02/02/2004


L'île de Black Mor

Le 11 février 2004 sortira un très beau film d'animation qui touche de très près l'univers des bateaux (des voiliers en particuliers) et de la mer.

Ce film s'appelle L'ÎLE DE BLACK MOR, il est réalisé par un maître de l'animation française, Jean-François Laguionie. 

1803, sur les côtes de Cornouaille. 

Un gamin de quinze ans, le Kid, réussit à s'échapper de l'orphelinat où il vit comme un bagnard. Il ne connaît pas son vrai nom et a pour seule richesse la carte d'une île au trésor tombée du livre de Black Mor, un célèbre pirate auquel il aimerait tant ressembler. 

En compagnie de deux pilleurs d'épaves, Mac Gregor et La Ficelle, le Kid s'empare du bateau des garde-côtes et part à la recherche de son île au trésor, à l'autre bout de l'Océan Atlantique. 

Mais rien ne se passe comme dans les livres de pirates... En quête de son identité, le Kid est plus fragile qu'on ne le croit, et bien des aventures l'attendent avant d'arriver à l'ILE DE BLACK MOR. 

L´aventure d'un film "marin" par Jean-François Laguionie 

L´histoire a d´abord été écrite sous forme de roman, en y mettant tous les rêves d´aventures de mer qui me hantaient lorsque j´avais treize ans et qui ne m´ont pas quitté. Ces rêves se référaient davantage à Conrad ou Stevenson (en particulier David Balfour qui était mon personnage préféré). 

Le périple de ce gamin sur l´océan, et ses aventures, le placent chaque fois devant un vrai problème d´adolescent, intime et secret. Il s´agissait pour moi de le rendre crédible « par l´intérieur »...
 
La pré-production
Dès le début, le film ressemblait à un voyage. Je ne sais pas si c´est le sujet de l´histoire qui me faisait penser à cela. Mais je ne pouvais pas m´empêcher de comparer ce projet à ces bateaux en construction qui n´arrivent pas à prendre le large : scénario refusé par les télévisions françaises, pas de producteur, budget de développement réduit au maximum. En attendant, il faut avancer quand même : peaufiner les dialogues, dessiner des rochers et des bateaux sur les côtes d´Irlande ou de Cornouaille, des visages dans les pubs irlandais... On continue à y croire, les marins connaissent cela. Les mois passent, on a fini la coque (le story-board) avec l´ami Le Floc´h, mais il manque le gréement (les personnages finalisés) et surtout de quoi embaucher l´équipage. Mais La Fabrique est prête ; le studio a toujours été à la hauteur des situations difficiles, et les chefs déco (Richard Mithouard et Jean Palenstjin) refusent des boulots pour ne pas rater le départ. Pas facile à assumer pour le réalisateur !...
 
 

Les choix graphiques
Un autre séjour en Bretagne et le style est là, simple, inspiré des affichistes paysagers des années 30 et d´un peintre breton pour lequel j´ai un coup de foudre : Henri Rivière. 

Le style des personnages se rapproche des caricaturistes du XIXème siècle, comme Daumier, Granville, Topfer... ou des illustrateurs anglais. Dans les visages, on aura, selon les personnages, une grande diversité de traitement. Certains yeux ne sont que des points ; d´autres, des formes cernées. 

Le trait sera gros. Il doit être effectué au crayon pour lui conserver sa souplesse. Des accents plus marqués peuvent être donnés pour souligner les personnages au premier plan dans l´image. Cette qualité de trait est importante, car le trait sera en couleur et harmonisé à celui des décors.
 
Les bateaux
Les éditions du « Chasse marée »* nous fournissent la documentation sur les « cutters » 1800. Anik Le Ray court les musées et les bibliothèques. Le peintre-navigateur, Yvon Le Corre, connaît bien ce genre de bateau, il nous corrige le story-board pour que La Fortune navigue au mieux. Dans l´enthousiasme, qui n´a pas faibli, je fais réaliser une vraie maquette du bateau, avec les voiles et tout... Mais la production ne démarre toujours pas. Patrick Moine tire toutes les sonnettes. Les portes se ferment, les unes après les autres. 

Je ne sais si cela a été déterminant, mais j´ai l´habitude de filmer le story-board et de le monter dans le temps du film. Quelques comédiens de Montpellier me fournissent des voix provisoires, Ravel et Debussy la musique. Nous avons maintenant ce que l´on appelle une « animatique »... Et contre toute attente, l´impossible arrive : Gaspard de Chavagnac, pour Dargaud-Marina, a le coup de coeur ! Il s´engage à produire le film avec nous.
 
 

La production
Le film se fera donc... mais avec un équipage réduit. Celui de La Fabrique sous le contrôle d´Henri Heidsieck, 6 personnes au lay-out, 4 aux décors, 3 aux modèles. Finalement, le pari difficile devient une sorte d´atout pour le film. Chacun a pris conscience de la particularité du voyage et s´engage encore plus que d´habitude. Il faut faire animer le film en Asie pour ces mêmes raisons économiques, Hubert Chevillard, puis Rémi Chaillé, y passent plusieurs mois pour superviser le travail. Enfin, c´est Angoulême, puis Paris, pour les finitions avec la société Teva. 

Les amis bretons ont suivi notre aventure depuis le début et sont encore là. Ils m´emmènent cette fois sur un vrai bateau de 15 mètres de long, pour enregistrer l´eau sur une coque en bois, les voiles qui claquent et le grincement des vrais cordages. Mon seul regret, c´est que nous nous étions promis cette sortie en mer avec toute l´équipe de départ. Mais c´était un an et demi plus tôt, et les uns et les autres sont dans d´autres voyages. 

Heureusement, Christophe Héral, le musicien, est là pour donner au film un dernier parfum d´aventure. Il sait que la musique d´un film construit sur l´amitié comme celui-là, doit être une sorte de vernis, une dernière émotion. Et ce sera la rencontre d´un vieux gréement et d´un quatuor à cordes... 

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