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20/01/2012
Antibactérien, résistant et recyclable, le cuivre pourrait remplacer les filets en polymères. Une première exploitation de loups de mer en Europe opte pour ces avantages.
L’aquaculture ne cesse de se développer partout dans le monde, accompagnant la hausse continue de consommation des poissons et fruits de mer, aliments stars des assiettes de Noël (+65 % en 50 ans*). En 2012, selon les prévisions de l'Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), qui vient de publier mi-novembre son rapport annuel, un poisson sur deux consommé dans le monde proviendra de l’élevage. Mais comment améliorer leurs conditions de production ? Depuis quelques années, plusieurs exploitations aquacoles dans le monde utilisent des cages en alliages de cuivre pour l’élevage du saumon et d’autres espèces. Les résultats obtenus sont très concluants : les poissons se développent nettement mieux. Naturellement antibactérien, le cuivre prévient l’encrassement des filets, ce qui a pour effet de diminuer la mortalité des poissons (-10 %) et d’améliorer leur qualité. Depuis cet été, une première exploitation européenne située dans le détroit des Dardanelles utilise des cages en cuivre pour améliorer sa production de loups de mer.
Les 3 défis de l’aquaculture du XXIe siècle : qualité, santé, environnement
La consommation mondiale de poissons et fruits de mer a augmenté de 65 % depuis les années 60 pour atteindre 17 kilos par habitant à la fin des années 2000*. Le saumon en particulier, très prisé en période de fêtes, est en passe de détrôner le poulet dans nos assiettes. La moitié de ces produits de la mer sera issue de l’élevage en 2012 d’après les dernières prévisions de la FAO. La Chine en est le 1er producteur mondial (33 millions de tonnes/an), la France se plaçant au 19e rang avec 238.000 tonnes annuelles*.
Pour répondre à la demande tout en maintenant la qualité, l’aquaculture doit aujourd’hui faire face à 3 défis : la hausse des volumes (la production a crû de 71 % en 10 ans et le mouvement se poursuit), l’amélioration des conditions sanitaires d’élevage, et enfin la diminution des impacts environnementaux (préservation du milieu aquatique, réduction des déchets, respect de la biodiversité).
Cages d’élevage en cuivre : des résultats remarquables pointant des bénéfices multiples
Le cuivre ayant l’avantage d’être naturellement antibactérien, plusieurs élevages aquacoles en Australie, aux Etats-Unis et au Japon ont remplacé leurs traditionnels filets en polymères par des cages constituées d’un maillage en cuivre ou alliage de cuivre. Celles-ci sont même utilisées depuis 25 ans au Chili, pour l’élevage de différentes espèces. Les retours d’expérience font état de résultats sans appel : le cuivre influe positivement sur la qualité et la quantité des poissons produits, mais aussi sur les conditions sanitaires d’élevage et l’environnement.
Par ses propriétés naturellement antibactériennes, le cuivre enraye le développement des boues microbiennes qui encrassent les filets et prévient l’apparition de parasites et agents pathogènes susceptibles d’infecter les poissons.
Conséquences :
• L’absence d’algues sur les parois facilite la circulation de l’eau et le maintien d’un taux d’oxygénation optimal pour le développement des poissons
• Les antibiotiques et les produits de traitement phytosanitaires éventuellement polluant peuvent être réduits
• Plus résistantes, les cages en cuivre empêchent la fuite des poissons d’élevage et un croisement avec les espèces sauvages, préservant l’écosystème naturel
• Elles sont beaucoup plus durables que les filets en polymères : leur solidité permet de les remplacer moins souvent et les cages usagées peuvent être revalorisées facilement, le cuivre étant 100 % recyclable
• Elles permettent de réduire les déchets habituellement liés à l’encrassement des filets (NB : l’industrie aquacole génère environ 170.000 m3 de déchets/an)
Etudes de cas : la ferme Van Diemen Aquaculture en Tasmanie (Australie)
Depuis 4 ans, la ferme australienne Van Diemen Aquaculture utilise des cages en laiton (alliage cuivre-zinc) pour l’élevage de ses saumons. Les résultats qu’elle met en avant sont très concluants :
• Forte diminution des pertes dues aux attaques de prédateurs (0,1 % contre 3 à 5 % avec des filets en polymères)
• Baisse de 10 points du taux de mortalité des poissons
• Augmentation de 15 % du facteur de croissance
• Réduction de la fréquence de nettoyage et de remplacement des filets, réduction des coûts d’exploitation et de maintenance
Pour Hortle Mick, Directeur général de Van Diemen, « il est difficile de quantifier la valeur économique totale du filet en laiton, mais le poisson que nous produisons aujourd’hui est de bien meilleure qualité. Le coût de production continue aussi de se réduire. Désormais nous ne traitons les poissons qu’une à deux fois durant leur cycle de croissance. Leur aspect est superbe, ils n’ont quasiment aucun dommage physique. »
L’aquaculture européenne s’ouvre au cuivre
Fort des résultats obtenus par les fermes déjà équipées, le détroit des Dardanelles est devenu cet été le premier site européen à accueillir des cages d’aquaculture en alliage de cuivre. Installée à 50 mètres de profondeur, elles permettent un stockage de 15 000 loups de mer européens, soit une capacité de production de 4,5 tonnes. Dans ce passage maritime reliant la mer Egée à la mer de Marmara (Turquie), les conditions météorologiques sont souvent difficiles avec parfois des creux de vagues de 3 à 5 mètres. Les attaques de prédateurs tels que les requins et les phoques sont également fréquentes, ce qui nécessite l’utilisation d’un matériel solide et durable.
Demain, une utilisation accrue des cages en cuivre pourraient permettre d’explorer de nouvelles zones de production, à l’écart des régions côtières : leur résistance aux courants marins du large et aux aléas climatiques rendent possible l’élevage en haute mer.
*Chiffres 2008, FAO, organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
**Cage en cuivre UR30 développée par la société chilienne EcoSea
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2 commentaires
03/02/2012 10:50 - gobibou a dit :
et la biotoxicité ?
l'oxyde cuivre n'est il pas déja un fléau en mer, avec son utilisation dans les antifouling des bateaux ?
à l'heure où toutes les recherches se focalisent sur le remplacement de ce produit dans les peintures antifouling, on encercle les poissons avec ce poison ?
01/02/2012 21:41 - Jean R a dit :
Les faiblesses des cages en cuivre et laiton
Ayant travaillé sur une ferme en Australie, qui utilise ce type de cages depuis plusieurs années, il a été mis en évidence plusieurs points faibles pour ce type de cage, et qui, je pense, méritent d'être soulignés.
Elles sont propres aux conditions environnementales suivantes :
- milieu sub-tropical
- températures d'eau entre 24 et 32°C
- houle moins de 2m, marnage 12 m = courants moyens à 2 m/s
- présence très forte de bio-fooling, (cages en polymère 15 ou 20 mm totalement obstruées en moins d'un mois)
- prédateurs : requin marteau, dormeurs, crocodiles...
Problèmes rencontrés :
- déformation durable des cages (trop ou pas assez rigides), et réduction du volume d'élevage
- usure prononcée des mailles due au frottements, casse parfois avant un an de vie
- non résistante à l'attaque de gros prédateurs
- coût 4 à 5 fois plus chères que les polymères et durée de vie bien inférieure à 5 ans.
Diminution du bio-fouling réelle, mais toujours présent.
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