11/04/2010


Generali Arctic Observer - Jean Louis Etienne récupéré par son équipe

Dans la matinée de dimanche en Sibérie (vers minuit en France), l’équipe du Generali Arctic Observer a retrouvé ce matin Jean-Louis Etienne et son ballon en pleine Yakoutie, au centre de la Russie.

Une fois le ballon totalement dégonflé, l’équipe et la rozière sont repartis à bord d’un gros hélicoptère russe MI-8 en direction de Yakutsk, avant un retour en France en début de semaine. 

L’attente n’a pas été trop longue pour Jean-Louis Etienne. Après une bonne nuit de sommeil réparateur, l’aérostier a été rejoint par son équipe technique en début de matinée dimanche. En quelques heures, l’équipe a dégonflé le ballon, replié l’enveloppe, rangé la nacelle et embarqué l’ensemble à bord d’un gros hélicoptère russe de transport. « J’étais très fatigué hier soir. Je me suis endormi en mangeant et me suis réveillé un peu plus tard avec la cuillère dans la bouche ! s’amusait dimanche matin Jean-Louis Etienne. J’ai dormi comme une bûche et maintenant ça va mieux. Tout le matériel a été embarqué dans un hélicoptère MI-8. Je vais pouvoir me restaurer et retrouver un peu de chaleur. » 

Avec un peu de recul, Jean-Louis Etienne analyse les difficultés d’une telle expédition par rapport à ses nombreuses expériences polaires précédentes. « J’ai fait pas mal d’expédition sur terre ou sur mer. La différence c’est qu’en l’air, le moindre problème peut être fatal. Dans les airs, il n’y a jamais de répit. Si quelque chose ne va pas, on ne peut pas faire de pause pour regarder ce qu’il faut faire. L’analyse doit être vite faite et la décision rapide. C’est ce qui rend tout ce qui est aérien intense, surtout dans des circonstances pareilles. J’ai connu des moments tendus en volant bas. Je faisais du “radada“ à 50 nœuds sur la banquise. C’était très impressionnant. J’ai enfin pu me reposer en touchant le plancher des vaches. » 

A peine de retour sur terre, l’infatigable médecin-explorateur regarde déjà vers le futur et ses prochaines aventures. « J’ai un projet depuis deux ans d’un bateau d’exploration océanographique qui aura la capacité de voyager dans les régions polaires. Mais c’est un projet à long terme. Je continuerai certainement à voler en ballon d’ici là. C’est un appareil d’observation absolument extraordinaire. On vole lentement. Il n’y a pas de vent, pas de bruit. C’est un formidable balcon sur la nature. » 

Retour sur la traversée de l’océan Arctique en ballon au jour le jour…
 

Lundi 5 avril, 6h10 : décollage de Longyearbyen au Spitzberg

« Je n’ai pas eu une petite, mais une énorme émotion au départ, raconte Jean-Louis Etienne quelques minutes après son décollage. C’était quelque chose d’extraordinaire. C’est un moment d’une grande intensité. Et ça devient petit à petit une beauté magnifique. C’est le grand calme maintenant. Je monte progressivement au-dessus de Longyearbyen. C’est absolument magique. Je commence à deviner les montagnes. Il y a un paysage devant moi fait de montagnes et d’eau. C’est d’un calme absolu, c’est magnifique, c’est comme ça que je l’avais imaginé. » 

Mardi 6 avril : fin de survol de l’archipel du Svalbard et début de la traversée de l’océan Arctique

« J’ai volé le long des falaises et me suis fait quelques frayeurs en passant subitement sur des faces à l’ombre, avoue Jean-Louis Etienne lors de sa première vacation avec le PC Vol installé à Saint-Denis. Le vol en montagne n’est pas facile. Il fallait garder une altitude basse pour essayer d’aller d’une vallée à l’autre et me rapprocher le plus possible de la trajectoire que m’avait demandée Christophe Houver (coordinateur du vol, ndlr). A un moment, j’ai dû voler dans le brouillard car la bonne direction de vent se situait dans la brume. Piloter dans la brume est un peu stressant, surtout avec des montagnes autour !
Au-dessus du Spitzberg, j’ai vu des rênes qui me regardaient d’un air ahuri. En quittant la dernière île, je suis descendu très bas au-dessus de l’océan Arctique. Mais je n’y voyais rien du tout à cause des nuages. J’ai alors entendu des bruits, des craquements très impressionnants de la banquise à la dérive qui venait se heurter sur le nord du Spitzberg. Pour la première fois, j’entendais ce fracas de la banquise. » 

Mercredi 7 avril : tempête de neige dans les parages du pôle Nord

« Je me suis fait vraiment secoué par la tempête de neige. Pendant quatorze heures, j’ai piloté à basse altitude en essayant de rester à 150 mètres du sol, l’altitude requise. C’était fatigant, et même épouvantable à la fin. Car dans ce vent violent, il y avait des ascendants et des “dégueulantes“, si bien que le ballon montait très haut et redescendait aussi brutalement. Et en redescendant, les panneaux solaires volaient, se mettaient sur la nacelle. C’était assez spectaculaire mais épuisant. J’ai très peu dormi depuis le départ. Il y a vraiment du gros temps sur le pôle Nord en ce moment. » 

Jeudi 8 avril : problème d’énergie à bord suite à la tempête de neige

« On l’a remonté à 3.000 mètres d’altitude pour “rebooster“ les batteries, explique Christophe Houver, coordinateur du vol. En économisant sa consommation, il a facilement 48 heures d’autonomie. Le vol et sa sécurité ne sont pas compromis. On a juste pris des dispositions pour que le vol puisse se dérouler à peu près normalement. En conséquence, le fait d’être monté en altitude l’a éloigné de la trajectoire idéale (vers l’Alaska, ndlr). Il a tourné vers la droite et ce virage sensible va désormais l’emmener vers la Sibérie au lieu du continent nord-américain. Mais cela ne change pas grand-chose à l’enjeu du vol. Il va parcourir à peu près 3.000 km à travers l’océan Arctique. » 

Vendredi 9 avril : cap sur la Sibérie

« Cela fait douze heures que je vole à 5000 mètres. Après trois jours à basse altitude, entre 100 et 300 mètres, passer tout d’un coup à 5000 mètres, ça use les organismes. Heureusement, j’ai de l’oxygène à bord. C’est une vraie épreuve, difficile physiquement, mais je fais face à la situation. Voler pendant plus de quinze heures sans dormir à des altitudes très basses de 300 mètres avec des vents jusqu’à 50 nœuds, cela ne laisse pas beaucoup de place à l’improvisation, au repos ou à la contemplation du paysage ! Mais cela fait tellement longtemps que j’y pense, que réaliser cette traversée du Pôle en ballon me rend très heureux. » 

Samedi 10 avril : atterrissage en Yakoutie (Sibérie) après 121h30 de vol et 3.130 km parcourus. Jean-Louis Etienne réussit la première traversée de l’océan Arctique en Ballon, qui plus est en solitaire

« L’atterrissage, c’est un échouage. Cela s’est bien passé. Je voulais aller beaucoup plus loin, mais je me suis retrouvé en face d’un mur de brume assez compacte. Je ne voulais pas monter pour passer de l’autre côté sans savoir où aller. Et j’étais fatigué. J’ai donc décidé de me poser assez vite avant d’entrer dans le brouillard. Je me suis posé verticalement. Cela s’est bien passé, je m’attendais à pire. Je suis maintenant sur un plateau très rocailleux, en partie couvert de neige.
C’est une énorme satisfaction et un soulagement. Il y a quand même eu des moments difficiles pendant ce vol. Je commençais à manquer de sommeil. Il était temps de mettre un terme pour savourer ce vol, qui était long et difficile, mais tellement exaltant.
Je me rends compte qu’on ne repousse pas les limites, mais qu’on les découvre. Quand on s’implique, on est capable de faire des choses remarquables qu’on ne pensait pas pouvoir faire.
La Sibérie Orientale est l’un des points les plus froids du globe. Il faisait -27°C ce matin ! Il me reste un peu de nourriture, j’ai de l’eau, du chauffage et je vais dormir, dormir, dormir… » 

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