08/09/2005


L'amour en bateau stop...

Pour toute une génération, Pierre Cosso est le comédien qui, dans le film "la Boum" était le bel amoureux de Sophie Marceau. Aujourd'hui, il parcourt le monde sur son Outremer 45. Et en chemin, il a rencontré l'amour !

Il était une fois un comédien qui en avait ras le bol qu'on lui pose sans cesse la même question depuis 20 ans : "alors ça boum ?" 

Son rêve de gamin ? Faire le tour du monde dans le sillage de Bernard Moitessier, Alain Colas ou encore les Guilain ("Le bonheur sur la mer").Alors je vais tenter dans les lignes qui vont suivre non pas de vous raconter les plages de sable blanc et tes mouillages paradisiaques, les photos parlent d´elles mêmes, mais plutôt de vous faire partager les moments forts de mon voyage depuis que j´ai largué Les amarres. Et puis vous verrez que par­fois 1 + 1 = 3 ... 

Le choix du bateau 

Après avoir navigué pendant des années sur différentes unités de location, mon choix s´est vite dirigé vers des bateaux dont le faible tirant d´eau pouvaient permettre Les mouillages souvent interdits aux autres monocoques et un meilleur confort aux allures portantes, J´ai longtemps hésité entre un dériveur intégral et un multicoque. Et puis étant donné le programme que je m´étais fixé, c´est-à-dire un tour du monde par la route des Alizés, j´ai penché vers la seconde solution en devenant l´heureux propriétaire an janvier 2003 de "Nùsa Dùa", un Outremer 45´ d´occasion Je dois dire que ce bateau représente aujourd´hui tout ce que j´attendais d´un multi­coque de grande croisière. Robuste de par sa construction en monolithe, faible tirant d´eau (60 centimètres), une capacité extraordinaire à remonter au vent grâce à ses dérives, une vitesse souvent à deux chiffres dès 15 noeuds de vent réel, et des surfs vertigineux aux allures portantes (nous avons fait une pointe à 26 noeuds GPS sur un surf pendant ta traversée de l'Atlantique). La vitesse, c´est pour moi un vrai gage de sécurité. Avec la technologie actuelle, il est facile d´obtenir, où que l'on soit, une météo précise. En allant vite il devient aisé de fuir les dépressions et d´éviter ainsi le mauvais temps. 

Faux départ 

Le mauvais temps parlons-en ! 24 octobre 2003 c´est le grand départ. Nùsa Dùa est chargé à bloc pour la grande traversée. Nous sommes dans le golfe du Lion, il est 1 heure du matin, nous naviguons au près par 35 noeuds de vent avec grand­voile arrisée (deux ris) et solent à moitié enroulé lorsqu´une violente rafale nous fit démâter. Le temps de sortir la meuleuse (d´où l'importance d´avoir du 220 V à bord), nous nous sommes libérés en moins de 10 minutes du gréement qui tapait dangereusement contre la coque. Après avoir prévenu le CROSS par Iridium (l´antenne de la BLU étant partie avec le mât), noue sommes parvenus à rejoindre au moteur la côte espagnole et nous abriter dans la baie de Rosas. Nous n´avons jamais compris pourquoi Nùsa Dùa avait démâté cette nuit, sans doute une faiblesse du mât... Toujours est­il que grâce à la solidarité du chantier Outremer et avec le concoure de Daniel Cailloux, constructeur du bateau et équipier lors du démâtage, nous sommes parvenus à re-mâter le bateau on moins d´un mois, cette fois-ci avec un gréement surdimensionné. Je vous passe les détails du parcours de combattant pour arriver à me faire rembourser par l´assurance la facture des réparations ! 

23 novembre 2003, Nùsa Dùa quitte le port de la Grande-Motte direction les Canaries via le détroit de Gibraltar. J´ai un gréement flambant neuf et conservé mes trois équipiers qui heureusement ne m´ont pas lâché : Daniel (sans lequel nous n´aurions jamais pu repartir), Rémy (mon ami de toujours) et Fanny (la bonne humeur on personne). Je savais que nous partions avec un coup de vent prévu dans la nuit, mais qu´importe, nous serions à 120° du vent, allure idéale pour Nùsa Dùa. Nous avons ainsi aligné les milles avec une moyenne impressionnante de 16 noeuds rythmée par des surfs à plus de 20 noeuds. Malgré le mauvais temps et les nombreuses déferlantes, l´ambiance dans le carré était au beau fixe. Confortablement installés autour de la table devant une partie de tarot endiablée, nous avions laissé la barre à Mister Autolhem, notre pilote automatique ! Nous avons atteint Santa Cruz de Tenerife aux Canaries après 6 jours de mer et un passage impressionnant du détroit de Gibraltar la nuit. L'escale d´une semaine aux Canaries reste pour moi un merveilleux souvenir. Quand on est parvenu jusque-là, on sait qu´on a fait le plus dur et que les alizés nous tendent les bras. 

Le 7 décembre, nous avons une bonne fenêtre météo. Nous partons pour la grande traversée. Éole est au rendez-vous, et c´est un véritable régal de barrer Nùsa Dùa dans ces conditions. Imaginez-vous, bien confortablement installé derrière le poste de barre, le regard fixé vers l´horizon et les poissons volants... Juste un peu plus haut, 155 mètres carrés de toile multicolore se dessinent sur un ciel bleu turquoise parsemé de petits nuages blancs, preuve que vous êtes bien sous les alizés... Un bref regard vers l´arrière pour vérifier que le sillage est bien à sa place, et il ne vous reste plus qu´à vous laisser emporter par la prochaine grosse vague... Ça y est ! L´énorme masse bleue est en train de se lever derrière vous et vous aspire un temps avant de faire partir vos deux coques pour un surf vertigineux ! Croyez-moi, Space Mountain à côté, c´est de la rigolade. Attention... c´est parti ! Take off ! Les deux pointes de Nùsa Dùa plongent vers l´avant, le bateau bascule et commence à accélérer en faisant fumer les deux étraves ! Nùsa Dùa se met à vibrer sous l´accélération, vos oreilles se décollent (il faut bien les attacher, surtout tes miennes) et à ce moment très précis, vous ressentez une petite boule de bonheur qui grandit dans le ventre, preuve que vous êtes bien vivant... Et puis la cerise sur le gâteau, le speedo qui ne cesse de grimper et qui affiche successivement 19, 22, 26 noeuds ! Retournez-vous maintenant et regardez le sillage ! Il ressemble à celui d´un hors-bord dont on aurait poussé tes manettes à fond... Un seul regret, celui de ne pas avoir pensé à amener de skis nautiques, on se serait encore plus amusé... 

Nous aurons traversé l´Atlantique et atteint la Martinique après 13 jours de navigation riche en émotions. Je pense notamment au jour où nous nous sommes fait prendre on chasse par un groupe d´orques ! Après avoir remonté notre sillage façon "les dents de ta mer", nous nous sommes très vite retrouvés encerclés. Elles mesuraient environ 5 mètres et ont simulé des attaques pendant près d´une demi-heure en fonçant vers nos coques et en les évitant au dernier moment. Pour ceux qui ne le savent pas, les orques en milieu naturel sont loin de ressembler à Willy ! Nombreux sont les récits de ceux qui se sont fait percuter jusqu´à en perdre leur bateau. Je pense que ces dernières nous ont épargnés car nous allions à une vitesse élevée. Il faut dire que l´enthousiasme général occasionné par cette visite inopportune nous a rendu inconscients du danger. Jusqu´à Fanny que j´ai dû rappeler à l'ordre alors qu'elle était descendue sur la dernière marche de la jupe arrière pour être encore plus près d´elles ! 

23 décembre 2003, c´est l´arrivée ! Il est 4 heures du matin et je ne vous l´ai pas dit encore mais une "bateau­stoppeuse" m´attend au mouillage de St Anne sur "Sillage", le cata de mon ami Claude. 

Bref retour en arrière 

Nous sommes à la Grande-Motte, un mois avant mon départ et je suis on train de marcher sur un ponton emmitouflé dans ma veste de quart sous une pluie glaciale lorsque mon téléphone sonne.
- Oui Allo ?
- Oui, bonjour je m´appelle Mathilde et c´est votre soeur qui m´a donné votre numéro...
- Enchanté, que puis-je faire pour vous?
- Oui, en fait, je fais du bateau stop, et comme je sais que vous partez pour un tour du monde, je me demandais si - par hasard - vous n´auriez pas une petite place sur votre trampoline ?
- (Un temps)... Vous avez le mal de mer ?
- Plutôt le mal de terre...
- Je connais ... On en parle autour d´un café ? 

Et c´est ainsi que Mathilde et moi nous nous sommes retrouvés en ce 23 décembre 2003. Je ne lui avais pas proposé de faire la traversée avec nous car n´ayant alors aucune expérience du bateau, je ne voulais pas la dégoûter de la mer. C´est donc en avion qu´elle est venue me rejoindre pour m´accueillir à mon arrivée. Des retrouvailles magiques... C´était la veille de Noël et j´avais illuminé pour l´occasion le gréement avec des guirlandes clignotantes multicolores. Je me sentais dans la peau d´un héros qui vient de braver un océan pour retrouver se belle. 

Mathilde a embarqué avec pour seuls bagages, un petit sac, son chevalet et une paire de palmes... Oui, car Mathilde est non seulement artiste peintre mais c´est aussi un vrai poisson dans l´eau. Il n´y a qu´à la voir courser les requins à la nage dans les lagons ! Je suis aujourd´hui conscient de la chance que j´ai eue de l´avoir rencontrée juste avant mon départ, car il faut le dire, les femmes prêtes à tout laisser tomber du jour au lendemain pour partir faire un tour du monde à la voile ne courent pas les rues. Les projets de ce genre sont toujours séduisants quand on en parle au futur, mais quand le moment vient de faire le grand saut, nombreux sont ceux qui se sont retrouvés seuls sur leur bateau ! 

A l´heure où je vous écris nous avons déjà parcouru plus de 3.000 milles ensemble, bravé un cyclone et ajouté un petit moussaillon à la liste de l´équipage... 

- Mais au fait, me direz-vous, comment faites-vous pour vivre ? Vous avez gagné au loto ? 

Non, Mathilde et moi faisons occasionnellement du charter. Ayant mon brevet de skipper en poche, il nous arrive d´embarquer pour une dizaine de jours ceux qui veulent participer à notre aventure. Nous avons créé un site Internet très convivial ( www.bleupassion.com ) grâce auquel nous trouvons des clients. Jusqu´à présent nous avons eu beaucoup de chance, nous ne sommes tombés que sur des gens très sympas et tous sont devenus de bons amis. 

Nous avons ainsi sillonné pendant six mois l´arc Antillais (avec un vrai coup de coeur pour les Grenadines) et sommes partis au mois d´avril vers le canal de Panama pour atteindre la Polynésie. Seulement voilà, "la vie n´est pas un long océan tranquille" et nous sommes revenus aujourd´hui aux Grenadines. La raison ? Elle s´appelle Lino, et vient tout juste d´avoir quatre mois. Nous venions de parcourir les îles paradisiaques du Venezuela (Testigos, Roques, Aves), lorsque nous avons découvert lors d´une escale à Curaçao la présence du petit passager clandestin. La plus belle nouvelle de me vie me mettait face à un choix de taille : continuer sur notre élan et traverser le Pacifique malgré l´état de Mathilde ou revenir en arrière et attendre bien sagement l´arrivée du futur équipier ? Le Pacifique attendra et c´est la deuxième solution qui l´a emporté. Nous sommes repartis contre les Alizés vers la case départ. Un vrai cauchemar pour Mathilde dont les premières nausées conjuguées à la mer démontée, au vent et courants contraires nous ont obligé à faire escale sur l´île interdite d´Orquilla. 

Entourée sur la carte de fils barbelés, cette île est réputée pour qu´on vous tire dessus sans sommation dès que vous vous en approchez ! Je choisis d´atterrir sous le vent d´Orchilla. Après avoir trouvé une petite passe (80 centimètres d´eau) ouverte au milieu de la barrière de corail, nous pénétrons dans un magnifique lagon et passons devant une jolie villa construite toute en bois. En passant devant, un couple affalé dans un hamac nous adresse un salut amical auquel nous répondons... Le temps de jeter l´ancre, je mets en route un plat de spaghetti car nous n´avions rien mangé de consistant depuis le matin très tôt. Arrive alors un hors-bord conduit par un jeune vénézuélien, avec à son bord en figure de proue, un moustachu bedonnant. Debout droit comme un piquet, mains derrière le dos, jambes écartées, le regard caché derrière une paire de grosses Ray Ban, l´homme porte une casquette de la Marine Vénézuélienne... 

- Holà, buenos dias, que tal ? Dis je en affichant mon sourire numéro 12.
- Yo, bien ! Me répondit-il, sous-entendant "pour moi ça va, mais pour vous ça va chauffer ! 

Mathilde et moi échangeons un regard entendu, il va falloir la jouer fine... Je leur jette une amarre afin qu´ils puissent se mettre à couple. Une fois à bord, nous leur offrons bière et coca avant de leur proposer de se joindre à nous pour partager notre repas... 

- Quelle chance vous avez d´habiter sur une île aussi belle ! Dis je d´un air naïf...
- Désolé, mais vous êtes sur une île militaire !
- Une île militaire ?! Mais cette maison magnifique là ? (Je lève le doigt en direction du couple qui nous avait salué).
- Cette maison magnifique, comme vous dîtes, c´est la résidence personnelle du Président du Venezuela !
- Hein ???
- Hugo Chavez, vous connaissez ? Alors écoutez-moi bien tous les deux, je suis le colonel de cette base, et croyez-moi, il vaudrait mieux pour vous comme pour moi que vous dégagiez sitôt votre plat de pâtes terminé ! 

Croyez-moi sur parole, lorsque vous êtes épuisés par 9 heures de mer non stop contre des vagues gigantesques, que vous venez juste de jeter l´ancre dans un lagon paradisiaque, et qu´on vous annonce que vous allez devoir repartir aussitôt, vous avez envie de pleurer... Alors nous sortons notre plan B : nous lui montrons la petite photo de l´écographie que nous avons faite quelques jours auparavant et lui expliquons les larmes aux yeux notre belle histoire. 

- Mon colonel, nous sommes peut-être sur l´île du président, mais je suis certain que si ce dernier était là, il n´aurait jamais refusé l´hospitalité à une maman et son bébé épuisés par un long voyage. Laissez nous au moins 24 heures, le temps de récupérer... 

Un long silence.... Il s´affûte un moment les moustaches... 

- Très bien, je ne vous ai pas vus ! Vous allez jeter votre ancre au nord-est de l´île et demain à la première heure vous disparaissez !
- Merci infiniment mon colonel ! 

Nous avons passé 3 jours extraordinaires sur l´île du président du Venezuela ! 

Nous sommes aujourd´hui mouillés aux Grenadines dans notre lagon d´Union et nous regardons notre petit bout de chou grandir. Nùsa Dùa s´est transformé en véritable berceau flottant. Lino met la tête sous l´eau depuis qu´il a deux mois après qu´un couple de maîtres nageurs nous ait conseillé de faire "bébé nageur"... Depuis l´eau est vite devenue son élément. Nous avons un bébé souriant avec l´océan et les éléments qui vont avec comme tapis d´éveil. Il faut le dire, Lino a bien failli s´appeler Ivan en mémoire du cyclone que nous avons encaissé an septembre dernier. Flash back... 

2 septembre 2003 : nous sommes mouillés dans le lagon de Clifton à Union et Mathilde est enceinte de quatre mois. Nous recevons comme tous les soirs à 20 heures les cartes météo via notre radio BLU. Le bulletin nous annonce qu´une dépression tropicale s´est transformée en Cyclone. Nom de baptême : Ivan. Il est prévu dans 5 jours sur la Martinique... Au mouillage, les conversations entre bateaux vont bon train. Chacun y va de ses petites prévisions. De mon côté, je préfère attendre à Union bien sagement jusqu´au dimanche afin que la trajectoire du cyclone se précise. S´il reste à notre latitude nous remonterons vers le nord, s´il remonte vers le nord, nous irons vers le sud. Le dimanche, le site météorologique américain NOAA nous informe qu´Ivan ira finalement frapper le nord de St Lucie, et ce, dans trois jours. Certains mettent alors le cap vers le Venezuela, d'autres vers Grenade... Quant à nous, nous décidons de descendre nous réfugier à une heure et demie d´Union, au sud de l´île de Cariacou à l´intérieur d´une mangrove réputée pour être un bon abri anti-cyclonique. Notre faible tirant d´eau nous permet d´y pénétrer dans se deuxième partie, encore mieux protégée et moins encombrée. En arrivant, je choisis d'exposer les étraves au nord en les plongeant carrément ans la végétation.  

Choisir le nord est un pari, car si les vents viennent du sud ouest, cela risque d'être une autre histoire. Nous passons notre journée avec Mathilde à tisser une véritable toile d'araignée autour du bateau. Nos deux ancres sont mouillées avec environ 60 mètres de chaîne. Toutes les amarres, drisses et écoutes disponibles y passent (environ 500 mètres de cordage). Je n´hésite pas à en tripler certaines, au cas où... Et puis la nuit tombe, la chaleur commence à monter, c´est à croire qu´il n´y a presque plus d´air dans la mangrove... Tout est trop calme. A deux heures du matin, je parviens finalement à récupérer un bulletin météo. La nouvelle tombe ! Le cyclone a changé sa trajectoire, il se dirige sur nous ! Je reste là, le souffle coupé, abasourdi par la nouvelle, avec la sensation d´être l´acteur d´un mauvais film catastrophe. Alors comme dit le dicton, "les femmes et les enfants d´abord !" Tant pis pour le bateau, de toutes les manières si les vents soufflent comme prévu à 200 km/h, que nous soyons à bord ou pas, ça ne changera pas grand chose... Je réveille Mathilde. 

- Allez viens, on quitte le bateau ! Le cyclone vient sur nous ! Prends quelques affaires et mets tout ça là-dedans ! Je lui tends un sac étanche. 

Et nous voilà partis en annexe pour rejoindre le petit village de Tyrel Bay... Nous marchons dans l´obscurité la plus complète le long du bord de mer où la houle commence déjà à monter. Pas âme qui vive... Et puis la chance nous sourit... Nous voyons comme par enchantement le faisceau d´une torche qui vient dans notre direction... C´est Jacqueline, dite "Jaja", retraitée française vivant sur l´île depuis quelques années. Elle aussi vient de quitter son bateau pour aller s´abriter dans sa petite maison. Son mari lui a préféré rester à bord.. 

- Pas de problème, vous venez dormir à la maison... 

Quelques heures de sommeil ne nous feront pas de mal... Aux premières lueurs du soleil, je pars à la recherche d´une autre maison pour nous abriter car celle de Jaja est trop proche du rivage, je crains une montée des eaux. Je trouve alors une maison dans les hauteurs, bien abritée et dont la propriétaire (Caroline) n´hésite pas à nous proposer l´hospitalité. Nous emmenons bien entendu Jaqueline avec nous ainsi que se petite chienne... 

Ivan a commencé à se déchaîner vers 14 heures. Le ciel s´est soudainement obscurci et le vent a commencé a souffler violemment. Nous étions une dizaine à nous être réfugiés dans la maison de Caroline. Nous nous reposions à tour de rôle sur un simple matelas posé à même le sol. Éclairés à la lueur d´une bougie, nous étions accroupis autour d´une petite radio à piles et tendions l´oreille pour tenter de décoder les dernières informations de St Vincent. Je profitais de ma VHF portable pour transmettre aux autres bateaux la dernière position d'Ivan dès que j´en obtenais une. Nous étions vraiment effrayés par la puissance des rafales de l´ouragan. Jusqu´à 200 km/h !!! Au fur et à mesure que nous comptions les toitures s´envoler, les maisons se désintégrer, les arbres se déraciner, nous ne donnions plus cher de Nùsa Dùa. Là-bas, tout seul dans la mangrove au milieu de l´ouragan. Les pires images traversaient mon esprit... Je commençais à me faire à l´idée de ne retrouver que des débris. La seule à rester positive, c´était Mathilde... Le lendemain matin, c´est le calme après la tempête. C´est un spectacle de dévastation qui nous attend. Des maisons disloquées, des toits de tôles enchevêtrés les uns sur les autres sur la plage, des arbres déracines au milieu des câbles électriques. Dans la première mangrove, c´est le chaos... Nombreux sont les gros bateaux du pays qui se sont décrochés emmenant avec eux d´autres bateaux ou allant s´encastrer sur d´autres voiliers. Le bateau de Jaja en fera malheureusement les frais... Au fur et à mesure que nous pénétrons dans la deuxième mangrove, notre coeur se serre... Dans quel état allons nous retrouver Nùsa Dùa... Et puis comme par miracle, la silhouette de Nùsa Dùa apparaît peu à peu au loin, et plus on s´en approche, plus on découvre avec émotion qu´il a vaillamment survécu au cyclone. Pas même une égratignure ! Nous remontons à bord les larmes aux yeux. Quand on connaît le lourd bilan du cyclone (plus de 500 bateaux détruits) on peut le dire : nous avons eu beaucoup de chance... 

Voilà, il y en a tant encore à raconter sur ce voyage, mais cela demanderait plus de pages et qui sait, peut-être l´écriture d´un livre... Une seule certitude, chaque minute qui passe est une nouvelle occasion de changer sa vie. J´aime cette devise, elle m´a permis de toujours regarder en avant, car c´est vrai, le meilleur reste toujours à venir et ce qui est pris est pris... Nous traverserons le Pacifique en avril prochain et Lino aura alors 1 an et demi. 

Alors si jamais certains d´entre vous hésitent encore à larguer les amarres, dites-vous que le plus dur c´est de faire le grand saut, mais une fois qu´on est parti, la vie continue, plus belle et plus riche encore... Et puis, l´important n´est-il pas de toujours atteindre ses rêves... 

L'équipement :
Nùsa Dùa est équipé d'un parc de 2 batteries moteur, 5 batteries services (500 ampères), d'un convertisseur 220 volts 800 watt, de deux panneaux solaires de 160 watt chacun, une éolienne de type KISS (18 ampères avec 20 noeuds de vent). C'est assez pour alimenter les deux plus gros consommateurs d'énergie, à savoir le frigo et le congélateur. 

Pour ce qui est des communications, j'ai installé une BLU qui me permet non seulement de rester en relation avec les autres bateaux, d'être routé depuis la terre (Daniel, 13930), mais aussi de recevoir des bulletins météo (à condition de posséder un logiciel de type "météo-scan). 

En ce qui concerne la sécurité, j'ai embarqué une balise de type EPIRB et un téléphone Iridium avec kit data. 

Quant à la production d'eau douce, un dessalinisateur 60 litres heure de type Dessalator se charge de remplir nos 400 litres de réservoir. 

Caractéristiques:
Outremer 45'
Longueur : 13 m 60
Largeur : 7 m 20
Surface de GV : 78 m²
Solent auto vireur : 38 m²
Gennaker : 120 m²
Spi symétrique : 150 m² 

Quelques trucs pour réussir son voyage :
Règle numéro un : ne rien laisser au hasard. Partir en bonne santé et avec une bonne trousse à pharmacie (check-up dentaire obligé). Emmener une bombe de froid contre les coups. Ces derniers sont plus fréquents qu'on l'imagine sur un bateau, le froid est le meilleur des remèdes contre les contusions. Évidemment, avoir un bateau bien préparé. Avoir des connaissances dans tous les domaines : électrique, mécanique, couture, fibre de verre. Au besoin faire quelques stages car quand on est loin de tout il faut savoir se débrouiller tout seul. Bannir les batteries au gel qui ne tiennent pas sous les tropiques. Penser à prévoir un système de récupération d'eau de pluie (une simple bonde d'évier fixée sur la toile du bimini et raccordée par un tuyau au réservoir fait l'affaire). Partir avec un maximum de pièces de rechange car aux Antilles les prix sont exagérés. Ne pas hésiter à se faire router par Daniel sur 13960 si on a une BLU. 

Site : http://www.bleupassion.com 

Texte : Pierre Cosso
Photos : Pierre et Mathilde Cosso 

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1 commentaire

11/11/2008 20:42 - sailfairy a dit :

bateau-stop

Coucou!
Waow, quelle beau bateau et voyage!

Je me demandais si il vous arrivait de croiser des gens qui faisait du bateau-stop??

Quels sont les bons endroits ou les retrouvés, si vous en avez rencontré?

Merci

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