02/09/2012


Biche - Pas de répit depuis la mise à l'eau de Biche

Biche n'a pas connu de répit depuis sa mise à l'eau, le 22 juin 2012. Malgré les multiples imprévus des derniers instants, dont une météo épouvantable qui a fait œuvrer l'association sous les grains et les bourrasques dès le ...

... démontage de la bâche de chantier, Biche était paré ce jour. Trois gigantesques grues ont soulevé Biche au-dessus de ses tains, le chariot à mille pattes de Kéroman a réussi à se glisser sous sa quille, puis à le transporter sur l'anneau de Kéroman ou le "travel-lift" a pris le relais. 

Quelques dizaines d'heures plus tard, grâce aux cinquante bras des bénévoles alors présents, les derniers mètres ont été accompagnés par plus de mille personnes, dont des membres du club nautique d'Ostende, qui avaient été en quelque sorte les premiers sauveteurs de Biche.
Une fois embarqués, les compagnons du Guip et les bénévoles présents, l'engin a délicatement rendu Biche à son élément, sous les applaudissements du public. 

Tegwen et son équipe se sont précipités sous les planchers, pour constater deux ridicules entrées d'eau qui disparaîtront les jours suivants avec le gonflement des bordés immergés. Les équipes de lestage ont constaté que les deux tonnes de plomb manquantes étaient nécessaires, et lancent aujourd'hui un appel public pour le faire savoir : si vous possédez du plomb sous quelque forme que ce soit, sauf d'anciennes batteries, il sera bien utilisé. 

Biche temporairement amarré dans la darse de mise à l'eau, Armel a procédé à la Bénédiction, dans les règles de la tradition maritime. Deux statuettes de Sainte Anne protègent désormais le bord, Zoé Duviard et la marraine ayant eu toutes les deux la précaution d'en apporter une pour l'occasion. La marraine, Émilie Le Maréchal, petite fille d'Ange Biche Stéphant, à brisé la bouteille de champagne sur le rouleau d'aussière de drague, à l'étrave comme il se doit. Ainsi la transmission patrimoniale prend elle ici un sens supplémentaire. 

Puis Biche a été halé le long des quais de la criée, permettant à d'innombrables visiteurs de venir constater la réalité de sa résurrection. Dès le lendemain de la fête, les travaux ont repris sur un rythme d'enfer, pour être au rendez-vous prévu le 7 juillet à Port Tudy. Voiles hautes, Biche a retrouvé les courreaux de son neuvage, puis une flottille de bateaux en tous genres à une encablure des quais, grand pavois flottant dans le ciel gris, cornes beuglantes sur tous les tons pour accompagner nos amis du bagad Plijadur. Joliment gréées, les groisillonnes en costume de fête ont chanté du bout du môle un air de bienvenue, pendant que le grand dundée blanc manœuvrait pour accoster au ponton des pêcheurs. Honneur aux anciens, ils étaient les premiers à embarquer, dont Hubert Nexer, fin connaisseur : "Il est mieux fait qu'à l'origine, regarde ici un peu ces ajustements !" 

Bel accueil, émotion palpable, sentiment d'accomplissement, bientôt dilué dans l'ambiance de la fête organisée sur le port. Las, il fallait vite retourner à Lorient et travailler encore pour "monter" aux "Tonnerres de Brest" et s'y présenter sans défaut. De fait nous y étions, après un court convoyage "bout dedans" qui a dévoilé un peu plus des capacité de Biche en navigation : puissant, rapide, agile, nous n'avions pas encore découvert tout son potentiel, ni l'art d'en tirer le meilleur, mais l'ensemble était prometteur. Commandé tour à tour par trois amis brevetés venus en renfort, Biche s'est fait remarquer à Brest puis à Douarnenez en naviguant aussi vite que les bisquines, concurrentes redoutables, et en manœuvrant à la voile jusqu'au ras des quais. 

Retour à Lorient avec une halte par St Guénolé à la pointe de Penmarch, le port de Bernard, qui nous offre son expérience pour le gréement de pêche. Traîner 18 lignes dans la houle du large exige quelques connaissances. Mais l'heure n'était pas encore à la partance, nous avions rendez vous au Festival Interceltique à Lorient, puis à Étel pour ses Fêtes de la Mer, puis à Groix encore pour le Festival du Film Insulaire, où Seb Tablantec a endossé l'habit de commissaire priseur pour la vente la plus hilarante de l'année. "Indigo", qui réunit une poignée de peintres locaux, proposait au fort du Gripp une exposition thématique sur Biche et la pêche au thon, dont les bénéfices ont été reversés à sa cause. Chaque occasion d'embarquer des membres de l'association fut mise à profit, et le tout mis bout à bout a permis de commencer régler quelques une des dernières factures. 

Biche est actuellement à Lorient en préparation de sa première marée. Il appareillera le 3 septembre, cap sur les acores du golfe de Gascogne, pour la première fois depuis 56 ans. 

Cela sera le point d'orgue de cette première saison, car sa raison d'être est bien la transmission des savoirs. Il n'était pas possible hélas de partir plus tôt pour partager l'expérience avec les bénévoles de ces derniers mois, qui se sont donnés sans compter, mais cette marée ponctue la première étape du projet : Biche est restauré et retrouve sa fonction originelle. 

L'activité de l'année se prolongera mi-septembre à Belle Île, à l'occasion du Festival des Insulaires. Des embarquements sont proposés au départ de Lorient et de Groix le vendredi 16 septembre avec retour le dimanche en fin de journée. 

Puis il est prévu qu'il se rende aux Sables d'Olonne, encore un pèlerinage remarquable au pays de sa naissance, et encore à l'île d'Yeu, sœur de Groix pour la pêche au thon, à l'occasion du "Grand Festin". 

Biche peut naviguer en toute sécurité, mais il reste les aménagements à terminer pour en faire l'outil de travail qu'il doit être, car l'intérieur est à cette heure pour ainsi dire vide. Les réunions au carré ont repris, pour donner aux plans établis leur forme définitive, au plus proche de l'original. Les travaux débuteront cet automne, sous réserve que Biche sache attirer à lui les fonds nécessaires. Il s'agit encore d'une phase importante, sans laquelle l'association ne pourra envisager de travailler sérieusement, donc d'assurer l'avenir de Biche. 

Alors une fois terminé, qu'en faire ? Un peu comme les autres, de façon alimentaire, des balades à la journée et du spectacle pendant les fêtes nautiques. Au delà, l'association réfléchit à des partenariats pour du transport de marchandises, car la cale est grande et la capacité de charge intéressante. L'association espère surtout, pour coller à sa vocation de transmission des savoirs, pouvoir embarquer des scolaires, des jeunes, des écoles de formation maritimes y trouveront un outil adapté à leurs programmes, et des entreprises y verront un support de cohésion interne. 

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