12/04/2006


Carnet de voyage à bord d'Akela croisière

Akela, un "petit" tour et puis reviendra... Septembre 2005

Après un été à faire découvrir à un large public la beauté de la navigation le long des côtes bretonnes et anglo-saxonnes, Akela part pour des horizons plus lointains. 

Yann de Kerdrel et son équipage multi générations largueront les amarres le 10 Octobre, destination les Antilles. Quand on aime naviguer; on sait prendre son temps... Des escales il y en aura donc des belles : Lisbonne, Madère, Canaries, Cap Vert,... Elles permettront le roulement des mousses ! 

Akela Croisière est né d´une certaine idée de la mer et de la croisière. Il aime s´aventurer hors des sentiers battus. A son bord on recherche non seulement les plaisirs de la navigation, mais aussi le dépaysement par la découverte de nouvelles cultures. Une bonne dizaine de jour au Cap vert afin de préparer la traversée de l´Atlantique, peut-être cela nous laissera-t-il le temps de croiser Césaria Evora ? 

C´est courant décembre qu´Akela atteindra sa nouvelle base: la Martinique. Il y proposera des croisières et stages de voiles dans les Caraïbes. La formule est simple partez depuis la France, choisissez votre île d´embarquement, et Akela vous fera goûter au bien-être de la navigation antillaise, Entre deux mouillages paradisiaques vous aurez le plaisir de vous initiez à cette culture haute en couleurs. 

Découvrir, apprendre, se perfectionner; tous les niveaux sont permis! Conçu pour affronter les mers du sud et leurs conditions extrêmes, Akela est un navire des plus sûrs. Il gîte peu et met à l´aise même les plus inexpérimentés. Et puis le skipper enseigne la voile depuis ses 13 ans (si si...), c´est donc vous dire s´il aime faire partager ses connaissances. 

Au printemps prochain, Akela reviendra sur sa terre natale via les Açores. Croisières en Irlande et en Ecosse sont déjà au programme, et sans doute la fameuse course Paimpol - Islande - Paimpol, avis aux amateurs... 

Actuellement Akela est en préparation au port de Morlaix. Révision du gréement, installation d´un frigo, d´une douche, d´électronique supplémentaire, maintes petites modifications nécessaires avant la grande « Akela Atlantique Aventure » ! 

ETAPE 1: ROSCOFF / Lisbonne - « Lisboa-Lisbonne, nous y voilà !» Octobre 2005 

Lundi 10 octobre: le bateau est prêt pour la grande aventure. Finit la mécanique, peinture et autres finissions, Akela est plus beau que jamais. Ce projet de navigation « A chacun son tour du monde», c´est une véritable opportunité ! Je sors de ces préparatifs avec une soif de grand large encore plus forte. 

10 heures: l´équipage largue les amarres du port de Roscoff sous un doux soleil d´automne. Pour tous, ce sont nos premières sensations de glisse à bord de ce bateau de course. Pour Florent le kayakiste, c´est tout simplement la première expérience en terme de navigation à la voile. 

Première escale à Brest, où nous rejoint Philippe. Chef mécanicien du « Bretagne » duquel il a débarqué ce matin, il n´a pas eu le temps d´ouvrir son sac. Il vient de vendre son petit voilier qui lui donnait trop de soucis et profite de l´occasion. 

Le vent dans le nez jusqu´au Raz de Sein, Pierre-Henri, récent diplômé «marin de commerce », se demande si le bateau peut dessaler ! Le skipper, toujours aussi zen et sécurisant le rassure en lui rappelant qu´Akela est conçu pour affronter les mers du Sud. Encore un peu de patience, les conditions météos nous annoncent du portant pour la descente vers l´Espagne. Le vent tombe complètement devant l´île de Sein. « C´est l´oeil de la dépression »explique le chef de bord. Ça va se lever plein nord. 20 minutes plus tard, c´est parti ! Ça y est, on l´attaque cette fameuse traversée du Golfe de Gascogne ! Et quelle descente ! Du portant qui nous a donné des sensations de glisse incroyables : longs surfs à 20 noeuds !!! 

Marc, qui pour ses 40 ans rêvait d´une transatlantique, aura déjà fait une traversée du golf, et non des moindre, il n´y a qu´à voir son sourire à la barre... Le plaisir d´être sur l´eau, avec des gens de tous horizons, sur un bateau performant, sans soucis et en toute sécurité... que du bonheur ! 

Sincèrement, rien que pour l´expérience humaine, je souhaite à tout le monde de vivre une aventure pareille. La vie à bord c´est tout un art. Vous avez souvent planifié des menus pour une semaine avec des gens que vous ne connaissez que depuis 2 heures ? C´est folklo ! Un esprit collectif où chacun y trouve son rythme, les zygomatiques sont très souvent sollicités. Qui pense qu´à bord d´un bateau on ne fait pas de sport ? Sur Akela, rire ça consolide les abdos ! 

Navigation, manoeuvres, cuisiner à la gîte. Débutants comme initiés, nous avons tous beaucoup appris en s´éclatant. Et grâce à Yann, skipper très pédagogue, la navigation astronomique n´a plus de secret pour nous ! Les quarts se suivent, et le sourire de Marc, qui a laissé son tracteur pour enfiler sa veste de quart et profiter de l´aventure résume le bonheur d´être à bord. 240 milles avalés en 24 heures, ça vous arrive souvent ça ?
 

Tous motivés, et pas vraiment pressés, l´escale en Galice était donc inéluctable. Une entrée en ria de Vigo de nuit et sous spi, une dizaine de dauphins à l´étrave pour nous guider. La magie continue dans les bars lorsque Pepe sort sa guitare et que Maria chante de sa voix cassée !
 

ETAPE 2 : LiSBONNE / CANARIES - Aux Canaries c´est le paradis ! Octobre / Novembre 2005 

La charmante capitale portugaise a laissé partir ses visiteurs conquis. 3 jours d´escale nous ont permis d´arpenter les rues colorées du centre ville, de circuler dans le fameux tramway et de déguster le poisson local. Puis nous avons quitté Lisbonne guidés par la tour de Belem, le majestueux pont rouge en poupe, le monument aux navigateurs au vent. 

Les équipages se suivent et ne se ressemblent pas. Sur l´horizon le soleil se couche, ça joue de la guitare sur le pont, et pour sécher, le linge danse au vent. Les quarts de nuits reprennent un rythme de mer. Un ciel toujours plus lumineux permet de nous plonger la tête dans les étoiles. Carte du ciel en main, on explore ces fascinantes constellations. C´est tellement beau, on est tellement bien, que certains en oublient de réveiller la relève !
 

Cap sur les Canaries, le maillot est de sortie. Il est à peine 10 h du matin, l´équipage est déjà torse nu sur le pont ! Cette température clémente nous permet d´inaugurer la nouvelle douche extérieure. Du thon frais à toutes les sauces, pour ravitailler cet équipage qui devient rodé à la manoeuvre. Empennages sous spi de nuit, elle n´est pas belle la vie ?
 

Les 7 îles; et non je ne vous parle pas de la Bretagne, mais des Canaries ! Existe-t-il quelque chose de plus merveilleux que d´arriver de nuit dans un mouillage désert ? De se lever au petit matin en découvrant un paysage à part : l´île insolite de Graciosa, terre aride et volcanique située à l´est des Canaries. Après ces 700 milles parcourus, les palmes et masques sont de sortie. L´équipage apprécie de se défouler dans une eau transparente... à 25° ! L´ascension de la « Punta del Pobre » nous a elle aussi bien fait rêver. Vu d´en haut, Akela nous semble tout petit. Quel panorama imprenable sur cette île de toute beauté et son parc naturel. Graciosa, petit coin de paradis où les routes n´existent pas. Akela a promis de nous mener hors des sentiers battus, à bord on ne demande qu´une chose, ENCORE ! 

Sous grand spi nous voguons d´île en île. Au mouillage ou à quai, notre soif de découverte est intarissable. Les autochtones nous parlent un espagnol représentatif d´une vie tranquille. La pêche est bien entendu une activité hautement répandue. Après la morue portugaise, c´est la préparation du poulpe à la canarienne, avec son petit vin local : un vrai bonheur pour nos papilles. Et oui, la gastronomie fait aussi partie du voyage ! 

Nous adaptons notre itinéraire aux aléas des rencontres. Pendant qu´une partie de l´équipage fait le tour de l´île à vélo, l´autre fait de la plongée avec bouteilles, invités par de sympathiques québécois en escale eux aussi ; quel luxe ! 

Une belle ambiance règne dans les ports. Besoin d´un conseil ? Le bateau d´à côté se fait un plaisir de vous aider. Beaucoup d´échange, de joie de vivre, c´est incroyable de voir autant de gens heureux au mètre carré ! 

La verdure des îles de l´ouest donne une variété alléchante de fruits et légumes. Nous ne pouvons nous empêcher de remplir notre open 50 de ces riches vitamines. En faisant les approvisionnements, on se prépare déjà pour fin novembre : la Transat. 

En effet, on profite d´être aux Canaries pour faire le plein de produits qu´on serait susceptibles de ne pas trouver au Cap Vert. Nous voilà donc parés à reprendre le large en direction de nouvelles îles. Le dictionnaire de portugais est à nouveau ouvert. 

Cap Vert, prépare toi à nous voir sillonner tes côtes dès le 10 novembre. Quinze jours de croisière nous attendent avec un nouvel équipage sur le pont. A nous la mer ! 

ETAPE 3 CANARIES / CAP VERT - Akela au Cap vert : Navigation haute en couleur, Novembre 2005 

Reprendre la mer est toujours un plaisir. Après une belle randonnée dans la forêt luxuriante de l´île de Gomera, l´équipage est heureux de retrouver le large. Départ au coucher du soleil par 35 noeuds de vent. Cap plein sud ! Les poissons volants refont leur apparition et les premières dorades coryphènes mordent à la ligne pour finir dans nos assiettes... miam-miam. 

A la barre, je suis toujours aussi grisée par ces interminables surfs. Akela avale les milles à une vitesse impressionnante ! 

4 jours de portant suffisent pour voir se dessiner les silhouettes des premiers îlots de l´archipel du Cap Vert. Première escale à Mindelo, sur Sao Vïcente. Dans ce petit port coloré à l´architecture coloniale, l´accueil chaleureux donne envie de s´y attarder. Au bout de 2 jours nous connaissons tous les gamins du port; toujours prêts à rigoler ils nous gardent annexe et bateau pour quelques euros : échange de bons procédés. Nous pouvons nous balader l´esprit tranquille. A bientôt donc, nous reviendrons !
 

Cap sur l´île de Sal, 120 milles plus à l´est, pour accueillir l´équipage de la quinzaine à venir. Pour Cécile qui arrive de Bretagne, l´immersion est totale. Sous le toit de palmes de Beleiz on déguste brochettes et grog local. La soirée est haute en couleurs avec la rencontre d´étonnants personnages : Michel, le gitan la guitare à la main, « Tintin », le pêcheur de requins, Grisela et son mari aux histoires captivantes. Le jour pointe déjà son nez, nous rentrons au bateau avec l´impression d´avoir fait un tour du monde.
 

Nous levons l´ancre pour Boavista. Sensation d´être aux portes du Sahara. Désert de sable blanc, paysage minéral et oasis verdoyants, une excursion qui me donne un goût de liberté totale. Le sable succède à l´eau, deux éléments qui se rejoignent. 

Après la découverte depuis la mer, j´aime m´immiscer dans l´intérieur de ces îles. A pied, en pick-up surchargé ou en minibus, les rencontres sont étonnantes. Bien que le niveau de vie soit peu élevé, les caps verdiens ont le sens de l´accueil, et leur sourire est un vrai plaisir ! 

Aujourd´hui nous abordons l´île la plus grande et la plus peuplée de l´archipel : Santiago. Après les longues plages de sable blanc, nous venons chercher la verdure dans les hauteurs volcaniques. L´arrivée au port de Tarrafal se fait à l´aube.  

Les pêcheurs sur leurs canots aux couleurs vives nous saluent avec de grands « tout´ret » et
Demain nous partons pour Fogo, la seule île ayant toujours une activité volcanique. Vue d´ici, son cratère dépasse majestueusement des nuages. Puis il faudra aussi penser à la transat... C´est depuis l´île de Sal, que certains s´envoleront pour un retour vers la France. En même temps nous accueillerons les nouveaux équipiers pour le grand saut. 

C´est aussi ce qui me plaît sur Akela, chacun vient faire un bout de chemin, naviguer, vivre un moment fort sur´ ce bateau qui ne laisse pas indifférent. D´ailleurs, tous ceux qui sont venus pour une ou deux semaines repartent avec l´intention de récidiver. C´est un signe non ? 

Mais à l´aéroport nous n´y sommes pas encore, et la suite des aventures cap verdiennes reste à venir...», d´ailleurs je vous laisse parce que j´ai une revanche avec Miguel au baby foot qui m´attend... 

ETAPE 4: TRANSAT - « L´Atlantique, c´est magique », Décembre 2005 

2.210 milles, 10 jours et 13 heures. Akela vient de traverser l´Atlantique ! Belle performance pour une première ! Retour sur une fabuleuse expérience : Au départ de Mindelo j´affalais le pavillon de courtoisie - drapeau cap verdien hissé en signe de salut - avec un gros pincement au coeur. Le Cap Vert nous a tous marqué par cet accueil simple, chaleureux et sincère.
 

Aujourd´hui arrivés aux Antilles, je ne réalise pas encore très bien ce que j´ai vécu. J´ouvre mon journal et relie : « La mer, l´océan, l´océan, la mer...» ce bleu omniprésent est transcendant. A l´étrave les gerbes d´eau révèlent la puissance d´Akela. A l´arrière se dessine un sillage doux, joliment vallonné par la houle, et de nuit tellement scintillant. 

Ce matin le soleil se lève à 10h10... Non, il n´a pas fait la grasse matinée, nous sommes simplement au 46° de longitude Ouest... Avant son quart, André pétri la pâte. C´est par cette odeur alléchante de pain frais que l´équipage se réveille doucement. Nous filons 8 noeuds. Une vitesse qui nous permet de mettre une ligne de pêche à l´eau. Le poisson ne se fait pas attendre. Une petite dorade, suivie d´une deuxième de 8 kg viennent mordre notre leurre. Hier, nous avons cuit les filets de bonite à la poêle, aujourd´hui la pêche est préparée en marinade à l´huile d´olive et baies rouges. Ça promet ! 

Le vent de Nord-est nous permet de hisser le spi. 200 mètres carré de toile tout en couleurs au dessus de nos têtes, quel spectacle, et quelle accélération ! Le rendez-vous météo de 11h40 sur Radio France International nous informe de l´évolution d´Epsilon, un ouragan sévissant sur le centre Atlantique. Nettement plus au sud, notre route nous écarte de ce genre d´intempéries et nous assure un alizé constant. La vie paisible suit son cours à bord. 

André rédige son journal, Yann bricole - il ne cesse d´apporter des améliorations à Akela - moi, je m´exerce avec Raphael à faire le point au sextant - instrument servant à se positionner par rapport aux astres. Le résultat donne seulement 3 milles d´erreur. Nous avons le droit aux félicitations du capt´ain Yann de Kerdrel. 

Depuis l´aube le soleil rayonne. Pierre-Henri à l´ombre sous le taud de barreur laisse entendre qu´il a chaud... Il n´a pas le temps de comprendre ce qui lui arrive, un seau d´eau lui tombe sur la tête. Dégoulinant, il nous promet une vengeance cinglante. 

Le Loch affiche déjà les 1.000 milles, nous sommes au coeur de l´Atlantique. Un évènement pareil ça se fête non ? Akela se retrouve décoré de ballons, et en musique nous trinquons à ce mi-parcours. 

Après l´apéro tapas vient le dîner au clair de lune. Bilan de la journée : André remercie sa femme qui n´a pas le pied marin de lui avoir laissé réaliser son rêve. Grâce à elle il a réussi à tous nous détrôner sur le record de vitesse : 18,5 noeuds. Mais nous n´avons pas dit notre dernier mot. Il reste de l´eau à courir ! 

Et qui croit que nous sommes seuls au milieu de l´Atlantique ? Chaque soir le vaisseau de Jason, Argos, fait son ascension sur bâbord... cette constellation illumine le ciel et sous la voûte céleste nous voyageons dans un autre monde. 

Le quart de nuit reste pour moi un moment privilégié. Le bateau, l´océan et les étoiles, forment un nouvel univers où les sons et les sensations deviennent autres... A la barre je m´évade complètement ». 

Nous voici aux Saintes, mouillés dans une baie féerique pour un dernier repas avec l´équipage. Pour tous c´est une expérience unique que nous venons de vivre. Demain la majeure partie de l´équipage repart par les airs. Akela s´apprête à accueillir Elizabeth, Lionel, Jules et Bastien. Nous partirons pour les Grenadines, profiter des eaux turquoises et plonger dans les aquariums géants que sont les barrières de coraux...
 

Akela croisière, un projet original 

Le projet a été lancé il y a tout juste un an par l´association roscovite « A chacun son tour du monde ». Akela a été conçu pour faire d´un rêve une réalité. Cet open à coque jaune, taillé pour la course (une victoire en Route du Rhum et Transat Anglaise), vient tout juste d´être réaménagé pour la croisière. 

L´originalité du projet réside dans le fait qu´Akela accueil à son bord des passagers qui participent à part entière à la navigation. Nombreux sont ceux qui rêvent de traverser l´Atlantique, un jour... Mais en plus de l´investissement « temps » que cela représente, le faire avec son propre bateau (déjà faut-il en avoir un !) reste un projet fort onéreux. Alors la solution est-elle de l´abandonner au fond des cartons ? Oh que non, il faut donner vie à ses rêves ! Akela désir offrir la possibilité de faire vivre une telle expérience à des gens qui n´ont ni le temps ni les finances pour le faire. Et le réaliser en équipe c´est l´ambiance garantie ! Sur Akela les équipages se forment donc aux grés du hasard.
 

Débutants comme expérimentés sont dans le même bateau. Mélanger les origines, les âges, ne fait qu´enrichir les troupes, et le résultat est toujours aussi magique.
 

Texte : Albane
Photos : Albane 

Site : www.akelacroisiere.com 

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