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Le magazine de la voile sur internet
Après trois années de négociations et de travail, la Conférence des Nations Unies sur le développement Durable, dite Rio+20, est bel et bien terminé. Le sommet appartient déjà à l'Histoire, un chapitre sur le développement durable qui vu de loin ne ...
... marquera sans doute pas les mémoires. Aucun rebondissement, aucune surprise et peu de négociations. Mais dans ce décor de crise mondiale et de périodes électorales, rares étaient ceux qui espéraient encore des grandes décisions de la part des 193 états présents.
Malgré tout, le scénario n'a pas été aussi mauvais que l'on pourrait le croire pour ceux qui travaillent sur l'agenda bleu de l'océan, car pour la première fois les océans et les mers se sont vus attribuer un rôle et une place, quelque peu plus dignes de leur superficie et de leur fonction. Vingt paragraphes leur ont été consacrés dans le texte final. Bien sûr comme pour le reste de ce texte, en lisant la partie « Océans et mers », le lecteur ressent cette fâcheuse impression qu'on a voulu noyer les actions sous des intentions évasives et sans fond. Une filtration des informations se révèle donc nécessaire !
« 158 : Nous reconnaissons que les océans, les mers et les aires côtières font partie et sont essentiels à l'écosystème terrestre… Nous soulignons l'importance de la conservation et de l'utilisation durable des océans, des mers et de leurs ressources… ». Extrait du texte final de Rio+20.
L'importance des océans pour la planète et pour l'homme, et la nécessité de les protéger ne semble plus aujourd'hui ignorée des états, voire semblent approuvée de tous. La conférence de Genève de 1958, puis la convention sur le droit de la mer (UNCLOS) de Montego Bay en 1982, marquaient déjà les prémices d'une reconnaissance mondiale de la nécessité de préserver les océans. Néanmoins, précisons qu'à ce jour, dix-huit pays n'ont toujours pas signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer et dix-neuf, dont les Etats-Unis, l'ont signée mais pas encore ratifiée.
Quoi qu'il en soit, certains pays espéraient quand même voir se renforcer à Rio+20 les mesures de protection des eaux internationales, soit environ 45 % de la surface du globe. Une proposition de mise en place d'un décret de mise en place de la convention de Montego Bay pour une gouvernance internationale de la haute mer avait donc été soumise, elle aurait permis ensuite de définir un cadre juridique pour ces zones internationales. Mais rapidement la proposition a sombré sous le poids de l'opposition d'une poignée d'états, une poignée puissante puisqu'elle était constituée des Etats-Unis, du Canada, du Japon, de la Russie et du Venezuela. Pour comprendre cette frilosité, il faut être conscient du potentiel économique des océans et aussi de la complexité des enjeux politiques liés aux acteurs économiques qui – dans chaque pays - protègent leurs intérêts directs.
Premièrement, il y a les ressources de la pêche et on comprend les raisons pour lesquelles le Japon par exemple n'a pas souhaité soutenir l'idée d'une gouvernance de la haute mer.
Deuxièmement, le sous-sol des hautes mers contient des ressources hydrocarbures et minières convoitées par un grand nombre d'industries. Seule la complexité technique de ces extractions en profondeur ralentit encore le processus d'exploitation, devenu économiquement avantageux avec la hausse des prix du pétrole et des matières premières.
Troisièmement, les ressources génétiques des océans représentent une matière première prometteuse pour l'industrie, notamment dans le domaine de la santé. Et c'est ce marché des brevets pharmaceutiques, qui aurait principalement freiné l'engagement des Etats-Unis.
Néanmoins, les pays se sont entendus pour renégocier dès que possible ce point. La date butoir a été fixée à 2015. D'ici là, les Etats-Unis seront sortis de leur période électorale, et on a le droit d'espérer que les politiques auront trouvé des solutions à la crise économique et seront prêts à s'attaquer à la crise environnementale qui menace non pas la planète mais nous « les passagers de la Terre ».
Outre la gouvernance de la haute mer, un grand nombre de considérations ont été exprimées à Rio+20. Les états se sont accordés pour favoriser une pêche durable et responsable via le ciblage des subventions, pour lutter contre la pêche illégale et contre la pêche intensive, et encourager les techniques de pêche respectueuse de l'environnement, et pour finir à garantir un accès aux ressources de la mer aux pêcheurs artisanaux, notamment aux peuples indigènes. Même si le texte de Rio n'établit pas de chiffres, c'est sans doute bien la première fois que la thématique des subventions accordées à la pêche industrielle est à ce point désigné comme responsable de la surpêche et de la pêche illégale.
Parallèlement, le texte stipule que les nations s'engagent à agir pour réduire les incidences et les impacts de la pollution des écosystèmes marins, ce qui englobe la lutte contre la pollution des grandes rivières et des estuaires, contre les débris plastiques, contre les rejets chimiques issus de l'agriculture… La prévention contre les espèces invasives apparaît aussi dans les préoccupations.
Un autre sujet majeur qui a vu une vraie avancée à Rio est l'acidification des océans, un défi récent lié au changement climatique et à l'accroissement de la concentration de CO2 dans l'atmosphère. Le texte final établit une proposition concrète de création d'un observatoire sur l'acidification des océans.
Sur le thème de la conservation des océans à travers la création d'aires marines protégées, l'engagement pour 2020 est resté en dessous de l'espéré. Reste à croire aux engagements volontaires, suivant l'exemple de l'Australie qui a annoncé, à l'occasion de RIO+20, la création du plus grand réseau mondial d'aires marines protégées d'une superficie de 500.000 km² soit l'équivalent de l'Espagne, dans laquelle aucune activité de pêche et d'extraction ne pourra être pratiquée.
Si les actions futures restent vagues, de grandes orientations, significatives pour la préservation des océans, ont bel et bien été lancées. Et comme l'a rappelé Ban Ki-moon, secrétaire général de Nations Unies, lors de son discours sur les océans au sommet de la Terre : « J'ai promis à l'équipe de Tara que je continuerais mon travail en faveur de notre planète océan. »
Les promesses sont faites, il ne reste plus qu'à entrer dans l'action... Classique me diriez-vous, mais c'est un début.
De son côté, l'équipe de Tara Expéditions a travaillé pendant plusieurs mois autour de ce rassemblement mondial pour mener une véritable campagne d'information et de sensibilisation auprès de la société civile. Plus de 10.000 visiteurs sont venus assister aux conférences sur l'eau et les océans organisées au Somme des Peuples. Les responsables du projet présents à Rio ont été dans tous les médias et dans plusieurs espaces de la ville de Rio pour porter le message que « le futur que nous voulons dépend de la Planète Océan ».
Fidèle à la vision portée par agnès b. et Etienne Bourgois depuis le début du projet, Tara Expéditions poursuit sa mission éducative visant à rendre public les enjeux des océans. Nous sommes convaincus que sans la mobilisation et la pression des citoyens du monde, la cause n'avancera pas.
Tara Expéditions
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