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Le magazine de la voile sur internet
25/12/2009
Ceux qui suivent de près l'aventure du Biche sur le site de l'association ont pu constater que les travaux avançaient bon train. Je profite donc de ce bulletin pour revenir sur l'invitation des Amis du Biche par l'Université de ...
... Bretagne Sud, à l'occasion d'un colloque réunissant des élèves futurs professionnels du patrimoine, sur les thèmes « patrimoine, culture maritime et développement durable ».
Michel Philippe, du Comité Scientifique, avait ouvert la réunion par une présentation qui mérite votre attention.
Extraits :
« [...]
o Le Patrimoine c'est avoir : ce qui m'appartient ou qui appartient à ma génération et que j'ai envie de transmettre.
o La Culture, c'est être : la mienne et celle de ma génération, c'est ce que je suis, ce que je sais ou crois savoir, ou du moins qui m'intéresse et que j'ai envie de transmettre.
Sans volonté de recherche et de transmission il n'y a ni patrimoine, ni culture, ni sans doute de civilisation, c'est-à-dire d'art de vivre.
Le développement, c'est faire : durable comme on dit aujourd'hui, il est lui aussi tributaire d'une prise de conscience, et par là humain et donc subjectif.
Par exemple, la connaissance intellectuelle et la recherche universitaire à propos du patrimoine et de la culture égyptienne ont mis un terme au dépouillement de ces richesses et développé les études sur place au second XIXème. Grâce à ce nouvel état d'esprit un essor économique «durable» existe autour de ces patrimoines égyptiens, de la culture égyptienne y compris dans ses évolutions contemporaines :
archéologie actuelle, étude des arts gréco-romains et byzantins, jusqu'à la mise en valeur des felouques chères à nos coeurs de navigateurs.
Nous voilà loin de Biche, le thonier de Groix ? Certes non. L'action de sauvetage de ce bateau repose sur un substrat. Cest celui qui anime depuis plusieurs décennies des entreprises comme le Chasse-Marée et les multiples musées, écomusées, centres de sensibilisation à l- environnement, associations ou fédérations qui peuplent, étudient et défendent le territoire et singulièrement les patrimoines côtiers.
Les navires comme les plus infimes embarcations peuplent un environnement :
o Technique, c'est le patrimoine.
o Humain, c'est la culture.
o Sur le plan économique et du développement durable, nous nous posons la question : qu'est-ce que l'objet de notre travail peut apporter à la vitalité actuelle de la société ? La réponse se situe sur deux plans. Que notre étude contribue à éviter les erreurs du genre : on comble des ports pour faire des parkings obérant le devenir maritime et touristique. Que notre action crée un regain de plaisir de vivre, mais aussi de formation aux métiers, à l'environnement, et dans notre cas particulier aux navigations : conserver un espace portuaire, conserver un bateau c'est bien, l'étudier, l'animer et en jouir c'est mieux, encore une fois on rejoint l'art de vivre, celui de transmettre.
Un bateau est spécifique sur le plan patrimonial en ce sens qu'il peut être autre chose qu'une relique statique. On peut l'animer, y vivre et faire vivre ceux qui s'y intéressent.
Il est curieux de voir à quel degré le thonier à voile -le dernier voyage au thon à la voile a eu lieu en 1962- a ébloui les regards du premier XXème siècle et imprègne encore notre société : les maquettes peuplent les bureaux, bistrots, restaurants et logements. Les photographies, les gravures et les oeuvres des plus grands artistes en fourmillent.
Pourquoi ? Parce qu'ils étaient de beaux voiliers, parce que c'était de bons voiliers et parce qu'ils servaient une pêche raisonnable, humaine.
Biche représente l'aboutissement dans les années 1935 de l'évolution du tracé, du gréement et des performances de ces dundées. Il fait partie de ces objets dont la perfection a acquis une sorte de valeur légendaire dans l'histoire de nos côtes. Il représente l'art de la construction navale en bois à son apogée. Ce genre de coque se conçoit peut-on dire en forêt et son achèvement relève de tracés savants. À cela s'ajoute l'art de la forge pour les pièces métalliques :
ferrures, cadènes, colliers, guindeaux, puis l'art du gréeur et du voilier qui se perpétuent dans la voile moderne avec des noms comme Le Rose ou Tonnerre.
Et puis vient l'art du marin, celui de la manoeuvre, Biche ne fut motorisé qu'en 1974 !
La pêche enfin reste l'art ultime, tout en observation, intuition et finesse. Enfin vient la vente, les centaines d'usines le long de nos côtes et dans nos îles, bref la vie de notre territoire atlantique.
[...] »
Michel nous pardonnera d'abréger son texte, et je remercie tous ceux qui auront pris le temps de le lire jusqu'ici. Il me semble toutefois qu'il a joliment exposé les raisons de la démarche patrimoniale dynamique qui est la nôtre. Si l'on considère que petit à petit, l'idée de musées « vivants » fait son chemin, Biche s'intègre parfaitement dans ce mouvement.
À l'heure où l'on débat de l'avenir planétaire, le projet achèvement relève de tracés savants. À cela s'ajoute l'art de la forge pour les pièces métalliques : Biche, parce qu'il est l'expression d'une société propre, respectueuse de l'environnement et tournée vers l'avenir, mérite toujours votre soutien.
À l'heure des déclarations fiscales de fin d'année, votre contribution aura du sens.
Merci à toutes et à tous et heureuses fêtes de fin d'année.
Les Amis du Biche
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