23/04/2009


La suite du voyage du voilier Camerone et de son équipage : Episode II, de Rome à Naples par les îles napolitaines

Envie d'ailleurs, de frissons ou de rêves, la mer répondra immanquablement à tous vos désirs.

Voilà deux mois que nous avons quitté notre abri languedocien pour notre grand tour de la méditerranée. L´équipage est maintenant bien amariné. 

Nous poursuivons notre route le long de la côte italienne, de ports en ports. Du moins quand les responsables des marinas en travaux et des ports de pêche nous laissent la possibilité de nous amarrer, ou que les renseignements nautiques en notre procession ne nous conduisent pas à la catastrophe. 

Extraits du journal de bord du voilier, ou récit d'un naufrage 

Après avoir été interdit d´amarrage dans deux ports consécutifs et alors que le soleil terminait sa course vers l´ouest, il fallait trouver un refuge pour la nuit. 

- " Maintenant, on n´a plus beaucoup de choix, c´est le port de San Félice, après que les ports nous aient interdit leur accès dit Marcus.
Après avoir étudié le guide «Imeray» que d´anciens équipiers du bord ont abominé, tant ses renseignements sont incomplets, erronés, mais surtout périmés, Simon fit un exposé précis qui rendit Marcus dubitatif.
- Voilà l´entrée du port indiqua Simon sur la carte. Ici, selon le guide, un banc de sable à moins de 2 m de profondeur, là un second mais plus important. Pour entrer, nous devons emprunter cet étroit chenal dragué entre 2 et 3 m. Toujours d´après le guide, ce chenal serait balisé, mais ces balises ne sont pas lumineuses ". 

Le moteur au ralenti nous avancions à moins de deux noeuds. Nous étions tous attentifs et scrutions la présence de bouées de balisage. Le premier quartier de la lune qui nous avait éclairés jusqu´à présent était caché par les nuages. 

- " Simon qu´est ce que ça donne sur le GPS ?
- C´est bon Marcus, nous sommes bien positionnés.
- Ok, tu remontes avec le projecteur et tu vas à l´avant pour éclairer le chenal et voir où sont ces sacrés bouées ". 

Nous étions sur notre lancée, moteur au ralenti, une houle arrière accentuait notre vitesse. 

- "Ça y est je les vois. A deux heures sur tribord deux bouées rouges.
- Oui j´en vois aussi deux autres ajouta Julien.
- Ce doit être le chenal compléta Simon. Marcus il faut aller sur tribord. On est en dehors.
- Oui, mais y a aussi des bouées à bâbord. Julien les fonds ?
- 3 m, et c´est stable.
- D´accord, j´arrive sur tribord, on reste vigilant. Julien tu annonces les fonds ". 

Après avoir arrondi notre route de quelques degrés nous poursuivions au plus près des bouées repérées. 

- " 3 m, 2,80 m, 2,50 m, égrena Julien.
- Ok, c´est conforme aux indications du guide. Les fonds vont s'établir à cette profondeur ; on est bien dans leur chenal indiqua Marcus derrière la barre. Pourtant un choc léger, une secousse, puis le balancement très caractéristique sur les bords indiquant que la quille venait de racler le fond.
- Marcus, 1,70 m annonça Julien nerveux.
- On fait machine arrière, les infos sur ce chenal sont encore fausses ". 

Mais la houle qui s´était entre temps renforcée projeta par vagues successives le voilier plus avant et par là même accentua son échouage, et les tentatives du capitaine pour se dégager restèrent vaines et inopérantes. Nous nous retrouvâmes au travers de la houle ce qui amplifia le roulis du bateau et son ensablement. 

La nuit était totale. Seul le feu clignotant rouge de la balise bâbord du port lançait des éclats sur le pont du voilier immobilisé dans l´entrée du port. Après un moment de découragement nous nous mîmes en action. Nous avions déterminé qu´en fait, nous étions en dehors du chenal et que par conséquent nous devions trouver le chenal plus prés de la balise rouge. Nous rassemblâmes toutes nos amarres et mêmes les écoutes de la voile d´avant et confectionnâmes une longue amarre de plus de cent mètres que nous attachâmes à un gros rocher sur la digue et à un winch du bateau. Il nous suffisait de haler le voilier jusque dans le chenal pour retrouver des fonds. Nous commencions l´opération vers vingt heures. Elle se poursuivit toute la nuit. Le voilier n´avançait que de quelques centimètres. Il devait tracer un sillon de près de 30 cm de profondeur dans le sable compte tenu que la quille mesure 1,90 m, et que les fonds étaient à 160 m. 

Tourner le gros winch se releva vite épuisant, tant l´effort demandé important. C´était aussi sans compter sur la rupture des cordages. Vers cinq heures du matin nous n´avions progressé vers la digue que d´une quinzaine de mètres. Julien était silencieux et souffrait du dos. Le pauvre Simon ne sentait plus ses mains, et s´endormait quelques instants sur une corde avant de reprendre la manivelle du winch où nous nous relayions toutes les cinq minutes au cours desquelles nous avions avec peine effectué trois ou quatre tours et le voilier n´avait avancé que de quelques centimètres. Vers six heures, et alors que nous n´avions pas pris une minute de repos ni avalé le moindre repas, Marcus et Julien à bord du zodiac à l´aide d´une sonde, entreprirent de sonder le chenal devant Camerone pour savoir de combien de mètres il faudrait encore tirer le voilier pour enfin atteindre les eaux saines. 

Marcus refit deux fois l´itinéraire entre la digue et la position du voilier et chaque fois mesura les fonds tous les cinq mètres et ceux-ci ne variaient que d´une dizaine de centimètres : un mètre soixante dix, un mètre quatre vingt. 

- " Julien, on est dans la merde, y pas de chenal. Partout c´est des hauts fonds sableux.
- Mais non Marcus, on n´est pas dans la merde mais dans le sable ". 

Julien avait gardé le moral. Ils rentrèrent à bord, dépité pour Marcus, quand de plus ils constatèrent que les bateaux de pêche qui à l´aube sortaient du port, longeaient l´entrée Est et n´empruntaient pas le chenal indiqué sur le plan du guide. 

Et puis tout s´accéléra. Il convient à ce stade de souligner l´efficacité de l´équipe du port. Il fut inutile d´appeler à l´aide, tant ce voilier de quatorze mètres immobilisé devant l´entrée du petit port était surprenant. Ils vinrent d´abord avec un bateau équipé d´un moteur de quatre vingt chevaux et tentèrent de nous tracter en nous faisant virer. Puis devant l´inefficacité de leurs efforts, ils firent venir une grosse vedette pour nous tirer, un zodiac pour nous faire virer et un hors bord avec une drisse de mât pour faire giter le voilier. Dans un bouillonnement d´eau et de sable, Camerone vira enfin doucement sur sa quille, s´inclina sous la traction du zodiac puis lentement glissa sur le sable jusqu´à ce que de nouveau nous retrouvions le balancement connu et apprécié. Marcus derrière la barre, les yeux braqués sur le sondeur, un grand sourire apparu sur son visage marqué par la nuit de cauchemar quand le chiffre de 2 m apparu sur l´écran. 

Nous n´eûmes pas même le temps de remercier nos « déséchoueurs », ils repartirent aussitôt l´opération achevée et Camerone en eau saine. 

Et nous même, tel un chat échaudé gagnâmes vite la haute mer. 

Besoin d'informations fiables 

Comme un pilote de rallye, un marin a besoin d´informations fiables sur les ports, les mouillages qu´il aborde. Il y va bien entendu de la sécurité de son navire. 

Or celles-ci sont de moins en moins crédibles compte tenu des modifications et des transformations importantes effectuées ces dernières années sur les littoraux touristiques du fait du développement des loisirs de plaisance. Beaucoup de villes portuaires investissent dans la construction ou l´essor de leurs infrastructures existantes, rendant par là même toutes les informations diffusées sur les guides nautiques incomplètes et souvent obsolètes. Même les mouvements naturels des côtes doivent également être actualisés. Comme c´est le cas avec l´ensablement de beaucoup de ports de la côte sud ouest de l´Italie ou l´extension des zones protégées. 

Rencontre au bout du ponton 

Nous étions amarrés à quelques mètres de leur petit voilier. Tout de bois construit et pas plus de huit mètres de longueur. Il avait une belle allure et un roof profond. Il se remarquait entre toutes les unités plus imposantes. 

A bord, nous avions fait la connaissance d´un jeune couple : Vincent et Jessica venu de la côte roussillonnaise. Des compatriotes pour ainsi dire. 

Vincent avait passé plus d´une année à restaurer ce petit voilier qu´il avait entièrement reconditionné et aménagé pour ce grand voyage en méditerranée. 

Nous les avions invités à bord pour prendre un pot comme il se doit entre voyageurs à la voile. Ils nous avaient raconté leur périple depuis leur départ du port de Sète. Dans leur propos ressortaient leur satisfaction, mais sur leur visage se lisait la fatigue et leur désappointement. Ils avaient souffert des furies de la méditerranée et Vincent n´envisageait pas de poursuivre sur une mer aussi destructrice. Son voilier n´était pas adapté pour de telles contraintes et ils ne voulaient plus endurer des peurs et des craintes. 

Ils avaient décidé de vendre leur petit "D´Artagnan" et de rentrer en France et mettre ainsi un terme à leur aventure. 

Une fois encore, la méditerranée confirmait sa réputation de mer « brisante » tant pour le voilier que pour l´équipage. 

Toutefois, ne désespérons pas de revoir sur l´eau notre jeune couple si sympathique. 

Mes plus belles îles 

J´indique souvent mon étonnement à l´égard de ceux qui partent de l´autre côté de l´océan découvrir de nouveaux paysages souvent trompeurs et des dépaysements usurpés, et qu´au-delà d´une transat certes passionnante, il existe à quelques bords de nos côtes, des ilots de fraicheur, de naturel et d´authenticité. 

Bien entendu, comme tous les joyaux, ils sont difficiles à atteindre, car exempts d´infrastructures plaisancières, et s´y aventurer avec un voilier demande vigilance et précautions. 

Voici quelques uns de ces îlots de rêves :

L´île de Procida : à quelques milles à l´ouest de Naples. 

Un village de pêcheurs qui a gardé toute son authenticité et qui n´a pas cédé à la fièvre touristique. 

Bien entendu, pas question d´avancer sa quille dans cet abri-port. Mais poser son ancre à l´extérieur du môle et porter une amarre à terre est tout à fait possible comme nous le fîmes. 

Et puis, remonter vers la veille citadelle qui protégeait le village et parcourir les ruelles étroites et empruntes de toutes les saveurs de l´Italie est un vrai plaisir. 

Là où je t´emmènerais » : L´avais-je trouvé ? 

Depuis qu´un jour, regardant la télévision, son nom m´interpellait et les images qui défilaient durant ce court métrage : « Là où je t´emmènerais » me captivaient, je sus qu´un jour j´irais à la rencontre de ce petit coin de paradis. 

L´île d'Ischia : le 7 mars 2009, en fin de matinée, et alors que nous débordions largement la côte sud de l´île de Ischia à 20 milles à l´ouest de Naples, je le découvrais. 

Il était là accroché à son éperon rocheux. 

C´était un minuscule village constitué de maisons multicolores mais dont le blanc dominait. 

Nous avons lâché notre ancre devant l´entrée de son petit port formé de quelques blocs de roches constituant une étroite digue, avant d´en entreprendre sa reconnaissance en zodiac. 

Après avoir sondé les fonds et inspecté son quai unique, nous avons amarré "Camerone" avec précaution à côté d´une barque de pêche. 

Un beau soleil baignait l´ensemble dans un grand halo lumineux. 

Il était difficile avec de simples mots de décrire à la fois l´atmosphère et la sérénité qui prévalaient ici. Comme si nous venions de pénétrer dans la toile d´un Gauguin ou d´un Matisse, tout semblait figé. Nous osions à peine troubler par notre présence le silence seulement rompu par les cris des goélands. 

Une route sinueuse et unique reliait ce village avec la ville au nord de l´île et permettait aux visiteurs qui débarquaient des ferrys de rejoindre le petit port. 

Nous serons restés quatre jours dans ce petit joyau de beauté qui pourrait représenter la quintessence de la quête d´un voyageur à la voile. 

Il serait inutile et superflu d´en écrire d´avantage. Je n´ai pas la capacité de transcrire tout le plaisir que j´ai eu à découvrir cette île et ce petit port isolé tout au coeur de la méditerranée à quelques milles de la côte italienne. 

Voilier Camerone le 15 mars 2009 

Site : www.alabarre.fr 

Donnez une note :

Votre commentaire
Tous les commentaires sont modérés avant publication, afin de garder toute objectivité, les publicités cachées ou contre publicités sont interdites, et leurs auteurs seront black-listés.

Voir toutes les news

Follow us on socials networks

facebook twitter dailymotion google

Subscribe to RSS

Keep up with all our magazines by subscribing to our RSS feed or by subscribing to our newsletter you will receive by email.

Subscribe to an RSS feed

Subscribe to a newsletter