi. Après avoir mis à l’épreuve son pragmatisme par une préparation minutieuse, le navigateur partira une nouvelle fois en mer à la recherche de sa solitude, de ses sensations, de ses émotions. 

Pratiquer la voile comme plaisancier offre le plaisir de la glisse, le plaisir de sentir le bateau avancer le mieux possible avec le vent. On le ressent avec ses sens, à l’affut de tous les indices permettant d’approcher au plus près les réactions du bateau. Jacques Riguidel navigue au grand large avec le minimum d’instruments, se limitant au strict nécessaire, car les instruments font barrage aux sensations. 

Être ouvert à ses sensations suppose une forte sensibilité, ainsi qu’une concentration sur ce qui se passe autour de soi, une attention réelle. Voyager c’est le contraire de rêver, c’est du concret. Dans le voyage, on est dans le profondément humain, dans le physique : le corps nous transmet ses émotions, on apprend à les entendre. Voyager n’est pas quelque chose de surhumain. Au contraire, c’est l’humain poussé à l’extrême. Pour Jacques Riguidel, naviguer est une aventure humaine, au sens le plus fort des mots. 

Jacques Riguidel, un homme de réflexion 

Le tour du monde de Jacques Riguidel a valeur d’exemple et alerte sur l’urgence de travailler à la sauvegarde la planète. 

« Nous vivons dans des mondes totalement différents, aux valeurs opposées. Ici clochard de luxe en orbite maritime, là-bas consommateur figé, modeste et résigné, bien programmé dès l’enfance pour consommer, acquérir, accumuler, se protéger. » [extrait du Tour du monde en solaire, 96èmes jour]. 

Le premier tour du monde entrepris par Jacques Riguidel était déjà remarquable par l’économie de moyens mis en oeuvre.!Encore une fois, Jacques Riguidel se lance avec son deuxième tour du monde dans une aventure utile. 

Le point commun entre la voile et le judo réside dans l’utilisation optimale de l’énergie : la voile applique en effet ce principe fondamental du judo dans la mesure où elle transforme l’énergie du vent en vitesse. Et pour le navigateur, l’idée de l’optimisation de l’énergie correspond à une manière d’être. 

Les choix techniques de Jacques Riguidel illustrent une idée majeure : on peut faire de grandes choses avec des moyens limités, les grands projets ne riment pas forcément avec énergie gaspillée.!Le navigateur veut voyager autrement et montrer qu’il est possible de faire le Grand Tour avec le minimum d’énergie. Faire un tour du monde avec des moyens limités et savoir se limiter, c’est aussi savoir limiter sa consommation et refuser de participer à la fuite en avant de l’humanité. Un voilier au large ressemble à la terre dans l'univers. Il dispose de l'énergie du soleil et doit respecter l'équilibre entre la production et la consommation. 

Site : www.globe-puissance9.com 

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