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Le magazine de la voile sur internet
22/02/2009
"Les grands voyages ne se font pas seulement sous les tropiques mais dans la profondeur des êtres qu'il nous est donné de rencontrer ". Joseph Kessel
Pourquoi avais-je sélectionné cette annonce plutôt qu´une autre ? Qu´avait-elle dans son libellé et sa teneur qui firent que j´y répondis ?
« Heureux qui comme Ulysse sur la mer va faire un beau voyage de plus de sept mois en méditerranée.
Si tu es passionné, sportif, enthousiaste, dynamique et disponible, alors une place t´attend à bord du voilier Camerone ».
Comme beaucoup des choix que nous faisons dans la vie, il est souvent difficile de justifier ceux-ci après coup. Et puis comme l´écrivait Arthur Rimbaud « On n´est pas sérieux quand on a dix-huit ans. » Même si j´en ai vingt-deux.
Et puis, qu´avais-je à attendre de ces prochains mois ? Mes études m´avaient conduit jusqu´à présent à l´agence nationale pour l´emploi. Et la dilution de ma jeunesse, de mes espoirs, de mes projets dans des « petits boulots » d´intérimaire auguraient mal mon avenir, et je sentais que j´avais besoin de puiser des forces nouvelles avant d´affronter les tempêtes de la vie. Et je crois que la mer pourra m´apporter le souffle dont j´ai besoin.
C´est enfin le départ pour cette aventure à la voile. Au revoir maman, papa, au revoir Laval.
Bonjour la Méditerranée, son soleil, sa mer bleue... sa tempête. L´arrivée dans le port de Gruissan, ne fut pas celle que j´avais prévue. Les effets de la tempête sur la région endommagèrent les lignes TGV et mon train s´immobilisa à Montpellier. Marcus, notre capitaine, nous récupéra avec Yvon, que j´avais retrouvé avec ses bagages et sa guitare sur le même quai. C´est dans la camionnette de Julien que l´équipage au complet se retrouva sur l´autoroute, lancé à près de 80 km/h.
Nous atteignîmes donc en début d´après midi le ponton où le voilier Camerone se remettait de ses émotions après avoir été secoué par des vents de plus 170 km/h.
L´incertitude quant à notre départ du port fut rapidement levée.
Le 28 janvier 2009 à 12h, nous quittions notre ponton et la protection du port.
Direction plein Nord jusqu´à la hauteur de Sète, puis plein Est vers les Iles Hyères. Nous longions la côte durant tout l´après-midi pour bénéficier d´une mer modérée tout en profitant d´un vent soutenu. Le génois était entièrement déroulé et la grand-voile réduite de moitié. Nous filions à plus de sept noeuds. L´aventure débutait bien.
Cependant, en fin d´après-midi, nous reçûmes à la radio un avis de fort coup de vent sur la zone Provence pour la nuit. Effectivement, à partir de 21h, la force du vent se stabilisa sur 30 noeuds. Le génois fut réduit à moins d´un mètre de surface. Trop tard pour mettre en place une voile de tempête.
Pour une première étape, une première navigation, et un amarinage, notre équipage fut servi !
Marcus qui préconisait des premières étapes très courtes pour une bonne accoutumance, préféra cette fois franchir d´une seule traite le Golfe du Lion, car les prévisions météo annonçaient l´arrivée sur la zone de dépressions successives qui nous auraient immobilisés dans des ports du Roussillon.
A 23h, les rafales montaient à plus de 40 noeuds. Les seaux du bord avaient repris l´usage pour lequel généralement ils ne sont pas prévus. Ce fut d´abord Julien qui n´avait déjà pas partagé le repas du soir dans le cockpit, puis Yvon, qui gagnèrent leur cabine un peu plus blancs que lors de leur embarquement. Simon abandonna quelques heures le cockpit, puis, trouvant qu´on respirait quand même mieux à l´extérieur, rejoignit Marcus qui avait pris sa place habituelle dans la descente du carré, à l´abri derrière la capote.
Le voilier enfournait par l´avant. Les vagues successives recouvraient le pont. Camerone filait toujours vers l´Est à près de huit noeuds. En s´éloignant de la côte vers le Golfe de Fos, les vagues déferlantes se montrèrent plus hautes et plus agressives. Dans le carré, les affaires des équipiers avaient trouvé leur place : en vrac sur le plancher, répandues par les vagues qui couchaient le voilier sur ses bords.
La dépression se combla au lever du jour et le vent tomba en quelques minutes, de plus de quarante à moins de cinq noeuds.
Nous étions à vingt milles de l´île de Porquerolles. Marcus ne se résolut pas à poursuivre avec le moteur. Nous nous amarrâmes donc dans la matinée dans le petit port de l´île des Embiez, non loin de Toulon.
Fin de cette première étape au combien motivante. La remise en condition du voilier après ce coup de vent fut nécessaire.
Nous avons poursuivi vers l´Est notre voyage, les ports de la Côte d´Azur, puis de la riviera italienne. Les perturbations qui circulaient sur le Sud ne nous permettaient pas de franchir les cent milles nous séparant de la Corse. Nous franchîmes la frontière Italienne et entrâmes dans le port d´Aregai. Nous fûmes surpris d´apprendre de la bouche du préposé à l´accueil qu´il n´y avait pas de place, mais qu´il nous autorisait à passer la nuit au ponton de la station carburant.
Le lendemain, nous poursuivions en longeant la côte avec des bords successifs, compte tenu des vents de Nord Est.
Notre but était de rejoindre le port de Maurizio, non loin de San Remo, pour effectuer un gros ravitaillement. Nous pénétrâmes dans ce port, ou plus précisément dans l´immense chantier d´une marina et son environnement économique. Nous accostâmes le long d´un quai en béton, à proximité d´autres voiliers amarrés, entre une pelleteuse et un excavateur. Nous primes contact par radio avec les autorités du port pour les informer de notre présence. N´ayant obtenu aucune réponse, nous en déduisîmes qu´il n´y avait aucun accueil prévu compte tenu des travaux en cours, et donc, nous terminâmes l´amarrage de Camerone. Mal nous en pris : un véhicule avec un employé du port vint nous indiquer que nous ne pouvions rester à cet endroit et qu´il n´y avait pas de place dans le port pour nous.
Il était inutile d´essayer de comprendre pourquoi il n´y avait pas de ponton disponible pour notre voilier, alors que nous observions des emplacements libres.
A la sortie du port, nous aperçûmes les balises d´entrée d´un autre port, dont les cartes du bord n´indiquaient pas l´existence. Nous pénétrâmes donc très lentement dans celui-ci, n´ayant aucune information sur son accès ni sa profondeur. Nous fûmes rassurés en apercevant sur un long quai cinq grosses unités amarrées. Nous manoeuvrâmes pour procéder à notre amarrage sur pendille comme nous le faisons habituellement. Mais rapidement nous constatâmes qu´il y avait un problème avec la pendille inadaptée pour un bateau de 14 m. Nous réfléchissions pour trouver une solution. La meilleure étant de mettre un bout pour allonger la pendille. Nous n´avions pas le temps de procéder à l´opération que déjà les oppositions apparaissaient.
- Vous ne pouvez pas rester là. C´est un emplacement réservé pour les bateaux de plus de trente mètres.
- Oui on a bien vu qu´on fait tout petit avec nos quatorze mètres, mais on nous a déjà viré du port d´en face, alors on ne sait plus où aller.
- Vous n´avez qu´à appeler au téléphone le directeur du port pour lui demander l´autorisation de rester à cet emplacement.
Ce que nous fîmes avec le portable d´un sympathique marin anglais. La réponse comme on le subodorait fut négative. Le responsable nous indiqua qu´il n´avait de places que pour des bateaux de moins de douze mètres.
Conclusion : Les ports de la riviera italienne ont les mêmes attentions à l´égard des plaisanciers que ceux de la Côte d´Azur : soyez les bienvenus si vous avez un bateau de plus de trente mètres ou un voilier de moins de douze mètres.
De guerre lasse ou plutôt de ras la pendille, car en plus nous nous étions pris l´hélice dans leur super pendille pour unité de plus de trente mètres. Et donc il fallut envoyer notre plongeur du bord : Julien, en combinaison et bouteille pour nous dégager.
Puisqu´il n´y avait pas de place pour nous dans les ports italiens, nous lâchions notre ancre à mi distance des deux ports. Ce soir, ce fut donc un mouillage.
Le lendemain, sacs à dos de randonnée, nous procédions à un ravitaillement dans un magasin discount. Demain direction la Corse.
Petite dépression sans importance... pour le capitaine
J´avais décidé de relever l´ancre dès six heures du matin. C´était la seule fenêtre météo qui nous permettrait de parcourir les uns peu plus de quatre vingt milles nous séparant du Cap Corse. J´avais bien entendu pris en compte une dépression qui circulait entre le continent et le nord de la Corse, mais les prévisions météo indiquaient son comblement en fin de matinée. J´avais indiqué à l´équipage que nous aurions des vents porteurs de dix à quinze noeuds durant la journée et qu´à la tombée de la nuit, ils tomberaient à moins de cinq noeuds.
Comme l´indiquent les prévisionnistes, les cartes météo ne sont que des prévisions établies à partir de modèles informatiques. Donc, la prudence quant à leur fiabilité doit être de rigueur.
Prudent ou circonspect j´avais établi une petite voile de l´avant. Bien m´en prit : à cinq milles de la côte j´avais déjà réduit la grand-voile à sa plus petite surface et enroulé la grand-voile de l´avant. La force du vent s´établissait déjà à vingt cinq noeuds. Je me rassurais en me disant que dans quelques heures les vents se calmeraient avec le comblement de la dépression qui circulait sur notre bâbord.
Ce ne fut pas le cas. Au contraire, dès 9h du matin la force du vent avait décuplé. Julien avait prématurément quitté le « pont » pour cause d´indisponibilité, bientôt rejoint par Simon. Je me substituais à la barre au pilote automatique, qui ne pouvait plus barrer le voilier compte tenu de la force des vagues déferlant sur notre travers.
Le voilier courrait grand-air : le vent emportait l´écume des crêtes en tourbillons. Les vagues avec des creux de plus de cinq mètres arrivaient sur nous monstrueuses et menaçantes.
Je n´avais plus qu´un objectif, une seule obsession : ne pas mettre le voilier au travers des vagues. Je repensais à cet instant à ce qu´écrivait Bernard Moitessier sur la façon dont il avait affronté une tempête dans l´Atlantique Sud : faire en sorte de ne présenter que son trois quart arrière à la furie des vagues. Et c´est ce que je fis durant plus de quatre heures. Pourtant, et alors que j´avais les doigts engourdis par le froid, je ne vis pas arriver sur l´arrière une vague traitresse. Elle submergea le cockpit et le transforma en baignoire. Des centaines de litres d´eau envahirent le bateau. Mais Camerone poursuivait sa route imperturbable. On pompera plus tard, impossible de lâcher la barre.
Je ne regardais même plus l´anémomètre qui affichait des chiffres qu´en d´autres occasions j´aurais jugé inquiétants : il ne descendait plus en deçà de quarante noeuds. A plusieurs reprises, il afficha sur son cadran plus de cinquante noeuds. La vitesse du voilier se maintenait au-dessus de huit noeuds. Autour du bateau ce n´était que déchainement et fureur. Les rafales rabattaient l´écume blanche des vagues qui partait en pluie fine à la surface de la mer Je savais qu´il fallait ajouter quarante pour cent à la force du vent qui souffle en rafales, mais comment estimer la force réelle des vents que nous subissions : force 8, force 9 ?
La Côte Nord de la Corse approchait. Et puis, comme c´est souvent le cas en Méditerranée, les vents se calmèrent en quelques minutes. Bientôt, je remis la voile de l´avant et hissais toute la grand-voile avec difficulté, le sel ayant bloqué les coulisseaux. De neuf noeuds notre vitesse passa à six noeuds pour tomber à moins de cinq noeuds. Le vent finit par faiblir totalement. Mais une puissante houle se substitua aux vagues. C´était d´autant plus étonnant qu´au même moment, la station du CROSMED diffusait un avis de coup de vent sur la région. Je l´appelais sur la radio du bord pour obtenir des précisions sur des vents sensés souffler sur nous à la force... 7 alors que nous n´avions pas même force 1. On m´expliqua que cela n´était pas impossible, qu´en certains endroits, les vents soient plus faibles. Je mis le moteur pour gagner de vitesse la houle. Je ne fus pas surpris de constater que ce dernier après quelques toussotements s´arrêta. Difficile sans vent établi et dans une houle formée de démonter un filtre à carburant que je supposais bouché par des saletés remontées du fond du réservoir Je branchais directement le tuyau d´alimentation sur un jerrican de gasoil. Le moteur reprit son service.
La nuit était tombée. Le phare de la Giraglia nous guida durant les dix derniers milles.
Il était 21h J´étais le seul à avoir mangé un peu à midi. Simon prépara une bonne soupe chaude que chacun avala avec appétit.
Après avoir largement débordé l´ilot de Finocchiarola, nous apercevions les balises du petit port de Macinaggio dans lequel nous pénétrions avec prudence au ralenti par une nuit sans lune. Nous n´allions pas loin. Le quai désert à bâbord fut notre amarrage pour le reste de la nuit.
Le voilier, les voiles, étaient blancs de sel. Nous pûmes enfin savourer un bon repas accommodé par Julien.
Demain, fut une journée de remise en condition et de séchage. Nous en avions pris l´habitude.
A suivre... Les îles Toscanes.
A bord de Camerone le 14 février 2009
Site : http://www.alabarre.fr
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