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| Portrait - Toute une vie sur un bateau, la tête dans les étoiles
À quoi ressemble une aventurière ? Quelle allure se donne une pionnière, une pourfendeuse d´impossible ? Maud Fontenoy, 28 ans, a le regard bleu comme les mers du sud, les sourires accueillants, la coupe de cheveux soigneusement négligée.
Sur son bateau, on la sent prête à toutes les manoeuvres, audacieuse, appliquée, donnant l´impression de maîtriser chacun de ses gestes. À la table d´un restaurant parisien, les joues rosies par la passion qu´elle met dans son récit, elle se raconte avec le même naturel, la conversation jamais en retard d´un bon mot, d´une anecdote, d´un souvenir baigné d´humour ou d´émotion.
Son passeport est formel : Maud Fontenoy a vu le jour à Meaux, en Seine-et-Marne. A moins d´une heure de voiture de la capitale, loin des embruns et de l´air du large. Mais toute son existence semble avoir été bercée, depuis les premiers jours, parle mouvement des mers. Elle n´a pas encore une semaine le jour où ses parents la pose sur le pont de la goélette familiale. « J´ai passé mon enfance à voyager, sur l´eau, raconte-t-elle. Ma chambre à coucher, c´était un hamac tendu entre les deux mâts du bateau. J´ai découvert le monde sans aller à l´école, mes parents étaient mes deux seuls professeurs. »
Formée à l´école des Glénan, elle traverse l´adolescence au pas de course, épuisant son goût de l´effort et son besoin de sensations en multipliant les activités. La voile, bien sûr, mais aussi la natation et l´équitation. Un moment responsable d´une agence immobilière, elle ressent bientôt des fourmis dans les jambes. Et une envie, plus forte que tout, de partir à l´aventure, en quête d´essentiel et de liberté et de tordre le cou au bon sens. À 25 ans, elle entreprend, le 13 juin 2003, la traversée de l´Atlantique nord, à la rame, dans le sens ouest-est. Quatre mois plus tard, elle accoste en Espagne, pour une première féminine.
Deux ans plus tard, son nouveau défi l´entraîne sur les traces du radeau Kon-Tiki, dans le Pacifique. Elle quitte le port de Callao, au Pérou, le 12 janvier 2005, pour rallier la Polynésie française. À la rame, une nouvelle fois. Seule, comme toujours. Et sans la moindre assistance, embarquée pendant 73 jours de mer sur un canot de 7,5 m de long et 1,6 m de large. Comme deux ans plus tôt, la réussite l´attend sur la terre ferme. Le 26 mars, elle touche Hiva Oa, une île des Marquises, pour signer, cette fois encore, une première féminine la traversée du Pacifique à la rame.
Aujourd´hui, Maud Fontenoy a rajouté des voiles à son besoin d´absolu. Elle s´attaque à un tour du monde, en solitaire, à contre-courants. Mais en gardant, solidement chevillée au corps, la même obsession de transmettre aux enfants ses valeurs de persévérance, de volonté et de refus de la fatalité. Une aventure humaine et écologique, autant que sportive. «Je ne pars pas pour établir un record, c´est pour moi avant tout un engagement, un terrible désir de me renforcer en mer, tout en vivant ma passion. » Et l´envie, plus forte que la raison, de croire très fort en ses rêves. Et d´y entraîner les autres.
Rencontre
Quand avez-vous décidé de vous lancer dans l´aventure d´un tour du monde à la voile, en solitaire à l´envers ?
Maud Fontenoy : J´avais ce projet dans la tête depuis longtemps. J´ai décidé d´acheter le bateau de Jean-Luc Van Den Heede avant même ma traversée du Pacifique à la rame, accomplie l´an passé.
Mais pourquoi un tel défi, à la voile?
M.F. : Parce que j´ai toujours eu l´amour de la voile. J´ai grandi sur un bateau, la voile a toujours fait partie de mon univers, de mon environnement. On me connaît plus pour mes traversées à la rame, mais mon histoire personnelle est beaucoup plus liée à la voile. Pourquoi maintenant ? Parce que j´en ai envie.., et qu´après je fais des bébés (sourire) !
Ce premier tour du monde à la voile, vous l´abordez à l´envers. Un choix délibéré d´aller, une nouvelle fois, à contre-courant ?
M.F. : Oui, c´est vrai, je tiens à aller à contre-courant. Mais pas pour me différencier, faire parler de moi, ou chercher à tous prix la différence. Ce que je veux, avec ce défi, c´est montré aux jeunes, à tous ceux qui ont peu de rêves et encore moins d´espoirs, qu´il n´existe pas qu´un seul chemin pour arriver où l´on veut. J´ai été élevée ainsi, avec l´idée qu´on pouvait sortir des sentiers battus. En accomplissant mon tour du monde à `envers, contre les vents et les courants, en plus de mon bonheur d´être en mer, j´espère montrer aux jeunes qu´ils peuvent, avec de la volonté et de la persévérance, accomplir leur rêve.
Vous avez choisi de partir de l´île de la Réunion. Là aussi, on imagine que ce choix ne doit rien au hasard ?
M.F. : Non, en effet. Je suis heureuse de pouvoir valoriser l´outre-mer. En 2003, pour ma traversée de l´Atlantique Nord à la rame, j´avais décidé de partir de Saint Pierre-et-Miquelon, car je voulais faire connaître cet archipel. Idem, lors de ma traversée du Pacifique, ou je suis volontairement arrivée en Polynésie française. Cette fois, j´ai choisi l´île de la Réunion, avec l´espoir de lui apporter un éclairage positif en cette période difficile de son histoire. Et puis, dans mon esprit, ce tour du monde se conçoit en passant les 3 caps et en traversant les trois océans à contre-courant.
Vous utilisez le mot « défi », pour évoquer votre tour du monde, Il n´est donc pas question d´une tentative de record ?
M.F. Non. Mon aventure est encore une fois à contre courant, je ne m´inscris donc pas dans le monde de la course, ni du record. Je respecte sans réserve le monde de la compétition, mais ce n´est pas le mien aujourd´hui. Mon défi consiste à accomplir ce tour du monde, seule, selon les régies fixées au départ, pour transmettre aux petits aventuriers qui me suivront, des valeurs de volonté et de discipline, associées à l´envie d´entreprendre et à la protection de la planète. Je veux leur montrer, à ma manière, que l´on peut atteindre son but, réaliser son rêve, sans forcément être le premier.
Encore une fois, votre aventure maritime va se dérouler en solitaire. Vous cultivez donc un tel goût de la solitude?
M.F.:J´aime aller à la rencontre de moi-même. Partir en mer en solitaire, c´est prendre du recul, faire un pas en arrière, sur sa vie, ses défis et ses motivations, sur comment mieux protéger la planète. On prend conscience des faiblesses et de l´extrême vulnérabilité de l´individu. Mais, dans le temps, on découvre aussi l´énergie incroyable et la volonté dont il peut être capable. Seule, en mer, je me suis vue pleurer en regardant un coucher de soleil. Cette harmonie avec la nature qui s´instaure me fascine.
Les enfants semblent occuper une grande place dans votre projet et vos motivations. Pourquoi?
M.F. Le public des enfants m´attendri. Je suis très maternelle, j´aimerais en avoir, plus tard, lorsque j´aurai décidé d´attacher pour de bon les amarres. J´ai conscience d´avoir eu une enfance privilégiée, à voyager sur un bateau, autour du monde, avec des parents qui étaient aussi mes seuls professeurs. Enfant, je faisais la sieste dans un hamac tendu entre les deux mâts du voilier. Aujourd´hui, je veux essayer de rendre aux autres cette part de rêve, en expliquant aux plus jeunes qu´il n´est jamais trop tard pour se réaliser.
Un tel défi est-il plus difficile encore à accomplir pour une femme?
M.F. Généraliser n´est guère évident, mais je crois que oui. Physiquement, c´est certain, notre force musculaire ne sera jamais l´égale de celle d´un homme. Une femme est aussi plus attendue, plus regardée, elle se sent plus sur la sellette. Nous sommes bien moins nombreuses que les hommes dans le ce monde maritime. Mais la volonté n´est pas selon moi une affaire de sexe, et pour un tour du monde à la voile en solitaire il en faut bien plus que de gros bras !
Une fois partie, seule face aux vents et aux courants, que redouterez-vous le plus?
M.F.: La solitude, peut-être. Seule, on ne peut se raccrocher à personne. Le droit à l´erreur n´existe pas. Sinon, on a toujours peur d´une météo qui se fâche, d´un iceberg pas vu par le radar... En mer, les impondérables sont nombreux, l´imprévu toujours prêt à se montrer. Mais je me dis que la chance, on peut aussi l´emmener avec soi, dans le paquetage, par une bonne préparation, un bon bateau, un bon météorologue. L´important pour moi est de donner mon maximum, le reste on ne sait jamais.
Quelles seront les grandes étapes de votre préparation, avant le départ de l´île de la Réunion ?
M.F. Jusqu´au départ, mon énergie va être focalisée sur mon entraînement, la préparation du bateau, la maîtrise parfaite de tous les appareils à bord. Le baptême de « L´Oréal Paris » est prévu à la fin du mois de juin. Le 15 juillet, je larguerai les amarres pour rejoindre l´île de La Réunion. Un périple d´un mois et demi, sans doute avec un ou deux équipiers. Puis le mois de septembre sera consacré, sur l´île, à soigner une nouvelle fois la santé de mon cher voilier, recoller, fignoler. Pour un départ en octobre, au premier dm d´oeil d´une bonne météo.
La force de ce défi
Maud a souhaité donner trois dimensions fortes à son projet:
Un tour du monde à l´en vers fascine. C´est un exploit indiscutable, accompli en solitaire. Toutes les situations doivent être imaginées, le droit à l´erreur n existe pas.
> Humaine : C´est un défi " À contre-courant ", échappant comme son nom l´indique, à la course au record et au monde de la compétition. Ce projet se veut un challenge ayant pour but de démontrer qu´avec du travail, de la persévérance et du courage on peut aller bien plus loin qu´on ne le croit et que peu importe le temps que l´on met, l´important est d´arriver au but. Il est aussi et avant tout, une aventure humaine, pleine d´espoir et d´enthousiasme.
> Ecologique : Maud s´engage pour Le Défi pour la Terre de la Fondation Nicolas Hulot. Parce que la planète est bien plus fragile qu´on ne l´imagine, que ses ressources ne sont pas inépuisables, que les océans représentent plus des 2/3 de la surface du globe et qu´ils sont en danger, l´écologie sera au coeur du projet pédagogique de Maud.
> Pédagogique : Depuis ses premiers défis, Maud partage ses aventures et ses expériences avec les enfants dans les écoles, de métropole et d´outre-mer, mais aussi avec les enfants hospitalisés, pour leur dire combien il est important d´aller courageusement au bout de soi-même, à la quête de ses propres rêves.
Maud s´engage pour la planète
Ambassadrice du Défi pour la Terre lancé en 2005 par la Fondation Nicolas Hulot et L´ADEME, Maud tente de sensibiliser et d´encourager chacun à passer à l´action en adoptant des gestes éco-citoyens.
Attentive à la protection de la planète, soucieuse de son avenir, ayant plus que jamais pris conscience que mers et océans ne sont pas séparés du reste de la planète (tout ce que l´on fait sur terre atteint d´une façon ou d´une autre, les milieux aquatiques, 75 % des pollutions marines proviennent ainsi du continent) Maud portera les couleurs du « Défi pour la Terre » en faisant de son aventure un rêve utile.
Etre A contre-courant c´est la volonté de faire prendre conscience de la fragilité de la Terre, de l´accélération´ de sa dégradation mais également de notre force, de notre pouvoir de tout changer, par des gestes simples, par une amélioration de nos comportements, pour que nous soyons enfin une chance pour notre planète.
Quelques exemples de ses gestes simples au quotidien :
En mer :
1 - Je m´assure que toutes les opérations d´entretien sur mon bateau sont effectuées dans le respect de l´environnement.
2 - J´économise l´eau douce et récupère la pluie pour me laver.
3 - Je conserve à bord tous mes déchets.
4 - Je réduis mes émissions de C02 en utilisant des énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes...) pour recharger les batteries du bord.
5 - J´utilise un système d´éclairage basse consommation.
6 - Je me chauffe au carburant végétal.
À terre :
1 - J´éteins la lumière quand je sors d´une pièce.
2 - Je coupe le robinet lorsque je me lave les dents.
3 - Je limite la température chez moi.
4 - Je prends mon vélo pour des courtes distances.
5 - J´éteins mon ordinateur au lieu de le laisser en veille.
6 - J´utilise le papier recto/verso pour en consommer moins. |
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