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Le magazine de la voile sur internet
Etienne Bourgois et Eric Karsenti sont les deux directeurs de Tara Oceans.
Nous avons atteint le point le plus éloigné de l'expédition, à partir de maintenant nous sommes sur la « route » du retour, la route de la maison, la route de la Bretagne et de Lorient.
C'est une expédition extrêmement professionnelle que nous avons mis en place avec les scientifiques du consortium Oceans. Il peut y avoir un sentiment de routine pour les personnes qui nous suivent mais c'est tout ce qu'on peut souhaiter à une mission océanographique !
Je suis toujours très heureux de parler avec les scientifiques qui sont tous émerveillés par l'aventure qu'est Tara Oceans. La grande majorité du trésor leur appartient désormais, ils ont maintenant un travail considérable à accomplir afin de sortir des résultats.
Ce qui nous encourage, c'est le souhait du grand public d'en savoir toujours plus et leur volonté d'apprendre au contact des scientifiques.
J'en profite d'ailleurs pour remercier l'équipage qui travaille sans relâche depuis plus de deux ans et les scientifiques à bord et à terre.
C'est un mal qui se diffuse sans qu'on le voit. Cette pollution est invisible mais elle est de notre fait et elle atteint même les endroits les plus vierges de notre planète. Quelle impact aura t-elle ? Comment la chaîne alimentaire va t-elle réagir ? Ce sont toutes ces questions qui nous préoccupent aujourd'hui.
Tara est justement actuellement au cœur du continent de plastique dans le Pacifique Nord et rejoindra la Californie à la fin du mois. Nous sommes très honorés que les scientifiques de Tara Oceans soient à cette occasion accueillis au SCRIPPS à San Diego, centre de recherche scientifique prestigieux et de renommée mondiale. Les prochaines escales américaines de Tara sont importantes pour nous, d'autant plus que nous avons aussi une Fondation aux Etats-Unis : the Tara Foundation for Marine Research.
Oui, nous avons un des deux moteurs de Tara qui a rendu l'âme. Le « bâbord » que nous n'avions jamais changé et qui possède 24.000 heures au compteur. Pour ceux qui aiment la mécanique, il s'agit d'une fuite de refroidissement du bas moteur.
Nous allons le remplacer par notre ancien moteur « tribord » que nous avions reconditionné en France. Cela va être une grosse manip en perspective, car il faudra découper le pont dans le carré et faire le changement dans un délai très court.
Nous allons aussi sortir le bateau de l'eau, ce que nous n'avons pas fait depuis un an, changer la trinquette* et changer la chaîne du mouillage qui avait été fortement endommagée lors des tempêtes essuyées en Amérique du Sud.
Après San Diego, Panama et son canal, le Golfe du Mexique, Savannah, New York et un retour le 31 mars prochain à Lorient avec de nombreuses festivités. Nous vous tiendrons bien évidemment au courant du programme.
C'est vraiment une frustration car je ne viens que très rarement à bord. Je suis directeur général d'agnès b. et c'est normal que cette activité me prenne beaucoup de temps.
Ma dernière visite à bord remonte à février dernier. Je ferai peut-être la dernière étape avant Lorient, entre les Açores et la Bretagne.
Je dirais :
- rêver d'un autre monde
- mener des recherches sur du long terme
- réunir des savoir-faire différents
- et surtout travailler sur les problématiques environnementales et donner des éléments aux politiques pour mieux agir, pour les inciter à s'engager. Le sommet de la Terre à Rio en juin 2012 par exemple va être très important, nous espérons pouvoir y apporter des réponses aux questions sur les Océans. D'autant plus que la France possède le troisième domaine maritime mondiale (plus de 11 millions de km2, équivalent de la surface de l'Europe).
J'espère aussi que la question de l'environnement sera au cœur de la campagne présidentielle.
Merci à ceux qui nous soutiennent déjà ! Particulièrement le Fonds de dotation agnès b., la Fondation Veolia Environnement, la Fondation EDF DiversiTerre, la Région Bretagne, Cap l'Orient, World Courrier, la Fondation Albert II de Monaco, le CNRS, l'EMBL, le CEA, le Genoscope et tous nos partenaires.
C'est vrai que nous sommes dans un contexte difficile et qu'il est laborieux d'arriver à clôturer la mission. Nous gérons au plus juste, au quotidien, sans entamer la sécurité des hommes et du bateau.
J'ai seulement une petite déception, celle de ne pas arriver pour le moment à lever des fonds auprès du grand public. L'environnement n'apparaît pas comme une urgence contrairement à d'autres causes.
Il est certain que l'impact de l'expédition, notamment en terme de transport d'hommes et d'échantillons est assez lourd. C'est comme si vous réunissiez 30 missions océanographiques en une. Nous essayons de limiter un maximum nos dépenses d'énergie, nous utilisons par exemple la voile un maximum, cela a été le cas notamment ces trois derniers mois grâce à des conditions météo favorables.
Nous calculerons le bilan à la fin de la mission, au cours de l'année 2012.
2012 sera une année de partage entre le bateau, la mission et son public en France. On rêve de pouvoir ramener Tara à Paris.
Sinon pour aller encore plus loin, je rêve aussi de refaire une expédition polaire avec Tara. Il a été conçu pour ça ! De plus il y a beaucoup de nouvelles qui nous préoccupent, qui viennent des pôles. La banquise arctique a atteint cette année un minimum historique et le triste record de 2007.
Continuer à fédérer, à interpeller tout en conservant cette liberté qu'on a toujours eue.
Et enfin bonne chance à nos amis scientifiques de Tara Oceans, l'expédition ne s'arrête pas au retour du bateau, elle a encore de longues et belle années devant elle.
*Trinquette : voile d'avant.
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