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A l'occasion du 500ème jour de dérive, Grant Redvers, chef d'expédition à bord de Tara revient sur, ce qui l'a marqué, ce qui lui a manqué, et les images qu'il conserve de cette expédition au coeur de l'Arctique.
Il n'y a pas d'odeur sur la glace donc ce que nous sentons vient, soit de nous, soit du bateau. De délicieuses odeurs de cuisine flottent dans le carré chaque jour dont l'arôme du pain sortant du four. Moins agréable mais vital pour notre existence sont les odeurs de kérosène et du pot d'échappement du générateur. Les senteurs de vapeurs de bois dans le banya nous procurent un plaisir rafraichissant chaque semaine.
L'odeur de la forêt dans les montagnes de Nouvelle Zélande après la pluie.
Une image qui traduit bien l'essence de l'expédition est celle de Tara avec une énorme crête de compression se brisant au dessus de son étrave. Cette crête s'est formée durant le premier hivernage et est restée avec nous durant l'été et le second hivernage. Pour moi, cette image véhicule l'histoire de notre voyage à travers un océan glacé.
J'ai hâte de revoir un paysage avec des couleurs et de la diversité. Les forêts vertes et luxuriantes et les plages sauvages de surf en Nouvelle Zélande. Et bien entendu les bikinis sur la plage !
La compression, le craquement et le crissement de la glace sur la coque de Tara, le bruit de la neige et de la glace qui crissent sous les pas lorsqu'il fait très froid, le bourdonnement constant du générateur et le carillon « ding, ding, ding » de la CTD lorsqu'elle tourne sont tous des sons qui caractérisent Tara Arctic pour moi. Le son de l'accordéon joué par Marion et Sam accompagné de la guitare jouée par Hervé rappéleront toujours les bons moments que nous avons connus pendant l'expédition.
Tous les sons de la vie et de la nature... le vent dans les arbres, le murmure d'un ruisseau de montagne, les vagues qui se brisent, une pluie battante qui tombe sur un toit, les animaux à la campagne et les sons joyeux et quotidiens lorsque je me trouve auprès de ma famille et de mes amis.
Cela serait le fameux 'Plov'. C'est un plat de viande et de riz traditionnel Azerbaïdjanais que Gamet nous a appris à cuisiner pendant notre premier hivernage. La plupart d'entre nous à bord l'ont préparé à un moment ou à un autre, en y ajoutant notre touche personnelle. C'est un plat riche et épicé plein d'énergie, parfait après une journée passée à pelleter !
Sans aucun doute les fruits et les légumes frais, en particulier les bananes !
Vous m'avez interrogé sur les odeurs, les images, les sons et les goûts qui me manquent. Cependant, en termes de privation sensorielle, une des choses qui me manque le plus est la sensation de nager dans une eau tempérée ou celle de prendre un long bain chaud. Notre banya nous procure la possibilité de nous rôtir deux fois par semaine suivie d'une trempette glacée dans l'océan et une brève douche. Mais j'ai hâte de pouvoir me déshabiller et me plonger complètement dans de l'eau chaude.
La récente disparition de Sir Edmund Hillary. Cet homme était le héro de mon enfance et a été la personne qui a inspiré de nombreux Kiwis, comme moi à poursuivre leurs rêves. Son esprit d'explorateur, d'aventurier, d'aide humanitaire continuera à guider les futures générations.
Lorsqu'on compare l'ambiance et la vie à bord entre le premier hivernage et le reste de l'expédition, la différence est marquante. Ce changement est lié à un certain nombre de facteurs qui comprennent la saison, la charge de travail et la dynamique de groupe. Je pense que la présence de femmes à bord a eu un impact positif. Cela crée une « micro-société » plus équilibrée et la cuisine est meilleure maintenant !
Zéro ressemble à la canicule, la fonte de neige et de glace forment un marais tout autour du bateau, il pleut dedans et à l'extérieur et tout exercice provoque une bonne transpiration. -10°C nous semble encore trop chaud pour pelleter et casser de la glace. -20°C est la bonne température pour travailler et skier. A -30°C, il commence à faire frisquet et nous devons faire attention et couvrir toute peau exposée. La variation de la température extérieure ne change pas notre vie à l'intérieur du bateau car nous y maintenons une température relativement stable de 18 à 20°C dans nos espaces habitables.
Je n'arrive pas à penser à un objet personnel qui m'a vraiment manqué. Si je devais recommencer, j'apporterai sans doute quelques livres de plus et un kit maison pour brasser la bière.
Pendant la préparation de l'expédition, nous avions envisagé d'installer de profondes caisses étanches autour des puits à safran ce qui aurait rendu la tâche de les remettre en place plus facile et plus sûre. Au bout du compte, nous avons commis l'erreur de ne pas avoir construit ces caisses. En conséquence, nous avons du fabriquer quelque chose cet hiver avant d'ouvrir les puits à safran. Ce point constitue le talon d'Achille de Tara rendant l'enlèvement et la réinstallation des safrans, une opération très délicate et risquée.
Aussi, un paramoteur et un scooter des neiges auraient été très utiles en Mars 2007 lorsque nous cherchions un emplacement pour créer une piste d'atterrissage convenable. Nous avons passé beaucoup de temps à pied pour chercher de la bonne glace pour la piste, une tâche qui aurait été grandement facilitée et plus efficace vu du ciel ou même avec l'aide d'un scooter des neiges. Ces articles auraient été clés pour éviter les nombreuses difficultés et délais que nous avons connus en Avril avec le campement science et la rotation de l'équipage.
Ma carte de crédit, mon portable, de l'argent... et mon vélo.
C'est difficile à dire. Il y a eu de nombreuses choses que nous n'avons pas utilisées pendant l'expédition parmi lesquels des fournitures, des outils et du matériel en général. Mais on ne sait jamais si on aura besoin de certaines choses durant une longue expédition isolée. Le guide de navigation de la Méditerranée n'était probablement pas un livre indispensable dans notre bibliothèque, cependant il peut procurer une lecture agréable durant la dérive dans la nuit polaire.
Nous discutons en permanence de la météo et de l'état de la banquise à bord de Tara, les deux facteurs qui dictent les activités de nos vies. A différentes périodes de l'expédition, dans les moments où nous avons préparé les rotations de l'équipage ou le campement de la science en Avril dernier, les discussions sur la logistique ont été omniprésentes à chaque moment de la journée jusqu'au point de saturation. Pendant ce second hivernage, le timing de la sortie des glaces est un sujet de débat continu...
Notre équipe Parisienne nous a fourni tout notre support logistique et de communication, donc ces deux points dominent nos discussions avec eux. Cependant, nous discutons également beaucoup de notre vie sur le bord et de ce qui nous arrive chaque semaine.
Il n'est pas possible de sélectionner un meilleur souvenir, car il y a eu trop de moments fantastiques. Je dirai toutes les premières du premier hivernage. Cette période de l'expédition était magique car c'était une véritable aventure du point de vue d'un puriste. La première cassure de la glace, la crête de compression, le CTD, la pleine lune sur la glace luisante, l'aurore, les premiers rayons du soleil après l'hiver et la vision du premier avion atterrissant en Avril 2007... et la liste continue. Ce fut des expériences très excitantes, souvent des batailles gagnées avec âpreté, ce qui procure des émotions fortes et des sensations de satisfaction personnelle lorsque je regarde derrière moi l'expédition dans sa totalité.
Mais plus que tout, mieux que les souvenirs d'évènements et de ses jalons marquants, ce sont les souvenirs humains de l'expédition qui me marquent le plus, les expériences humaines enrichissantes de vie avec et le bonheur de gérer une équipe internationale, talentueuse et diverse...
Ironiquement, c'est aussi le premier hivernage qui me laisse les pires souvenirs de l'expédition. La période fut particulièrement éprouvante sur le plan physique mais aussi sur le plan mental pour tout l'équipage. Avec la tension de se faire à l'expédition, avec tous les éléments inconnus et les difficultés de mettre en place les choses pour la première fois et apprendre à vivre en Arctique, il y a eu d'inévitables conflits personnels. Cependant, nous avons réussi à surmonter ces moments difficiles et c'est largement grâce aux pionniers de ce premier hivernage que l'expédition connaît un tel succès aujourd'hui.
Pour moi c'est gérer la connexion email et l'administration du bateau et de l'expédition, les aspects administratifs auxquels il est impossible d'échapper dans notre monde aujourd'hui, même au Pôle Nord.
La meilleure tâche est celle nommée « neige et glace ». Lorsque c'est votre semaine pour récupérer la glace et la neige pour faire de l'eau pour cuisiner, boire, faire la lessive, la vaisselle et se laver, la journée démarre à l'extérieur sur la glace, en brandissant une pioche et en tirant la pulka, tout en respirant l'air frais. Quelques fois avec le vent et la neige dans votre visage à d'autres moments avec l'impénétrable galaxie d'étoiles au-dessus de votre tête. Qu'importe, c'est toujours une bonne façon de commencer la journée et cela me rappelle la chance que j'ai d'être là haut.
"Revenir au monde » et la « rentrée » sont des termes auxquels je pense de plus en plus, même si j'essaye de ne pas trop me fixer sur le retour, en restant dans le moment présent jusqu'à ce nous sortions de la glace. J'ai vraiment la sensation que cela sera comme si nous atterrissions sur la planète Terre après une longe mission dans l'Espace. J'hésite à dresser un parallèle avec une libération de prison parce que je me sens si libre là haut mais j'imagine que cela pourrait être comme le retour dans le monde après un sortilège. Cela va être une surcharge sensorielle, initialement un moment de folie mais j'anticipe avec joie ce moment de redécouvrir la vie dans les basses latitudes à nouveau. Je suis très excité à l'idée de retrouver ma famille et mes amis Néo Zélandais et de suivre de nouveaux rêves. Mais avant de sauter dans quelque chose de nouveau, je prendrai du bon temps pour me détendre sur la plage, avec pour seule glace, les glaçons qui flottent à la surface de mon pastis !
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