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Le magazine de la voile sur internet
Nous pouvons aujourd´hui grâce au projet européen Damocles et à la mission Tara Damocles, divulguer quelques faits remarquables sur l´état actuel de l´Océan Glacial Arctique en pleine transformation, leurs causes probables et leurs conséquences.
Les faits (avérés)
1/ Un recul spectaculaire de la banquise à la fin de l´été 2007 a été constaté. Entre septembre 2005 et septembre 2007 c´est plus d´1 million de km² de glaces de mer qui ont disparu. La position initiale de la dérive transpolaire de Tara en septembre 2006 se trouvait à plus de 400 km au sud de la lisière de la glace en septembre 2007.
2/ Un accroissement tout aussi spectaculaire de la vitesse de la dérive transpolaire qui va du détroit de Béring au détroit de Fram a été constaté entre l´été 2006 et l´été 2007. Cette accélération des mouvements de la dérive transpolaire arctique, peut en partie être tenue pour responsable de la diminution de la surface couverte par la banquise à la fin de l´été 2007.
Tara a parcouru plus de 2.000 km à vol d´oiseau soit le double en tenant compte de tous les déplacements en 400 jours environ soit à une vitesse moyenne 2 fois plus élevée que ce que nous avions anticipé et 3 fois plus élevée que ce que les modèles avaient prédit. Tara sortira de l´Océan Glacial Arctique avant la fin de l´année 2007 alors que nous prévoyions cette sortie au cours de l´été 2008.
3/ La disparition progressive des glaces pluriannuelles au profit des glaces de l´année se confirme et résulte en grande partie des deux constats précédents. La station russe dérivante NP35 n´a pas pu être déployée au coeur de l´Arctique en septembre 2007, comme prévu initialement, mais à la périphérie à proximité du Cap Artichevsky par 81°30N et 103°E environ, faute de trouver de la glace pluriannuelle après avoir sillonné l´Arctique de part en part, de la Sibérie au Canada, de 100°E à 130W, et de 80°N à 89°N.
4/ Au cours de l´été 2007, on a pu constater une accumulation de glaces compactes et épaisses le long des côtes du Groenland et du Canada ainsi que dans le détroit de Fram qui ont rendu les opérations conduites à partir des brise-glace suédois (Oden), allemand (Polarstern), norvégien (Lance) très difficiles dans cette région malgré l´aide de brise-glace russes à propulsion nucléaire. Par contre et dans tout le reste de l´Arctique la navigation dans les glaces n´a présenté aucune difficulté. Lors de l´été 2007 nous pouvions rejoindre le delta de la Lena en Sibérie à celui du Mackenzie au Canada sans rencontrer un seul morceau de glace dérivante.
5/ Nous avons également constaté une amplification des flaques de fonte à la surface de la banquise qui désormais recouvrent plus de 50% de la surface de la banquise en été et une augmentation de la pluviosité dans le secteur situé entre le Groenland, le Spitsberg et le pôle nord géographique liée à des entrées d´air chaud et humide en provenance du nord de l´Europe. Les relevés de température effectués à Tara au moyen d´un ballon captif entre la surface et 2.000 m d´altitude, ont révélé la présence de masses d´air chaud à basse altitude (couche d´inversion entre 300 m et 800 m d´altitude).
6/ Au 15 Octobre 2007 la période de formation de la banquise n´avait pas encore véritablement commencé malgré l´arrivée de la nuit polaire. L´Océan Arctique était toujours libre de glace entre la Sibérie et le Canada.
Les causes (probables)
Les observations et les mesures collectées à Tara et aux alentours, vont nous permettre après analyse d´établir précisément les causes de certains phénomènes constatés. Les recherches sont conduites à la fois :
1) dans l´atmosphère par l´analyse de plus de 100 profils de température, d´humidité et de vitesse et direction du vent entre la surface et 2.000 m d´altitude complétées par des analyses au sol entre 0 et 10 m et par l´analyse du rayonnement solaire incident et réfléchi, des flux radiatifs et turbulents et de l´albédo.
2) dans la neige et la glace par l´analyse des relevés en continu des épaisseurs de glace et de neige et des caractéristiques physiques de la neige et de la glace.
3) dans l´océan par l´analyse des relevés de température et de salinité entre la surface et 1.000 m ou plus de profondeur effectués toutes les 48 heures.
D´ores et déjà nous avons relevé des indices forts de réchauffement des masses d´air et d´eau. Au cours des 20 dernières années, on enregistre une diminution de 1.000° de température en dessous du point de congélation de l´eau de mer (-2°C) intégré sur toute la période de gel qui va de septembre à mai. Des masses d´air chaud supérieur à +10°C ont été observées cet été à Tara se déplaçant à basse altitude (400 à 800 m). La température des masses d´eau atlantique a augmenté de 0.5°C en température et de 100 m en épaisseur (entre 200 m et 800 m de profondeur).
Il s´agit non seulement d´étudier la distribution horizontale et verticale des températures mais également des caractéristiques du vent, premier responsable du mouvement des glaces de mer, de l´hygrométrie de l´air, responsable de la couverture nuageuse et des précipitations et de la salinité de l´eau de mer qui fixe le degré de congélation des eaux de mer. Tous ces paramètres sont observés, mesurés et enregistrés à Tara à fin d´analyse par les experts du consortium européen Damocles.
Les conséquences (possibles)
Bien qu´aucun modèle ne soit actuellement en mesure d´établir des prévisions fiables comme nous l´avons signalé, l´objectif principal du projet Damocles, est bien de corriger les modèles et d´améliorer la fiabilité de ces prévisions numériques, nous pouvons d´ores et déjà établir quelques prévisions surtout basées sur les récentes observations de la banquise arctique et simultanément de l´océan et de l´atmosphère qui l´environnent.
1/ Il est fort probable que la banquise arctique aura disparu en été dans les 10 à 15 années qui viennent. Au rythme actuel d´une perte de banquise de 500.000 km² en plus chaque année en été et sachant que la surface actuelle à la fin de l´été est de l´ordre de 4 à 5 millions de km², il suffirait donc de 8 à 10 ans pour que cette banquise d´été disparaisse.
2/ Cette disparition contribuerait à fortement augmenter l´absorption par l´océan de 80 % de l´énergie solaire incidente qui, autrement, en présence de glace, serait réfléchie vers l´espace.
Ceci aurait pour conséquence de réchauffer localement l´océan superficiel et donc l´atmosphère et d´entraîner une fonte accélérée des glaces continentales du Groenland qui entraînerait une élévation du niveau de la mer de l´ordre de 1 m (ou plus) d´ici la fin du siècle.
3/ Cet afflux d´eau douce vers l´Océan de part et d´autre du Groenland, aurait aussi pour conséquence majeure de ralentir la montée des eaux chaudes et salées de l´Atlantique nord vers l´Océan Arctique et donc de refroidir l´Europe Occidentale entraînant un bouleversement climatique bien au delà des régions arctiques et subarctiques.
4/ Il y a aussi nombre de conséquences géopolitiques et socio économiques à une évolution des conditions environnementales en Arctique et qui attisent la convoitise des pays riverains comme on a pu le constater cet été : ouverture de nouvelles voies maritimes entre l´Est et l´Ouest, exploitation de ressources minérales (pétrole et gaz) et vivantes (pêche), changement radical des modes de vie des populations autochtones, modification des écosystèmes etc...
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